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Ligue des champions: 1991, quand Milan tentait d’éliminer Marseille sur tapis vert (et le payait très cher)

Chris Waddle

Chris Waddle - AFP

Avant de se hisser en finale face à l’Etoile rouge de Belgrade cette année-là, l’Olympique de Marseille a dû passer par un quart de finale rocambolesque face à l’AC Milan, alors double champion d’Europe en titre. Au terme d’un match retour de folie, marqué par un Chris Waddle magique et une panne de courant, le bluff des Milanais a failli éliminer les Phocéens.

1991, dans l’histoire de l’Olympique de Marseille, c’est plutôt synonyme de tristesse, avec cette finale de Coupe d’Europe des clubs champions (l’ancienne version de la Ligue des champions, compétition à suivre en intégralité et en exclusivité sur RMC Sport) perdue à Bari contre l’Etoile rouge de Belgrade et les larmes de Basile Boli.

Mais 1991, c’est aussi le souvenir d’une soirée européenne incroyable dans un stade Vélodrome en fusion. Après avoir éliminé facilement les Albanais du Dinamo Tirana et les Polonais du Lech Poznan, les Marseillais héritent du gros lot en quarts de finale de la C1: ils se retrouvent face à l’AC Milan, double tenant du titre.

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Un but d'anthologie signé Chris Waddle

Le match aller, à San Siro, est très encourageant pour l’OM, qui revient avec un match nul (1-1, ouverture du score de Ruud Gullit, égalisation de Jean-Pierre Papin). Pour le match retour, le 20 mars 1991 dans la cité phocéenne, Marseille répond au défi des Milanais. Le match est rude. Les Rossoneri doivent marquer à tout prix et Carlo Ancelotti, Frank Rijkaard, Franco Baresi & cie mènent la vie dure aux hommes de Raymond Goethals.

Chris Waddle n’est pas épargné. L’Anglais est intenable et reçoit beaucoup de coups. Il finit par tomber KO sur un énième coup de coude de Paolo Maldini. Le n°8 se relève sans avoir retrouvé tous ses esprits. Et c’est tant mieux. Car à la 72e minute, le Marseillais, dans un état second, va faire chavirer le Vélodrome..

Abedi Pelé centre pour Jean-Pierre Papin, qui dévie de la tête vers Chris Waddle, dans le coin droit de la surface. Et là, sans contrôle, l’Anglais reprend de volée… du droit. Oui, du droit, lui le spécialiste gaucher! "Normalement, s’il est dans son état normal, jamais Waddle ne fait ça", rigole Bernard Tapie, interrogé par Canal+. Le tir de l’Olympien termine sa course dans le petit filet de Sebastiano Rossi. Marseille mène 1-0 à un quart d’heure de la fin du match. L’AC Milan est au bord de l’asphyxie et de l'élimination.

Trois ans plus tôt, Milan profitait du brouillard pour sauver sa tête à Belgrade

Il ne reste que quelques minutes et la rencontre bascule dans la folie. 88e: l’OM contre-attaque à quatre contre trois et Chris Waddle élimine tous les Milanais, y compris Rossi, avant de perdre l’équilibre et de rater le cadre. C'eut été un nouveau but de folie pour l'Anglais. Et juste après… la luminosité baisse drastiquement sur la pelouse. Deux projecteurs viennent de tomber en panne.

La tension monte. Les dirigeants italiens sont furieux et demandent à leurs joueurs de quitter le terrain. "Tout le monde a été surpris par la réaction des Milanais", confiera plus tard Bo Karlsson, l’arbitre suédois du match, à L’Equipe. Tout le monde, sauf Bernard Tapie peut-être, qui n’a pas oublié qu’en 1988, une histoire similaire a permis à l’AC Milan de se sortir d’un mauvais pas.

9 novembre 1988: en huitièmes de finale retour de la C1, Milan se déplace à Belgrade pour affronter l’Etoile rouge. A l’aller, le club serbe (yougoslave à l’époque) a obtenu le nul 1-1. Le match retour tourne mal pour Milan. Dragan Stojkovic ouvre le score à la 50e et les Italiens sont réduits à dix après l’expulsion de Pietro Paolo Virdis. "Ils étaient à genoux" se rappelle Stojkovic auprès de la BBC.

Mais le match est arrêté à la 65e minute: un épais brouillard s’est soudainement abattu sur Belgrade et la visibilité est quasi nulle. La décision est prise de rejouer le match le lendemain… dès le début, à 0-0, et à onze contre onze! Et cette fois, l’AC Milan s’en sort contre des adversaires fatigués: Marco van Basten ouvre le score, Dragan Stojkovic égalise, et les Rossoneri l’emportent au bout du suspense (1-1, 4 tab à 2). Ils remporteront le titre quelques mois plus tard.

"Moi, je suis pas l'Etoile rouge, tu vois..."

"Après le match, les Milanais ont reconnu qu'ils avaient été très, très chanceux. Peut-être était-ce un acte de Dieu! Aujourd'hui encore, quand je parle à Adriano Galliani, il rigole de ça et dit 'grâce au brouillard de Belgrade, nous sommes devenus une grande équipe'", lâche Stojkovic.

Retour à Marseille, trois ans plus tard: les Milanais, éliminés à 1-0 et avec seulement quelques instants à jouer encore, font tout pour que le match ne reprenne pas après la panne de courant. Le précédent de Belgrade plane. "Sauf que moi, je suis pas l’Etoile rouge, tu vois…", sourit le président olympien Tapie.

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Un membre de l’équipe de Jean-Paul Jaud, réalisateur de ce match pour Canal+, vient en aide au staff du Vélodrome pour rétablir la lumière. Car si ce problème n’est pas réglé, l’OM risque la défaite. Le technicien s’affaire et ramène la lumière. Ce n’est pas parfait, mais ça suffit pour Bo Karlsson: "Comme le pylône défaillant avait retrouvé la moitié de son intensité, j'ai estimé qu'avec trois projecteurs et demi, la visibilité était suffisante pour les trois minutes qui restaient."

Marseille qualifié, Milan exclu: "Ils n'étaient pas très fiers de cette histoire"

Le sifflet suédois décide de la reprise du match. Mais les Milanais refusent de revenir. Ils restent à l’entrée des vestiaires, conformément aux ordres de leurs dirigeants. L'arbitre va déposer le ballon à leurs six mètres, car rappelons-le, Waddle a manqué le cadre avant la panne. Bo Karlsson ordonne aux Rossoneri de revenir; nouveau refus. L’arbitre siffle la remise en jeu et constate l’absence des Italiens: il siffle la fin du match et libère Marseille, vainqueur et qualifié au bout de ce quart de finale un peu dingue.

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Le Vélodrome acclame ses héros, à commencer par Chris Waddle, unique buteur du match. L'Anglais a marqué d'une volée superbe, mais il a aussi pris très cher. Durant l'après-match, Waddle est pris de maux de tête et de vomissements. Il finira la nuit aux urgences et ne rejouera que deux semaines plus tard.

La suite du match coûtera cher à l’AC Milan. Finalement, l’OM est déclaré vainqueur sur tapis vert 3-0. Et pour leur attitude, la sanction tombe pour les Milanais: ils sont tout bonnement exclus de la prochaine édition de la C1. "J'ai été étonné que les dirigeants d'un club comme l'AC Milan, le plus grand club du monde à l'époque, s'engouffrent là-dedans. Daniele Massaro (ancien attaquant milanais, ndlr) m'a dit qu'ils n'étaient pas très fiers de cette histoire. Ils n'ont pas été grands seigneurs", confie Eric Di Meco...

Les Rossoneri ne reviendront qu’en 1992-1993, pour s’incliner en finale contre… l’Olympique de Marseille. Un club qui ne leur réussit décidément pas.

Nicolas Bamba