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Riolo : « Pourquoi le PSG a perdu... »

Daniel Riolo

Daniel Riolo - -

Retour sur l’élimination du PSG en quart de finale de la Ligue des Champions, après sa défaite à Chelsea (2-0)…

Comme la saison dernière, le PSG s’est donc arrêté en ¼. Cette année pourtant, il semblait plus fort, mieux armé pour continuer sa route. Plus fort en individualités, plus fort aussi collectivement. Le vécu du groupe était en effet plus grand, l’expérience, au moins un petit peu, plus importante. Mais Paris était également plus fort que son adversaire. Faites le jeu du président de club et demandez-vous combien de joueurs vous achetez à Chelsea si vous êtes le patron des Blues, et inversement si vous êtes celui du PSG…

Alors pourquoi ? Sans que les points abordés ne soient rangés dans l’ordre, je vais avancer ici quelques explications :

1/ Le championnat de France ne peut pas préparer une équipe ambitieuse à bien jouer en Coupe d’Europe. L’adversité est trop faible. Cette année, elle a souvent viré à la résignation. Jamais le PSG n’a réellement été bousculé. Le PSG ne joue jamais de matches difficiles et ne sait pas ce que subir veut dire. Psychologiquement, pour prendre une image facile, c’est l’élève de CM2 qui fait le fort dans sa cour et qui passant en 6è voit un nouveau monde s’ouvrir à lui. Notons en plus ici que le PSG n’a pas battu Monaco, a été bousculé pendant la première période à Sainté et n’a pas battu Lille au Parc…

2/ Dis-moi qui tu as battu, je te dirai qui tu es. C’est la suite du point précédent. Se méfier du résultat brut. Comment le PSG est arrivé en quart de finale ? Dans son groupe facile, le PSG n’a pas souvent été brillant. Anderlecht au Parc, Olympiakos encore au Parc, le match à Lisbonne ne m’avait pas convaincu. Même la victoire 4/1 en Grèce était selon moi « gonflée »… Le 4/0 à Leverkusen a enflammé les foules. La partie avait été parfaite. Elle avait très bien débuté et ça avait tout rendu plus simple. Le club allemand n’était pas non plus un monstre et traversait une sale période…

3/ Le match aller contre Chelsea a été mal apprécié. 3/1, c’est bien, mais ça voulait dire quoi ? Je me souviens que Kombouaré m’avait un jour raconté qu’après le 1/3 du Bernabeu en 1993, les joueurs avaient vite compris que ce score ne reflétait rien et que les Parisiens pourraient inverser la tendance. Etre sûr qu’on peut le faire, c’est déjà un bon début. Une bonne approche. Les joueurs de Chelsea ont dû se dire la même chose en revoyant le match. Mourinho a tout compris quand il a parlé de 2 buts donnés et d’une plaisanterie pour finir. Combien d’occasions a eu le PSG au Parc ?

4/ L’approche psy du match retour a été grandement « impactée » par le score de l’aller. Tout le monde voyait le PSG passer, les joueurs aussi, probablement. Le Président du PSG intervient dans les médias, il entend partout que c’est fait. Les joueurs vivent en toute décontraction l’entre-deux matches. Encore une fois, anesthésiés par les promenades hebdomadaires de la L1…

5/ La faillite des cadres. Certains ont osé penser que l’absence d’Ibra n’était pas si grave. Une bêtise. Son rôle de leader technique et psy ont évidemment manqué. Cavani, son remplaçant en pointe, a échoué. Il retrouvait une position naturelle sans n’y être plus habitué. Pour un tel match, ça compte. Ses décrochages, son positionnement aléatoire a posé problème. Derrière lui, Motta a été abandonné par ses assistants Verratti et Matuidi, mais on ne l’a pas vu les bouger, l’attitude n’était pas celle du leader qu’il doit être. Enfin en défense, Silva a beaucoup déçu. En L1, il ne voit jamais un attaquant. Là, on l’a vu se faire bousculer, ses relances traduisaient de la nervosité. Jamais il n’a dégagé l’assurance d’un capitaine. Souvenons-nous qu’à l’aller, il concède un penalty « inutile ». A 29 ans, celui qu’on dit être le meilleur défenseur du monde n’a jamais joué de ½ de LDC !! Globalement mal encadré, les joueurs ont tous semblé subir l’événement. Ils ont semblé plus petits, ne dégageant aucune assurance…

6/ La faillite du plan Blanc. L’idée n’est pas de « tailler » le coach du PSG, mais d’essayer de comprendre sa situation. Il arrive en étant plus ou moins le dernier choix. Il récupère un groupe excellent, plus mûr, plus fort que la saison dernière. Son idée de jeu régale la L1. Le corporatisme français est aux anges. L’Italien était nul, Blanc donne la leçon. Vous avez entendu la moitié d’une critique sur Blanc vous ? Non, impossible, ce n’est pas autorisé.

Son idée de jeu est belle. On est d’accord. Mais elle est unique. Un Barça bis ? Les équipes qui marquent l’histoire du jeu font aussi beaucoup de dégâts. On croit trop vite que c’est le modèle à suivre. Mais ce modèle unique est difficilement transposable. Et puis, au Barça, Guardiola bougeait les joueurs, ce n’était pas 11 immuable. Et n’oublions pas que son équipe de rêve ne doit son salut en 2009 (le début de l’aventure) qu’à un but d’Iniesta à la 92e à Chelsea ! L’année suivante, c’est sans Iniesta que le Barça chute contre l’Inter. Reproduire un modèle sans en étudier tous les aspects, toute l’histoire, c’est compliqué et c’est un piège.

Là où le Barça, ou le Bayern aujourd’hui, a été et est souvent inventif, dans le changement des joueurs, de tactique, le PSG de Blanc est immuable. C’est un 433, certes. Mais qui dépend beaucoup d’Ibra. Et quand il décroche, souvent, c’est quasi un 442 losange. Sans Ibra, il fallait faire autre chose. Face à Chelsea, le PSG est devenu une équipe pour jouer à la baballe. Là où Mourinho a agi, Blanc n’a pas su réagir. Il faut dire aussi que d’un point de vue psy, c’est plus simple à aborder pour Mou qui doit de toutes façons « se lâcher ». Le résultat de l’aller facilite sa prise de décision. Même l’entrée de Marquinhos peut se comprendre. Après tout, 10 minutes à défendre dans sa surface, ça s’est déjà vu. Mais où est entré le jeune Brésilien ? Vous avez compris vous ? 3e central, ok, pour blinder. Mais là, il était entre le milieu et la défense. Sur le but de Ba, c’est Maxwell qui est là. Où sont les 3 défenseurs centraux ??

Le PSG sera donc champion. Et même s’il y a en plus la Coupe de la Ligue, ce sera peu. Après le Barça, c’est Chelsea qui a sorti le PSG. Rien de honteux. Paris existe en Europe, mais les autres sont là depuis beaucoup plus longtemps. Le vécu, l’expérience, l’histoire, ne s’achètent pas. La LDC est comme un vieux cercle anglais, conservateur. Paris avait l’an passé un coach qui connaissait les rouages, les codes. La famille du foot français l’a chassé. Le nouveau doit encore beaucoup apprendre…

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La rédaction