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Mbappé dévoile tout sur sa mentalité: "Je ne me suis jamais donné de limite"

Plan de carrière, ego, spectacle, Coupe du monde, Ligue des champions... Kylian Mbappé s'est longuement confié avant le quart de finale aller face au Bayern Munich, dans un entretien diffusé par RMC Sport ce samedi (à la télé, 20h40 sur RMC Sport 1).

Kylian Mbappé, le mot ambition vous suit depuis dix ans. Est-ce qu'il vous colle à la peau ?

Bien sûr, car je ne me suis jamais limité. Ça n’a pas toujours été compris. Parce que quand t'arrives, que tu n’as rien fait dans le foot, que tu dis que tu veux faire ci, faire ça, gagner... Ça interpelle. Mais voilà, je ne me suis jamais limité. Je n’ai jamais dit que j’allais être le plus grand joueur de l’histoire. Mais je ne me suis jamais donné de limite. Si j’arrive à un certain niveau, je ne veux pas me mettre une barrière et me dire que c'est bon, que c’est mon max. Non, j’essaie de pousser mes limites et je vois jusqu’où ça me mène. Pour l’instant ça me réussit, et je vais continuer comme ça jusqu’à la fin de ma carrière.

Est-ce vrai que vous avez écrit votre plan de carrière sur un bout de papier à l'âge de 10 ans ?

Oui, c’est vrai, mais c’est sorti du contexte. C’était à l’école. On nous avait demandé ce que nous voulions faire. C'est classique, les professeurs demandent souvent aux élèves ce qu’ils veulent faire. Et moi, j’ai écrit tout ce que je voulais faire, sauf que c’était du foot. Donc j’ai écrit tout le cursus que je voulais faire dans le foot. Après, je l’ai gardé à la maison. Maintenant que j’ai réussi, c’est une anecdote collector. Mais à la base, c’est quelque chose d’anodin que chaque enfant pourrait faire pour faire du foot.

À 17 ans, à Clairefontaine, vous disiez: "J'aime faire le spectacle. Les gens ont payé pour ça, ils viennent, donc je suis là pour faire le spectacle". Cinq ans après, le discours a-t-il changé ?

Non. Quand j’allais au stade, et je pense que je n’étais pas différent, tu payais pour voir du spectacle. Il y a des joueurs qui font que tu paies ta place. C’est comme ça. Les gens viennent se divertir, ils ont de multiples problèmes. Et quand ils viennent au stade, ce n’est pas pour avoir d’autres problèmes. Ils viennent pour savourer, profiter. Enjoy comme on dit en anglais. Voilà, c’est comme ça, et il ne faut jamais oublier cette notion de plaisir. Même s’il y a cette obligation de résultats, cette pression, il ne faut jamais que ça prenne le dessus sur le plaisir. Les gens viennent pour prendre du plaisir, et nous on est là pour en donner.

Dans une autre interview, pourquoi disiez-vous: "Les entraînements sont faits pour être perso et c’est comme ça que j’apprends" ?

Pendant longtemps, on m’avait reproché de ne pas marquer de buts. J’étais chez les jeunes et j’aimais faire le spectacle. Mais je ne marquais pas de buts. Je me souviens que plusieurs de mes entraîneurs m’ont dit qu'il fallait marquer dans le football d'aujourd'hui. Et pour marquer des buts, il faut répéter ces gestes. Tu ne fais pas des passes toute la semaine pour tirer le samedi. Ce n'est pas logique.

Mbappé: "Dans ma tête, je me dis toujours que je suis le meilleur"

Sachant que la France préfère les sublimes losers (perdants) aux magnifiques vainqueurs, l'ego est-il très important dans le sport ?

Bien sûr qu’il est important. Quand vous êtes dans le dur, personne d’autre que vous-même ne va vous pousser. Et il faut vous persuader que vous êtes capable de renverser des montagnes. Les gens ne comprennent pas l’ego, mais quand tu n’es pas bien, il n’y a personne qui va venir chez toi et te dire si t'es capable. Il n’y a que toi et ton mindset (mentalité, ndlr). Ce n’est que toi. Il faut se persuader que vous êtes capable de faire de grandes choses. À chaque fois que je rentre sur un terrain, je me dis toujours que je suis le meilleur. Pourtant j’ai joué sur des terrains avec Messi et Ronaldo. Ce sont des meilleurs joueurs que moi, ils ont fait un milliard de choses de plus que moi. Mais dans ma tête, je me dis toujours que je suis le meilleur. Comme ça, tu ne te donnes pas de limite et tu essaies de donner le meilleur de toi-même.

Si les gens ne comprennent pas parfois, c'est peut-être aussi parce qu'il y a cette barrière créée par rapport à ce sujet-là. On n'explique pas vraiment ce qu'est l'ego. Pour les gens, l'ego, c'est juste de ne pas donner un penalty à un copain, ou avoir un meilleur salaire que le joueur de l'équipe rivale. Ce n'est pas que ça. C'est aussi dans la préparation, c'est quelque chose de personnel. Se surpasser. C'est bien au-delà de ce truc superficiel, de dire "moi je, moi je". Je pense qu'il y a pas mal de choses à dire sur ça.

Quand on gagne déjà une Coupe du monde à 19 ans, comment rester motivé et ambitieux ?

On veut en gagner une deuxième. Tu te dis que ça ne peut être qu’un bagage supplémentaire pour ton voyage. Normalement, une Coupe du monde, c’est l’aboutissement d’une carrière, quelque chose que tu travailles en club. Tu arrives vers 27 ou 28 ans, et c’est là que t'es à ton apogée. J’ai eu la chance d’être de suite dans le bain et de la gagner à 19 ans. Ça va me servir quand il y aura d’autres épreuves et bien sûr que l’ambition c’est d’en gagner une deuxième. On a un pays avec un vivier incroyable et ce serait se limiter que de se dire qu'on en a gagné une et qu'on peut attendre vingt ans pour gagner la deuxième.

En 1983, Yannick Noah gagne Roland-Garros, l’objectif d’une vie pour lui. Derrière, il tombe en dépression. Comment faites-vous pour avoir le curseur au maximum ?

Comme vous l’avez dit, c’était l’objectif d’une vie pour lui. Moi, ce n’était pas l’objectif d’une vie. C’était une étape monumentale, car il ne faut pas minimiser une Coupe du monde. Mais ça reste une étape. J’ai toujours dit que je ne voulais pas me limiter. Donc une fois que la Coupe du monde était cochée, le but était d’en cocher une autre. Et de travailler pour en cocher une autre. Une carrière, si tu es très bon, c’est quinze ans. Donc donnes tout pendant quinze ans, et après tu auras le temps pour voir ce que tu as fait et tu auras toute la vie pour dire moi j’ai gagné ça, etc.

Mbappé: "Je n’ai pas eu besoin de perdre pour apprendre"

Dans un documentaire, votre ami Malik Bentalha raconte qu'après la Coupe du monde, il vous parle et vous lui répondez que vous n'avez pas encore gagné la Ligue des champions...

La Ligue des champions, ça a une place très importante. La Coupe du monde, le fait de l’avoir gagnée tôt, c'est quelque chose que tu ne réalises pas forcément. Peut-être que si j’ai la chance d’en gagner une à 30 ans, elle sera plus forte en émotions et en symbolique que celle que j’ai gagnée. Pour moi c’était ma première, tu gagnes, ok on y va, c’est gagné, ok on peut rentrer. Je n’ai pas souffert pour la gagner, je suis venu, je l’ai gagnée tout de suite. La Ligue des champions c’est autre chose, car j’ai connu des étapes où l’on a perdu, souffert, c’est autre chose. Si on la gagne ce sera autre chose, si je la gagne il y aura de l’émotion, même si la Coupe du monde, c’est le Graal absolu. Mais la Ligue des champions, pour moi, en club, c’est ce qui se fait de mieux.

Le cliché, c’est de dire qu’on apprend de ses défaites...

Ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai. Je n’ai pas eu besoin de perdre pour apprendre et tu n’as pas besoin de perdre pour apprendre. Ça, c’est un discours pour consoler. Mais c’est vrai qu’une fois que tu as perdu, bah il faut s’en servir, tu ne vas pas garder la défaite comme une tache noire, faut s’en servir. Mais je ne crois pas en cette logique qu’il faut perdre pour apprendre. Non. Parce que moi, avant de connaitre les défaites que j’ai eues, j’avais presque tout gagné, et pourtant j’avais acquis une expérience, un voyage hyper enrichissant, j’avais tellement appris des joueurs que j’ai côtoyés, des entraîneurs, de tous les gens. Je n’ai pas eu besoin de perdre pour ça. Donc pour moi, c’est vraiment consoler un loser puisque vous parliez de losers !

L’ambition, c'est donc de ne pas se mettre de limites...

Jamais. Jamais. Jamais. Jamais ne laisser personne t’en mettre non plus. Parce que plein de joueurs n’avaient pas de limite. Mais à force d’entendre: "Oui mais tu es capable de faire ça", ils se limitent. Personne ne peut vous limiter si vous avez la détermination de faire de grandes choses. Vous êtes maître de votre destin, chacun l’est et voilà c’est comme ça. Moi j’ai toujours voulu être ici, être ce que je suis, et maintenant que je le suis, je veux continuer à grandir et faire ce que je fais de mieux.

Un mot sur le match contre le Bayern mercredi ?

La Ligue des champions, c’est comme la chanson: les grandes équipes. Elle le dit bien. Le Bayern, c’est une grande équipe. Maintenant, on y va avec sérénité et confiance. On va jouer le premier match à Munich, c’est un match que les gens voudront regarder, un beau match. Il faut que tout le monde se mette devant la télévision et qu'on donne un beau spectacle en espérant repartir avec la victoire.

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