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Karaboué : « Je souffre tous les jours »

Daouda Karaboué

Daouda Karaboué - -

Le gardien de l’équipe de France, né à Abidjan, est très perturbé par la crise que traverse actuellement la Côte d’Ivoire. Chaque jour, il tente de prendre des nouvelles de ses proches et prie pour que les violences prennent fin rapidement.

Daouda Karaboué, comment vivez-vous la situation en Côte d’Ivoire ?

C’est quelque chose qui me fait souffrir tous les jours. Avant de rentrer sur le terrain ou après une rencontre, j’ai l’esprit occupé par la situation en Côte d’Ivoire. Ce qu’il se passe actuellement là-bas, je n’aurai jamais pu l’imaginer lorsque j’ai quitté ce pays à l’âge de dix ans. Je me souviens que quand je regardais le journal télévisé, le président disait : « la paix n’est pas qu’un simple mot, c’est un comportement ». Quelque chose comme ça. Il le disait régulièrement. Ça m’a marqué. A l’époque, je ne pouvais pas penser que la situation se dégraderait à ce point.

Vous y allez souvent ?

Chaque année. J’ai vu le changement. Mais je ne pouvais pas imaginer qu’on en arriverait là. Aujourd’hui, il y a des actes de barbarie. C’est terrible.

Comment faites-vous pour avoir des nouvelles de vos proches ?

On se tient au courant pas internet ou par téléphone. Mais là-bas, le téléphone fonctionne souvent par recharges. Et pour en acheter, il faut sortir de chez soit. Donc ne pas respecter le couvre-feu. Et c’est dangereux. C’est difficile. Mais en persistant, on arrive toujours à avoir des nouvelles. On me répété ce qu’on voit ici à la télévision. Il arrive même que pendant un appel, on entende des coups de feu. La situation est très tendue. Les gens sont quasiment en situation de guerre.

« C’est inimaginable de voir ça »

Vous semblez vraiment choqué…

Bien sûr que ça me fait halluciner. En Afrique, il faut qu’on arrête. Les partis politiques rentrent en conflit. Et c’est toujours la population qui trinque.

Avez-vous pensé à rapatrier vos proches en France ?

Oui, j’y ai pensé. Je voulais faire venir mon père et ma petite sœur. Mais mon père n’a jamais voulu quitter son pays. C’est un ancien, il ne partira pas. Surtout dans ces conditions. Ma sœur, elle, s’est réfugiée chez des membres de notre famille dans le Nord de la Côte d’Ivoire.

Pouvez-vous parler librement de la situation politique là-bas ?

On peut toujours donner son avis. Mais chacun doit rester à sa place aussi. Je ne suis qu’un sportif. Ma position est la même que celle du peuple. Peu importe le parti qui passe, ça ne reste que de la politique. Je suis pour la paix avant tout. Il faut que les gens puissent avoir de quoi manger, de quoi vivre dignement et de quoi se soigner. C’est inimaginable de voir ça en Côte d’Ivoire. J’espère que tout cela va cesser rapidement.

Propos recueillis par Wilfried Templier