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Pourquoi Tan est le propriétaire le plus détesté de Premier League

Vincent Tan

Vincent Tan - -

Il a 60 ans, une jolie moustache et un maillot de son équipe presque toujours sous son blazer. Vincent Tan, richissime propriétaire de Cardiff City, n’a pas peur de dépenser et aurait pu être adoré par ses supporters. Sauf que non. Et ce pour 5 raisons.

Parti de rien ou presque, Vincent Tan, ancien employé de banque et agent d’assurance anonyme, a réussi presque partout. Importer la franchise McDonald's dans sa Malaisie natale ? Facile. Racheter la loterie du pays ? Avec plaisir. Lancer la construction de mille magasins d’électronique RadioShack en Asie ? Sans problème…. La liste des activités financières de celui que Forbes qualifie de « self-made man diversifié » est longue comme un jour sans pain. Et depuis 2010, elle comprend également le Cardiff City FC, club qui lui a déjà coûté très cher, sans toutefois, qu’aucun de ses millions n’achète le cœur de ses supporters. La faute à une série d’erreurs de communication que certains ne semblent pas vouloir pardonner. Explications.

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1 - Changer la couleur du maillot

C’est l’histoire d’un choc culturel. D’une incompréhension durable entre le patron d’une entreprise et les supporters d’un club. Ce club, c’est le Cardiff FC qui, il y a encore quelques mois, jouait en bleu. Sauf que les sponsors asiatiques des Bluebirds n’étaient pas très emballés à l’idée de voir la couleur habituellement associée au deuil en Asie si proche de leurs marques. L’argent n’a pas d’odeur, mais il a donc une teinte. Et pour Cardiff, ce sera le rouge. Première mauvaise nouvelle pour ceux qui se font désormais appeler les « rouges malgré eux ».

2 - Virer un coach populaire, engager un recruteur de 23 ans

« Le club devrait être reconnaissant de la façon dont il a été géré ces dernières années car il n’y pas beaucoup de gens qui investissent dans les clubs de football et encore moins qui le font sans vouloir reprendre tout de suite leur argent… » Ce qui rend intéressant cet éloge de Vincent Tan daté du mois d’août, c’est son auteur. Un certain Malky Mackay, vainqueur de la dernière Championship, promu en Premier League cette année, finaliste de la Coupe de la Ligue avec Cardiff et tout récemment viré de son poste d’entraineur de Cardiff… par Vincent Tan.

En cause, trop de clashs par voie de presse entre le technicien écossais et son boss ces dernières semaines. Au point que Mackay avait déjà été mis au courant de son futur limogeage, petit évènement dans la capitale galloise, qui avait fait se déplacer jusqu’aux abords du stade deux centaines de supporters, colère comme jamais contre leur patron malaisien et sa politique peu respectueuse des hommes et des traditions (on vous laisse deviner la couleur des maillots qu’ils brandissaient). Pour terminer la saison, on parle du très à la mode Ole Gunnar Solskjaer, actuel coach de Molde en Norvège et anciennement « supersub » de Manchester United. Idéal pour un remplacement donc.

Côté recrutement, le début du mois de novembre est toujours un peu calme. Du coup, Vincent Tan, visiblement pas fan des temps faibles, a carrément viré Iain Moody, son directeur sportif, pour le remplacer par Alisher Apsalyamov, ami âgé de 23 ans de l’un de ses onze enfants. Evidemment, Alisher n’avait aucune expérience dans le foot. Evidemment, son visa de travail n’a pas été accordé. Mais ça a donné du boulot aux journalistes britanniques qui ont traqué l’inconnu kazakh pendant une petite semaine, pour se rendre compte qu’il n’avait ni compte Facebook, ni Twitter, ni la moindre présence sur le web. Pendant ce temps-là, Moody retrouvait un emploi à Crystal Palace. Mais sans jamais comprendre les raisons de son éviction de la capitale galloise.

3 - Ne pas connaître les règles du football

Août 2013, le Guardian publie l’extrait d’une discussion tenue entre l’un de ses journalistes et un employé de Vincent Tan au sujet de la récente passion du businessman malaisien pour la chose footballistique. L'interlocuteur éclate de rire. « Il ne connaît aucune des règles du football (…) Il a investi dans les laboratoires pharmaceutiques sans même savoir à quoi servaient les médicaments ». Pas le genre de déclaration à faire trembler Tan, qui répondra plus tard de la plus laconique des façons et le sourire aux lèvres : « Cela n’a pas d’importance. C’est juste un nouveau business. »

4 - Changer le logo du club

Faire jouer des Bluebirds (littéralement, des « oiseaux bleus ») en rouge ne suffisait apparemment pas. Non, il fallait aussi ridiculiser le petit oiseau présent sur l’écusson du club depuis toujours. Comment ? Eh bien en lui imposant l’humiliant voisinage d’un dragon, symbole important dans la culture du pays de Galles et… en Asie. Tout le monde est content ? Pas du tout à en croire les fans qui protestent désormais autant contre leurs couleurs, que contre leur logo. Et ce n’est pas fini…

L'ancien écusson de Cardiff
L'ancien écusson de Cardiff © -
Le nouvel écusson de Cardiff
Le nouvel écusson de Cardiff © -

5 - Changer le nom du club

Imaginez que les Diables rouges de Manchester United ne soient plus ni diables, ni rouges. Imaginez que les Citizens de City changent de nom. Que les Rossoneri de l’AC Milan se parent de vert… La liste est infinie et ferait frissonner n’importe quel supporter. Ce cauchemar est précisément celui que sont en train de vivre les fans de Cardiff, puisque la rumeur persistante d’un changement de nom de leur club parait chaque jour plus sérieuse. Les démentis de Vincent Tan, qui avait déjà assuré que l’écusson ne changerait pas, ne calment personne et l’angoisse monte dans les tribunes. On murmure que les Cardiff City Bluebirds pourraient bientôt devenir les Cardiff City Dragons. Seul problème, c’est déjà le nom du club de foot gay de la ville.

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Au final, seule l’histoire démontrera si Vincent Tan a eu raison. Car si une partie des tribunes le déteste, la réussite sportive est pour l’instant encourageante et certains n’oublient pas que l’homme d’affaires malaisien a bel et bien sauvé le club en en épongeant toutes les dettes et en recrutant tantôt cher, tantôt malin, cet été et celui d’avant. Suffisant pour remplacer chaque fan « historique » perdu, par un nouveau, avide de football de haut niveau dans sa ville ? Cela semble être le plan.

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Raphaël Cosimano