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Annecy 2018, 100 jours pour écrire l’Histoire

Wiberg, Beigbeder, Killy et Drut ont 100 jours pour imposer Annecy 2018

Wiberg, Beigbeder, Killy et Drut ont 100 jours pour imposer Annecy 2018 - -

Emmenée par son président Charles Beigbeder, la candidature savoyarde parcourt le monde dans le but de séduire avant le vote du CIO à Durban, le 6 juillet. Dans 100 jours exactement. Mais la faiblesse des moyens alloués au lobbying limite les ambitions françaises. Rédhibitoire ?

Au four et au moulin
« Maintenant, c’est dans les aéroports et les salons d’hôtels que ça va se passer. » Depuis la fin de la visite du CIO en Haute-Savoie en février, Charles Beigbeder et ses collaborateurs sillonnent le monde : Nouméa, samedi, pour l’assemblée générale des comités olympiques d’Océanie ; Séoul, mercredi, au Congrès de l’AIPS, l’association internationale de la presse sportive ; Marrakech, le 19 mars ; Barcelone, le 10… Prochaine étape, capitale parce que prisée des membres du CIO, le salon « SportAccord » à Londres (3-8 avril), où les équipes d’Annecy, Munich et Pyeongchang présenteront leurs dossiers. En mai, les candidats effectueront, comme pour un mini-Durban, une présentation devant l’ensemble des électeurs du CIO, à Lausanne. Le 18 et 19 du même mois, le CIO publiera son rapport d’évaluation définitif.

Du renfort à l’international
« Le lobbying, c’est l’essentiel du budget d’une candidature, et quand on n’a pas d’argent (1), on n’a pas d’experts », explique un familier des cercles olympiques qui souhaite garder l’anonymat. En la matière, les villes rivales ont fait fort et vite. Les Coréens ont débauché Mike Lee (Qatar 2022) et Terrence Burns (Russie 2018), les Allemands ont Jon Tibbs (Sotchi 2014). Annecy a tardivement convaincu Andrew Craig et Nick Warley, artisans de Londres 2012. Un renfort d’autant plus précieux que la France a peu de relais dans les hautes sphères de la diplomatie olympique : Jean-Claude Killy et Guy Drut (CIO), Michel Platini (UEFA), Bernard Lapasset (IRB)… et c’est à peut près tout. « Le lobbying ce n’est pas de la vente, c’est du réseau, et la France est une petite nation en la matière », note notre expert.

Des voix dissonantes
Un mois après le grand oral réussi devant la commission d’évaluation du CIO, la candidature française a encore connu un couac. Le coup de gueule de Guy Drut, patron du nouveau bureau de promotion à l’international, a montré l’étendue des divisions, déjà apparues au départ d’Edgar Grospiron. Chantal Jouanno, la ministre des Sports, consciente de la faiblesse de la France à l’international, a eu l’idée de ce bureau ayant pour mission de centraliser l’expertise en matière de diplomatie sportive. « Mais tout le monde ne semble pas avoir la même perception (que Jouanno)… », soulève une autre source proche du dossier.

Annecy 2018 pour préparer l’avenir ?
« Nos chances ne sont pas très importantes mais elles sont réelles », estime Drut. A 100 jours du vote, Pyeongchang, battu en 2010 (Vancouver) et 2014 (Sotchi), serait donnée gagnante dès le premier tour avec 60 voix, contre 30 pour Munich et 15 pour Annecy. La France, à la faveur de l’équilibre des continents, aurait alors tout intérêt à se positionner pour 2022. Ou pour les Jeux d’été de 2020, comme l’a laissé entendre Jouanno. « C’est une partie d’échecs, il faut toujours penser avec deux ou trois coups d’avance », conclut notre expert. Faut-il en conclure qu’Annecy 2018 n’aura été qu’un coup d’essai ?

(1) 24 M€ pour Annecy, contre 35 M€ pour Munich et 45 M€ pour Pyeongchang

Louis Chenaille