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Costantini raconte « ses » Experts

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Prédécesseur de Claude Onesta à la tête de l’équipe de France de handball (1985-2001), Daniel Costantini évoque sept tauliers historiques des Bleus : Omeyer, Fernandez, Dinart, Karabatic, Gille, Abalo et Barachet.

Thierry Omeyer : « Un comportement animal »
« Quand je l’ai connu, c’était un excellent gardien mais quelqu’un d’effacé. La confrontation avec Bruno Martini lui a forgé le caractère. Il a compris qu’il ne fallait faire de cadeaux à personne, même pas à ses partenaires. En partant en Allemagne, où tu joues ta tête sur chaque match, il a acquis ce comportement animal. Il est devenu un tueur dans sa cage. Il arrête le ballon et il a une façon d’humilier l’adversaire en le ‘branchant’ qui amplifie sa performance. Il n’a pas besoin de hausser la voix mais quand il le fait, tout le monde l’écoute. Quand sa défense commence à l’abandonner, il se fait vite comprendre… »

Jérôme Fernandez : « Je n’aurais jamais imaginé… »
« Quand je l’ai lâché après la finale du Mondial 2001, je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse être là dix ans après et capitaine de l’équipe de France. C’était un mec doué mais on se plaignait parfois de son mental fragile et d’un manque de confiance. En devenant arrière droit, il s’est ouvert à l’intérêt général. C’est là qu’il a obtenu cette respectabilité auprès des autres. Il a beaucoup d’empathie, il va vers les autres. C’est un garçon qui a perdu son père et il a une affinité très particulière avec Claude Onesta, qui dépasse la simple relation entraîneur-entrainé. »

Didier Dinart : « La plus grande gueule du vestiaire »
« C’est un autodidacte de la défense. Il a construit son propre fonctionnement en faisant en sorte, par son rayonnement, d’améliorer tout le monde. Sans en avoir l’air, c’est la plus grande gueule du vestiaire. Son autorité naturelle lui permet même de parler au staff, aux dirigeants. C’est lui qui choisit la musique. Quand Didier Dinart parle, tout le monde l’écoute. Il a dépassé son côté antillais. Et un Antillais qui a confiance en lui, qui se sait suivi par les ‘métros’ (métropolitains, ndlr), c’est un patron. »

Nikola Karabatic : « Il a le sang intelligemment bouillant »
« Il l’ouvre quand ça va mal. C’est un ‘Monsieur zéro défaut’. Je l’appelle Robocop. Il a intégré tout ce qu’il faut pour être un handballeur de très haut niveau. Les fées se sont penchées sur son berceau avec un père croate et une mère serbe. Il a le sang intelligemment bouillant. C’est un garçon qui pourrait être là à 34 ans encore. Il pourrait durer car il sait comment faire mais il pourrait également tout arrêter du jour au lendemain en se disant qu’il a fait le tour de la question. »

Bertrand Gille : « En train de devenir allemand »
« La célébrité lui est tombé dessus rapidement. Il est parti en Allemagne et il est presque en train de devenir allemand. Ses enfants n’ont connu que l’école allemande. Il a une place à part. Il a un physique qu’il a réussi à conserver et c’est aussi un intellectuel. C’est la bête noire des journalistes. Parfois, quand on lui pose une question, il regarde le journaliste en pensant ‘Mais c’est quoi cette question…’. Il réfléchit un peu trop. Il est à la recherche d’une forme d’originalité dont il a besoin. Lui, il fait peur parce qu’on n’est pas bien une fois qu’on l’a croisé. »

Luc Abalo : « Le plaisir avant tout »
« Super-héros, l’homme caoutchouc… Il est d’un grand naturel et s’une grande simplicité. Il semble ne pas se rendre compte de son potentiel. Il recherche le plaisir avant tout. C’est un créatif. Il tente des trucs fous mais ne se fout pas du collectif. C’est un garçon adorable. Il a gardé sa simplicité, son respect pour les gens. Mercredi, il est venu saluer son premier entraîneur pro, comme un élève va saluer un professeur qui lui a fait franchir des étapes. C’est un type multi-facettes. Il peint et va commencer la sculpture. Les sportifs de haut niveau se ressemblent tous. Ils pensent à leur corps, aux filles, aux voitures. Lui, non. »

Xavier Barachet : « Le Suédois »
« Quand il est recruté par Chambéry, il perd sa mère. Cela aurait pu le tuer. Ça lui a forgé le caractère. Pour un Niçois, il n’est pas très expressif. Il fait tout ça sans ostentation, sans se frapper la poitrine. Je l’ai surnommé ‘le Suédois’. Il est comme les Suédois des années 90. Un peu blond, un peu blanc et pas expressif. Il est d’une grande gentillesse, d’une grande courtoisie et derrière ça, il a un tempérament fort qu’il ne montre pas. Il a encore des boutons d’acné mais les qualités d’un vieux briscard. »