RMC Sport

Matchs truqués : la France craint la contagion

Jean-François Vilotte

Jean-François Vilotte - -

Encore touché par une vague d’arrestations lundi en raison de forts soupçons de matchs truqués, le football italien est dans la tourmente. Une situation qui inquiète les autorités françaises, qui mènent une lutte acharnée contre ce fléau.

Le football italien vit des heures sombres. Empêtré dans d’interminables enquêtes sur des matchs truqués et des paris illégaux, la botte vit au rythme des arrestations et des soupçons à tous les étages. Une situation qui ébranle même la sélection, en pleine préparation pour l’Euro 2012, et qui a vu Domenico Criscito, le défenseur du Zenit Saint-Pétersbourg, être contraint de faire l’impasse sur la compétition organisée en Pologne et en Ukraine. De quoi inquiéter l’ensemble du football européen, et notamment en France. Mais un tel scandale est-il possible de ce côté-ci des Alpes ?

Créée en 2010, l'Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) veille au grain. Saisie lorsque des sommes suspectes sont enregistrées lors de paris ou qu'un résultat sportif semble anormal, elle organise un contrôle rigoureux pour éviter toute dérive. « Chaque semaine, nous recevons des alertes et nous les traitons. Pour l'instant, il n'y a pas de raison de penser qu'il y ait eu des mouvements de paris importants en France qui seraient à l'origine d'un match arrangé », souligne Jean-François Villotte, le président de l'Arjel. Autorité de régulation à l’échelle nationale, l’Arjel se retrouve en revanche démunie devant l’internationalisation croissante des réseaux de paris, qui trouvent leur berceau en Asie et en Europe de l’Est.

Villotte : « Aucun pays n’est à l’abri »

Si les relations entre les différents pays existent, elles ne sont pour le moment que bilatérales. « L'Arjel, c'est indispensable, mais ça n'est pas suffisant, expliqueVillotte. On s'aperçoit, avec le cas de l'Italie, que ce sont des réseaux très internationaux qui sont à l'œuvre, des réseaux criminels très organisés. A ce titre, aucun pays n'est à l'abri. Il faut qu'il y ait une harmonisation des sanctions sportives et des sanctions pénales. (…) On peut très bien corrompre un match qui se déroule en France, en lien avec des paris qui sont enregistrés hors de France. »

Si le président de l’Arjel estime que le « risque a tendance à être minorisé en France », Jean-François Lamour, l’ancien ministre des Sports, compare lui ce nouveau fléau au problème du dopage. « Un scandale aussi large que celui qui a eu lieu en Italie, c'est peu probable, mais il faut être extrêmement vigilant, déclare celui qui a été rapporteur du projet de loi sur les jeux en ligne, qui a conduit à la création de l'Arjel. Heureusement que l'Arjel existe. C'est une surveillance permanente. On a un coup d'avance par rapport à l'Italie dans ce domaine-là. C'est comme dans le dopage, il faut toujours avoir un coup d'avance sinon on se fait vite dépasser par les évènements. » En avance sur ses voisins, la France n’a pas l’intention de baisser la garde.

Alexandre Alain avec Camille Gelpi