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Yanagisawa : « On participe à l’effort de reconstruction »

Atsushi Yanagisawa

Atsushi Yanagisawa - -

EXCLU RMC SPORT. L’ancien attaquant vedette du Japon, Atsushi Yanagisawa (35 ans), a rejoint le club de Vagalta Sendai l’année du tremblement de terre et du tsunami. Il se souvient de ce terrible 11 mars 2011 et raconte comment le club et la région tentent de se remettre sur pied.

Atsushi, où étiez-vous le 11 mars 2011 ?

J’étais chez moi à la maison, à Sendai, avec ma famille. Tout d’un coup, il y a eu un bruit indescriptible. L’électricité s’est coupée et puis les tremblements ont commencé. C’était irréel. C’était surtout très long…J’habite au 14e étage d’un immeuble moderne et ça tanguait beaucoup. J’ai regardé par la fenêtre et j’ai d’abord vu beaucoup de gens sortir dans les rues. Ensuite, des fumées d’incendies au loin à l’horizon. C’était la veille de la première journée de la J-League. Tous les portables étaient en panne et je ne savais donc pas à quelle heure on se retrouvait le lendemain au club ou au stade. Nous ne nous sentions pas en sécurité à l’étage, donc on a pris la voiture et on est allé faire des courses de premier secours au supermarché, avant de dormir dans la voiture.

Qu’avez-vous fait ensuite ?

Le lendemain, je suis allé au club, les bâtiments avaient les vitres brisées. J’ai compris que le match était annulé. Les employés de la cafeteria m’ont donné des bananes et des jus, car ils avaient peur qu’on ne trouve plus à manger si tout le monde faisait des provisions aux supermarchés. C’était mes débuts au Vegalta Sendai, je m’en souviendrai toute ma vie.

Quand la vie du club a-t-elle pu reprendre son cours normal ?

Les entraînements ont été annulés, il y avait le souci des radiations après l’accident nucléaire, on restait donc cloitré à la maison. Je crois qu’on a repris que deux semaines après avec un stage délocalisé à Chiba (région de Tokyo, plus au sud). Ça a duré un mois. La saison de championnat a commencé le 23 avril, soit avec près d’un mois et demi de retard. On est retourné à Sendai, mais notre stade était très endommagé donc on a joué à Miyagi (100 km plus au nord) pendant un bout de temps.

Très vite, des opérations caritatives ont été organisées dans tout le Japon, y compris par les footballeurs. Y avez-vous participé ?

Oui, avec les joueurs du club, on allait dans les camps de réfugiés pour donner de la nourriture, des biens de première nécessité. C’était très délicat. Certaines personnes nous accueillaient à bras ouverts, d’autres étaient tellement sous le choc qu’elles préféraient qu’on les laisse tranquille.

Quelle est la situation à Sendai, deux ans après ?

En fait, dès l’année suivante, la ville était complètement reconstruite. En revanche, quand on va au bord de mer, c’est toujours le chaos. Et puis beaucoup de gens sont toujours déplacés, ils ont perdu leur travail, ils ne savent pas où et quand ils vont à nouveau pouvoir rentrer chez eux, il y a une grande inquiétude. Ce n’est pas fini, la région n’est pas au bout de ses peines.

Quelle est l’ambiance au club ?

C’est délicat encore une fois, car certains ne veulent pas entendre parler du fameux « sport qui est censé donner du courage au gens ». Ils souffrent encore et ce n’est pas un match de foot qui va changer leur vie. Mais en même temps, pour ceux qui ont commencé à se refaire une vie, on leur apporte indéniablement du courage quand on gagne. Nous, à Vegalta on n’oublie pas, on ne les oublie pas. Je crois que tout le pays est derrière cette région. Mais on sait que les choses ne seront plus comme avant, il faut trouver une nouvelle voie, des nouvelles idées, certaines personnes doivent se faire une nouvelle vie.

Personnellement, comment vous situez-vous par rapport à tout cela ?

Depuis le tremblement de terre, notre équipe, qui avant était une équipe de milieu de tableau, a terminé le championnat 4e en 2011 et 2e en 2012. Ce sont deux exploits ! Mais ce n’est pas un hasard. Je ne veux pas dire platement que la situation nous motive ou que l’on joue uniquement pour les victimes, mais oui, on a trouvé un vrai sens, une âme, une force collective. Que ce soit les jeunes joueurs ou les vétérans, tout le monde met du cœur à l’ouvrage. On fait bien notre boulot, sans penser qu’on va changer le monde, mais à l’arrivée, on participe à l’effort de reconstruction. Je me situe dans cette logique.

Propos recueillis par Louis Chenaille et Florent Dabadie