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Les familles des joueurs sont-elles un poids ou un atout ?

Adrien Rabiot

Adrien Rabiot - AFP

En cette semaine spéciale mercato sur l’antenne de RMC, le débat de mercredi était axé sur l’entourage des joueurs. Si certains ne sont gérés que par des professionnels, d’autres préfèrent voir leurs intérêts et leurs choix de carrière confiés à des proches. Une pratique qui suscite des avis contrastés.

Tous les amateurs de foot se souviennent de l’influence de l’entourage d’Anelka sur ses choix sportifs, ou plus récemment de l’impact de la mère d’Adrien Rabiot sur son avenir. Comme eux, certains joueurs font appels à leurs proches pour gérer leur carrière. Pour René Charrier, vice-président de l’UNFP (syndicat des joueurs), cette pratique est toutefois devenue rare : « C’est de moins en moins courant. Je n’ai pas le sentiment que c’est la tendance actuelle, bien au contraire. » Un avis que ne partage pas l’ancien manager rennais Pierre Dréossi : « Je pense que cette pratique est un petit peu plus présente qu’avant. La famille comble un peu le vide laissé par les agents. »

Charrier : « La cellule familiale est importante »

Pour René Charrier, l’entourage du joueur est primordial, surtout en début de carrière. Il remarque toutefois que certains veulent confier (trop) rapidement « leur» joueur à un professionnel : « Est-ce que vous pouvez nous conseiller un agent ? C’est la question qui revient le plus souvent. On essaie de leur faire comprendre que, quand leur enfant est jeune, il n’y a pas d’urgence. Je pense que c’est un avantage pour lui de rester dans un cocon familial. »
Pour lui, la situation est rendue difficile par l’explosion du nombre d’agents : « Ce que l’on pouvait faire comprendre aux parents à une époque n’est plus possible. Tout va très vite. Il y a une telle concurrence entre les agents eux-mêmes que, du jour au lendemain, on doute de celui que l’on a, explique-t-il avant d’insister sur la différence entre chaque cas : « On a des exemples de proches qui ont amené des sportifs dans des impasses, les ont escroqués. Mais là encore, il ne faut pas généraliser. La cellule familiale est importante. Cela n’empêche pas qu’ils peuvent s’appuyer sur des agents. »

Kévin Ménez : « Il faut que chacun reste à sa place »

Le milieu offensif de l’AC Milan, Jérémy Ménez, est justement dans ce cas précis. Son frère gère ses intérêts, tout comme son agent Jean-Pierre Bernès. Pour Kévin Ménez, le rôle des familles peut s’avérer dangereux. « Ça peut être à double tranchant, juge-t-il. Nous, on a toujours voulu travailler avec quelqu’un d’extérieur à la famille, parce qu’on n’est pas forcément objectif sur le niveau de Jérémy. Il faut que chacun reste à sa place, tout en partageant les avis de chacun. » Ainsi, pour chaque choix important, toutes les « parties » sont consultées, « mais au final, c’est toujours Jérémy qui décide », indique son frère, qui se décrit comme « l’homme à tout faire » et insiste sur cette notion de « dialogue entres l’agent et la famille ».
Kévin Menez comprend toutefois que certains se détournent du monde des agents et de ses excès : « On peut avoir été déçu, avoir connu une mauvaise expérience. A ce moment-là, la famille veut prendre le relais car elle n’a plus confiance en personne. Quand on a un entourage qui est équilibré, assez objectif, ça peut être bien. Mais quand on a une famille qui pense bien conseiller alors que non, on peut se retrouver en situation d’échec. »

Dréossi : « Conseiller une carrière, c’est un métier »

Pour Pierre Dréossi, les familles sont incontournables : « C’est important, quel que soit l’aspect, positif ou négatif. J’ai eu des joueurs avec des parents très impliqués, avec un impact très positif. Mais j’ai eu l’aspect négatif, avec la famille au sens large. » L’ancien dirigeant de Lille est catégorique sur un point, l’entourage ne devrait pas gérer la carrière d’un joueur. « C’est un métier et ça ne s’apprend pas, même si on est père ou mère, tranche-t-il. Et cela même si beaucoup de parents ont un impact positif. Ça doit être fait par des professionnels, que ce soit l’aspect sportif ou patrimoine. Il faut une gestion personnalisée, qui fait que leur argent va vivre. Une carrière ça dure 6 ans et demi en moyenne, contrairement à ce que l’on pense, donc la gestion est importante. C’est pourquoi il faut faire appel à un professionnel. »