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Liverpool, toute une vie à attendre

Trente ans. Il aura fallu trente ans, de 1990 à 2020, pour voir Liverpool passer de dix-huit titres de champion d’Angleterre à dix-neuf. Deux supporters "à vie" des Reds témoins de cette période racontent à RMC Sport la longue et interminable attente avant la délivrance, entre espoir sans cesse renouvelé et frustrations.

Le bout de tissu a duré plus longtemps que prévu. Quand Liverpool remporte le titre en 1990, le père de James Pearce lui offre une écharpe achetée à côté du stade. L’inscription? "Liverpool 18 fois champion d’Angleterre". "Sur le chemin du retour, je lui avais dit: 'On n’aurait pas dû prendre cette écharpe, elle sera vite périmée', raconte à RMC Sport le gamin devenu adulte. Il a juste fallu trente ans pour qu’elle le soit. (Sourire.)James Pearce avait douze ans quand les Reds ont conquis leur onzième titre domestique en moins de vingt ans, à une époque où la Premier League ne s’appelait pas encore Premier League. Mais le journaliste qui couvre son club pour le site The Athletic après avoir officié au Liverpool Echo a dû attendre ses quarante-deux printemps pour retrouver ce sentiment

"On prenait le succès de notre équipe pour acquis"

Trente ans. Toute une génération, et même un peu plus. L’inconcevable transformé en réalité. "J’ai grandi en étant obsédé par le football dans les années 80, quand Liverpool était la force dominante du football anglais, explique ce fan des Reds depuis ses cinq ans dont le premier match à Anfield date de 1990. Quand on gagnait le titre, il n’y avait pas de célébration massive car c’était juste quelque chose de normal pour Liverpool. On était habitués. Si quelqu’un nous avait dit qu’on allait devoir attendre trente ans, on aurait pensé qu’il était fou. On prenait le succès de notre équipe pour acquis. On avait toujours connu ça et on pensait que ça continuerait." Raté. 

"Quand on regarde avec le recul, on voit que c’était une équipe plutôt vieille qui avait gagné ce titre, poursuit le journaliste. Les choses se sont rapidement écroulées. Liverpool avait besoin de se moderniser, d’accueillir des visages plus jeunes. Mais Graeme Souness, arrivé sur le banc en 1991 après le départ de Kenny Dalglish qui a été un vrai coup dur, est le premier à reconnaître qu’il a essayé de changer trop de choses trop vite. Liverpool a alors acheté beaucoup de joueurs très moyens. Au moment où la Premier League a été lancée, avec de plus en plus d’argent dans le football, Liverpool s’est retrouvé à la traîne pas seulement sur le terrain mais également en dehors, avec par exemple la façon dont Manchester United est devenu un géant commercial. En dix ans, on est passé de l’équipe à battre à celle qui essayait de rattraper les autres."

>> La lente et passionnante maturation tactique de Jürgen Klopp

Ronny Rosenthal brandit le trophée de champion d'Angleterre gagné par Liverpool en mai 1990
Ronny Rosenthal brandit le trophée de champion d'Angleterre gagné par Liverpool en mai 1990 © Icon Sport

James Pearce, qui a étudié à Liverpool pour ne pas s'éloigner d'Anfield, a encore quelques visages du titre de 1990 en tête. Mais le temps a fait son œuvre. "Je me souviens que John Barnes était très brillant, tout comme Peter Beardsley. Je repense aussi à Ronny Rosenthal, qui avait rejoint le club tard dans la saison. Mais c’était il y a tellement longtemps que les souvenirs s’estompent." Pour certains, ils n’existent pas. Venu aux Reds par son père, comme tant d’autres avant et après lui, Daniel Nicolson a eu son club au cœur "toute (s)a vie". "Vers dix-onze ans, on m’a donné un choix: veux-tu aller voir des matches tous les week-ends ou jouer au foot tous les week-ends? Mon frère a décidé de jouer. Moi, j’ai préféré aller voir Liverpool, se souvient-il pour RMC Sport. On m’a offert un abonnement à l’année et depuis je suis resté abonné." Sans voir son club soulever le titre. 

"Ces trente années étaient incroyables et je ne les échangerais pas pour autre chose"

Le fondateur de BOSS (fanzine publié de 2005 à 2017 sur la ville de Liverpool, son club et la musique) et des soirées BOSS Nights (concerts organisés autour des matches des Reds) avait cinq ans en 1990, "trop jeune" pour se souvenir. "J’ai une fille de cinq ans et elle se souviendra de ce titre de 2020 car on a pris beaucoup de photos et de vidéos. A l’époque, ce n’était pas le cas. Pour moi, c’est vraiment une attente de trente ans." Toute une vie, quoi. Mais pas juste un long chemin de croix. James Pearce et Daniel Nicolson n’oublient pas les bons moments. Le triplé (FA Cup, League Cup, Coupe de l’UEFA) de 2001 avec Gérard Houllier. La victoire en Ligue des champions à Istanbul, en 2005, au terme d’un match dingue renversé en seconde période. La finale de C1 en 2007. Les quelques saisons où le titre était en vue, 2014 ou 2019 par exemple. La finale de Ligue des champions en 2018 puis la victoire dans la même compétition la saison suivante. Mais il y avait toujours un absent. 

"Qu’on ne se méprenne pas: ces trente années étaient incroyables et je ne les échangerais pas pour autre chose, sourit Dan Nicolson. On a vu des matches extraordinaires, des joueurs extraordinaires. Cela n’a pas été trente ans de blessures, pour citer ce que les fans de l’équipe d’Angleterre disaient avant l’Euro 1996 à la maison (référence au seul titre des Three Lions, le Mondial 1966, ndlr). On a gagné des Coupes, on s’est éclaté, mais on n’a pas été champions d’Angleterre et c’était le truc qui manquait. Même si on adore la Coupe d’Europe, car il y a un vrai truc romantique entre ce club et cette compétition, on voulait vraiment gagner le championnat. Ces derniers jours, j’ai vu des gens avec qui je suis allé au stade au fil de ces années, des gens de mon âge qui n’avaient jamais expérimenté ça. Ces personnes ont dépensé tellement d’argent pour suivre ce club à travers le pays ou l’Europe qu’on a l’impression d’un vrai soulagement. Comme une récompense de tous ces efforts." James Pearce confirme: "Le titre domestique est la chose que les supporters attendaient le plus pendant ces trente ans".

Steven Gerrard (trophée en mai) et les Reds vainqueurs de la Ligue des champions en mai 2005
Steven Gerrard (trophée en mai) et les Reds vainqueurs de la Ligue des champions en mai 2005 © Icon Sport

Ils y ont pourtant cru. Encore et toujours. "Chacune de ces trente dernières années, peu importe le onze de départ, chaque mois d’août avant le premier match, on a toujours cru que c’était notre saison et qu’on allait gagner le titre, lâche Dan Nicolson. Certains se sont même amusés de ça au fil du temps. C’est aussi pour ça que ce titre représente autant. Quand Leicester a gagné la Premier League il y a quelques années, aucun fan de Leicester n’avait dit au mois d’août: 'C’est notre saison'. C’était une surprise complète. Quand vous êtes fan d’Everton, en août, vous ne vous dites jamais que c’est votre année. Mais pour un fan de Liverpool, c’est le cas. Et depuis trente ans, que ce soit en septembre, en octobre, en novembre ou plus tard, à un moment de la saison, on ressentait la douleur de se dire que ce n’était finalement pas notre année. Nous sommes passés près quelques fois, très près même. C’était si cruel la saison dernière d’avoir une équipe si bonne mais d’être battus d’un point par Manchester City..."

"Mais qu'est-ce que ce club est devenu?"

La discussion tourne à la fiction et on se demande si ces mordus des Reds n’auraient pas troqué les C1 de 2005 et 2019 contre une Premier League. "La Coupe d’Europe est vraiment spéciale pour nous et je pense qu’aucun de nous n’échangerait ce qu’on a vécu à Madrid et Istanbul, tranche le fondateur des BOSS Nights. On aurait voulu les deux, en fait. (Sourire.) Un ami m’a dit il y a quelques jours: 'Supposons que ça se soit passé à l’envers, qu’on ait gagné le championnat en 2005 et 2019 et la Ligue des champions cette année pour la première fois depuis trente-six ans. Tout le monde dirait: 'Enfin nous avons gagné la C1, c’est le trophée que nous voulions'.'" L’histoire a vu l’Europe s’ouvrir mais la maison se refuser aux Reds. Trop longtemps à leur goût. Au point d’être parfois proches de perdre la foi, quand le négatif s’accumulait trop?

"Le plus proche que j’ai été d’abandonner l’espoir de regagner le titre est en 2010, quand le club était un bordel sur le terrain comme en dehors, précise James Pearce. Les propriétaires de l’époque, George Gillett et Tom Hicks, avaient fait glisser le club de plus en plus bas. On était très endetté. Le point le plus bas en tant que fan du club et journaliste qui le suivait était quand on était à Goodison Park en octobre 2010. Everton avait battu Liverpool 2-0 avec la moins bonne performance de Liverpool que je n’ai jamais vue dans un derby de la Mersey. On se disait: 'Mais qu’est-ce que ce club est devenu?' Roy Hodgson, le manager, avait même parlé de bataille pour le maintien. Après ce match, Liverpool n’était pas dernier du classement uniquement à la différence de buts. La perspective d’un Liverpool champion d’Angleterre et d’Europe moins de dix ans plus tard paraissait alors folle."

Fernando Torres désabusé face à Everton en octobre 2010 à Goodison Park, une défaite 2-0 de Liverpool
Fernando Torres désabusé face à Everton en octobre 2010 à Goodison Park, une défaite 2-0 de Liverpool © Icon Sport

"Il n’y avait aucun investissement dans le club, aucune véritable direction ou leadership, appuie Dan Nicolson. C’était un vrai bordel en dehors du terrain, où tout s’écroulait. Ce moment-là est sans doute celui où les gens se sont sentis au plus bas en pensant à ce que nous réservait l’avenir." Pour le peuple Reds, ces trente années sans couronne nationale auraient déjà été difficiles à vivre en elles-mêmes. Mais le couteau a encore plus tourné dans la plaie quand le grand rival, Manchester United, empilait les titres. "Quand Liverpool a gagné son dix-huitième titre en 1990, United n’en avait que sept, rappelle James Pearce. L’idée que Manchester dépasse Liverpool et atteigne vingt titres, c’était irréel." Et Dan Nicolson d’en remettre une couche: "Voir notre voisin à trente miles avoir tous ces succès, voir l’arrogance de leurs fans, ce n’était pas facile. Pour quelqu’un de mon âge, adolescent au milieu des années 90, on les voyait tout le temps gagner. C’était United, United, United. Ils remportaient des titres, ils gagnaient des matches après cinq minutes d’arrêts de jeu..." Le fameux Fergie Time. 

"On sait d'où viennent ces millions. Et ça ne nous correspond pas"

Durant ces trente ans, il y a aussi eu Arsenal version Arsène Wenger, les millions investis par Roman Abramovitch à Chelsea, le rachat de Manchester City par le cheikh Mansour. A force, on a pu se dire que Liverpool était le seul à stagner, le grand club laissé sur le bord de la route. "Tout d’un coup, il y avait plus d’obstacles à franchir pour retrouver les sommets, analyse James Pearce. Il y a eu des moments où on s’est demandé si Liverpool reviendrait au top un jour. On a eu peur que le club soit laissé derrière." Mais pas question pour autant de prier devant le Dieu argent. "On a le sentiment que c’est un vrai succès sportif, lance Dan Nicolson. Nous n’avons pas juste mis des millions et des millions et rendu les choses déloyales. On a fait les choses de façon juste, en égalant à peu près les dépenses et les recettes. Il y a eu des frustrations mais il ne faut pas oublier que nous sommes un club très à gauche, avec un état d’esprit très socialiste, donc je ne pense pas qu’un seul de nous a dit un jour qu’il voulait un riche businessman du Moyen-Orient ou un Roman Abramovitch pour reprendre le club. On n’a jamais voulu ça. Personne ne s’est dit: 'Pourquoi Abramovitch a investi à Chelsea et pas chez nous? Pourquoi on n’a pas tous ces millions?' Car on sait d’où viennent ces millions. Et ça ne nous correspond pas. » 

Tout l’inverse de la personnalité de Jürgen Klopp. Pour les supporters, le coach allemand est la pièce centrale du retour au sommet. "Sa personnalité est contagieuse, juge Dan Nicolson. Le sentiment autour du club en ce moment, c’est de la joie, et tout démarre de lui. Bill Shankly, le manager légendaire qui a changé notre destinée, était pareil et son attitude rejaillissait sur le terrain et sur les fans. C’est comme ça que je vois Klopp." "Il est au cœur de ce redémarrage, sans lui il n’y aurait eu aucune chance que Liverpool regagne ce titre, juge James Pearece, mais beaucoup d’autres choses ont évolué dans le bon sens pour en arriver là. Les propriétaires, le Fenway Sports Group, ont été très responsables et astucieux. Ils ont transformé le club et mis des experts à tous les postes. Ce sont des gens qui restent dans l’ombre, comme le directeur sportif Michael Edwards ou le président de FSG Michael Gordon, qui dirige le club au jour le jour, mais qui sont des clés importantes de cette réussite. Et chaque grosse signature réalisée par Klopp a été un immense succès."

Jürgen Klopp (casquette), coach à la personnalité parfaite pour Liverpool, entouré de Mohamed Salah et Virgil van Dijk
Jürgen Klopp (casquette), coach à la personnalité parfaite pour Liverpool, entouré de Mohamed Salah et Virgil van Dijk © AFP

L’ancien entraîneur du Borussia Dortmund débarqué sur les rives de la Mersey en octobre 2015 a façonné son puzzle Reds pièce après pièce, de Sadio Mané à Alisson Becker en passant par Mohamed Salah et Virgil van Dijk. "Au moment où il est arrivé, ce dont on parlait vraiment, c’était d’essayer de revenir en Ligue des champions, rappelle James Pearce. Les attentes avaient plongé. Atteindre le top 4 était devenu le sommet des ambitions pour certains. Mais on a vu qu’il pouvait mener le club à un autre niveau. Avec la façon dont il agissait et se conduisait, il était le meilleur choix possible pour Liverpool en termes de personnalité, de passion et de charisme. Et ça a été un processus graduel saison après saison, avec des progrès constants." Deux finales de Coupe pour sa première année. Une qualification en Ligue des champions pour sa première saison complète. La finale de C1 pour la suivante. Le triomphe européen et le titre raté pour un point l’an dernier. Au fur et à mesure, on a senti l’espoir renaître. 

"Dans l'idéal, on gagne le titre à Anfield, mon père et mes amis assis autour de moi"

"Quand on est sorti du stade après la finale de C1 en 2018, les gens étaient déçus de la défaite mais heureux du futur qui nous attendait, se souvient Dan Nicolson. On n’avait pas l’impression que ce serait notre seule chance de gagner la Ligue des champions dans les dix ans à venir. C’était pareil avec le championnat la saison dernière. On a fait une énorme fête après le dernier match de la saison. Il y avait des milliers de personnes. Si une caméra nous filmait et qu’une autre filmait les fans de Manchester City, vous auriez parié votre vie sur le fait que nous étions champions. Les gens étaient plein d’énergie, confiants pour la suite." Elle a mené au titre de Premier League. Une couronne à part, avec un championnat arrêté trois mois en raison de la pandémie de Covid-19 et repris sans spectateurs en tribunes. 

De quoi bouder son plaisir? "Ce n’est pas moins bon, sourit Dan Nicolson. Dans le scénario idéal, on gagne le titre à Anfield, mon père et mes amis assis autour de moi, Jordan Henderson qui s’écroule au sol, Alisson qui court tout le long du terrain, Klopp qui arrive sur la pelouse les bras levés... Mais il est devenu clair en mars que cela n’arriverait pas. Il y avait de la nervosité, et même un peu d’inquiétude quand certains évoquaient une saison nulle. Nous étions tous heureux que le championnat puisse redémarrer. Aucun de nous ne voulait un classement arrêté comme en France, où on aurait appris le gain du titre par un communiqué sur les réseaux sociaux. Les célébrations que vous avez vu jeudi soir autour d’Anfield, c’était une libération spontanée de joie. Toutes ces sources de tension des trois-quatre derniers mois avaient disparu."

Un fan de Liverpool porte un maillot composé de la moitié de celui du titre de 1990 et de la moitié de celui du titre de 2020
Un fan de Liverpool porte un maillot composé de la moitié de celui du titre de 1990 et de la moitié de celui du titre de 2020 © AFP

James Pearce nuance l’analyse: "Tout fan de Liverpool doit admettre que ce n’est pas comme ça qu’il aurait choisi de gagner le titre. De tous les scénarios possibles auxquels les gens avaient rêvé depuis des années, personne n’aurait imaginé que ça arriverait fin juin en soutenant Chelsea pour qu’ils gagnent un match dans un Stamford Bridge vide. C’est un mélange d’émotions bizarre. La joie est toujours là, une joie absolue car cette longue attente est enfin terminée et qu’on n’a plus à parler du nombre d’années depuis le dernier titre de Liverpool. Mais il y a un côté moins génial que prévu car les gens ne peuvent pas partager ce bonheur ensemble pour le moment. Ça fait mal au cœur de se dire que le manager, les joueurs et les fans ne peuvent pas se réunir car ce qu’on aurait vu aurait été sans précédent, l’équivalent de la victoire en C1 de l’an dernier mais multiplié par deux ou trois en termes de jubilation. Ça enlève un peu quelque chose. Mais si on revient quelques semaines tôt, certains clubs voulaient que la saison soit blanche, comme si elle n’avait jamais existé. Ça aurait été dingue d’être privés du premier titre en trente ans par le coronavirus! Compte tenu de ces circonstances, il y a de la joie mais aussi du soulagement."

"Chaque voiture klaxonnait. C'est quelque chose qui n'arrive jamais dans notre pays!"

Il y avait tout ça et trente ans de frustration à balayer lorsque les supporters ont avancé vers Anfield pour célébrer le titre après la victoire de Chelsea sur Manchester City (2-1) malgré la crise sanitaire. "J’ai regardé le match dans mon jardin avec quelques amis, raconte Dan Nicolson. Chelsea a ouvert le score en première période et à la pause, des feux d’artifice et des fumigènes sont partis dans les maisons à côté. Quand City a égalisé, je me suis dit qu’ils allaient finir par gagner, que c’était inévitable. Mais quand Chelsea a marqué son penalty, c’était le chaos. Les feux d’artifice et les fumigènes ont recommencé, les klaxons se sont mis à sonner. Au coup de sifflet final, on a pris la voiture pour partir à Anfield, qui est à environ cinq miles de chez moi. Sur la route, il y avait des fumigènes partout, chaque voiture klaxonnait. C’est quelque chose qui n’arrive jamais dans notre pays! En Grande-Bretagne, personne n’utilise son klaxon. Je me suis dirigé vers Queens Drive, une des principales routes qui traverse la ville de façon circulaire, et les voitures étaient partout, comme une procession. Les gens étaient dehors devant chaque maison, avec des drapeaux, des écharpes, etc. On aurait dit quelque chose qu’on voit en Amérique du Sud, pas en Angleterre. C’était une pure libération de joie. J’ai appelé mon père pour lui dire : ‘Enfin, on l’a fait!’ Il était tellement heureux."

Les fans de Liverpool fêtent le titre de Premier League 2020 devant Anfield
Les fans de Liverpool fêtent le titre de Premier League 2020 devant Anfield © AFP

Il pourrait l’être encore très vite. Avec un groupe jeune et un coach parti pour durer, les Reds ont tout pour ne pas attendre trente ans avant le prochain titre national. "On ne regarde pas cette équipe en se disant: 'C’est bon, ils sont finis, il faut casser ce groupe', analyse James Pearce. Je ne vois pas Liverpool arrêter soudainement d’avoir du succès. Il y a trop de talent dans cette équipe et un manager qu’on n’échangerait avec personne. Il sera difficile pour n’importe quelle équipe de dominer le football anglais dans les années à venir et je ne pense pas que l’on verra une période comme celle de Liverpool dans les années 80 ou United dans les années 90. La Premier League est top compétitive. Mais tout va dans le bon sens à Liverpool. Je serais très étonné si Klopp n’avait pas trois ou quatre titres de Premier League à son palmarès quand il quittera Liverpool." 

"Pas le sentiment que c'est juste un coup d'une saison"

"Tout le monde est très optimiste, confirme Dan Nicolson. Cette saison n’a pas été parfaite non plus car on n’a pas pu connaître ce sentiment de gagner le titre en regardant notre équipe jouer dans le stade. Et tout le monde est très excité à l’idée que cela arrive l’an prochain. (Sourire.) On n’a pas le sentiment que c’est juste un coup d’une saison." Liverpool va encore vivre de grandes soirées, unie derrière ses Reds. "On est vraiment tous ensemble derrière le club en ce moment, pointe Dan Nicolson. On peut remonter à 2007 pour voir la différence. On avait joué la finale de la Ligue des champions, perdue contre le Milan AC, et quand nous sommes sortis de ce stade, c’était très tendu entre les fans. On ne sentait pas une atmosphère de cohésion, on n’avait pas le sentiment d’être tous ensemble comme un seul homme, il y avait de l’amertume. Si on avance à la finale de la Ligue des champions perdue contre le Real en 2018, nous n’étions pas heureux de la défaite mais on sentait que ce n’était qu’un début et qu’il y avait beaucoup plus de cohésion. Ça vient de Klopp et de ce qu’il a installé." Le trophée de la Premier League en est le symbole le plus éclatant. 

Alexandre HERBINET (@LexaB)