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Mercato: pourquoi les dépenses folles vont se poursuivre

Tous les ans pendant l’été, des records sont battus. Les clubs des quatre coins de l’Europe ne cessent de dépenser, en Angleterre, en Espagne, en Italie, même en France où Lyon, par exemple, a déboursé plus de 88 millions d’euros sur le marché des transferts, une somme historique. Comment expliquer ce phénomène inflationniste, qui se poursuit année après année?

Pour la quatrième année consécutive, les clubs anglais ont dépensé plus d’un milliard d’euros lors du marché estival. La moitié des clubs ont battu leur record de dépense et certaines équipes de milieu de tableau ont acheté pour plus de 100 millions d’euros, comme Aston Villa, promu cette saison, ou Leicester.

En Espagne, alors que le mercato n’est pas encore terminé, les clubs de Liga ont eux aussi dépassé le milliard. Le Real Madrid a frappé fort, avec plus de 305 millions d’euros. Idem côté Barcelone, avec 255 millions d’euros d’investissement.

Lorsqu’on tente d’expliquer cette situation, on met toujours en avant l’importante progression économique du football européen, notamment depuis le début des années 2010. Mais aussi sa mondialisation, avec une attractivité constante du public asiatique et américain, l’arrivée des investisseurs étrangers, désireux, à la fois, de capter la notoriété du foot mais aussi sa croissance. Et enfin, la montée des droits TV, qu’il s’agisse des droits nationaux ou des droits internationaux.

Partout, l’argent afflue et les clubs s’enrichissent. En retour, ils ont les moyens de dépenser plus et battent continuellement des records. Et si ce n’était pas la seule explication?

Les fonds d'investissements attirés par l'univers du football

Depuis quelques années, de nombreuses sociétés de placement ont investi dans le football, à travers des rachats, comme du côté des Girondins de Bordeaux, mais aussi des prêts et des crédits. C’est une nouveauté qui a été illustrée cet été en Espagne avec les transferts d’Antoine Griezmann de l’Atlético au FC Barcelone et du Portugais Joao Félix vers Madrid.

Tous les deux ont été achetés avec l’aide d’une société d’investissement, 23 Capital, dirigée par l’homme d’affaire Jason Traub. Celle-ci a consenti au FC Barcelone un crédit de 35 millions d’euros, remboursable en 6 mois, et un autre de 85 millions d’euros garanti et assuré par la vente de joueurs future.

Quant à l’Atlético de Madrid, 23 Capital a anticipé la vente future de Griezmann au Barca en offrant les liquidités nécessaires au club afin qu’ils achètent dans les temps le milieu de terrain au Benfica. L'idée est d'avancer rapidement, sans passer par une banque, les liquidités nécessaires à la signature d'un joueur particulier.

La compagnie, soutenue par le milliardaire George Soros, a également prêté, d’après un récent article du Times, de l’argent à des clubs de haut niveau européen, contribuant ainsi à l’inflation du prix des joueurs.

Le retrait des banques a attiré de nouveaux acteurs

Pour Jason Traub, "depuis 2008 et la crise des subprimes, les banques, qui jusqu’ici prêtaient modérément aux équipes, ont fermé le robinet du crédit. Les clubs, pour s’éviter un déficit de liquidité, se sont tournés vers les fonds d’investissement."

"Nous acceptons le risque et connaissons l’économie particulière du football. L’avantage, pour les clubs, c’est que nous sommes capables de libérer rapidement des liquidités correspondant à la valeur des joueurs, et ensuite parier sur leur vente future ou sur les potentiels droits TV générés. Nous parvenons, sur ce point, à un accord rapidement."

Le résultat est la rapidité des ventes. Le club acheteur peut disposer immédiatement de l’argent pour le joueur désiré. "Les transactions sont plus vites conclues car il y a moins de disputes entre les clubs pour savoir quand et comment l'argent est payé."

Mais quel risque?

Le football de demain est celui-ci. Un football à crédit, en parfaite concordance avec le fair-play financier - qui rappelons-le, n’interdit pas l’endettement mais mise sur la rentabilité - où les clubs pourront dépenser plus en misant sur des retombées économiques potentielles futures.

Les fonds d’investissement parient sur une « valeur future ». « Nous prêtons de l’argent aux clubs, sachant que celui-ci bénéficiera financièrement de son développement, via un valorisation sportive » répète Jason Traub.

Les records de transferts devront donc encore être battus. Avec ces fonds d’investissement, les clubs disposeront rapidement et facilement de très nombreuses liquidités, parfois supérieures à la valeur réelle de leurs actifs. Et avec quelle conséquence? Que bientôt, tous les joueurs valent plus de 100 millions d’euros, comme le commentait Cristiano Ronaldo.

Pierre Rondeau