RMC Sport

Asloum : « Il fallait absolument que je gagne »

Brahim Asloum n'a pas dormi de la nuit avant son titre olympique en 2000.

Brahim Asloum n'a pas dormi de la nuit avant son titre olympique en 2000. - -

Premier champion olympique de boxe depuis Roger Michelot en 1936, Brahim Asloum se souviendra toujours de ce 30 septembre 2000, date de son sacre à Sydney… et de la nuit qui l’avait précédé, « la pire de (sa) vie ».

Rien à faire. Impossible de dormir. Malgré sa bonne volonté, Brahim Asloum, qualifié pour la finale olympique des mi-mouche (48kg), n’arrive pas à trouver le sommeil. Le stress l’a gagné depuis longtemps et il n’a pu s’alimenter correctement le soir de son combat. Ça tombe bien, il a encore un peu de poids à perdre. Alors il s’emmitoufle dans son survêtement et dans ses draps en espérant suer le plus possible : « Je ne voulais tellement pas regretter le matin d’être encore au-dessus du poids et de devoir courir une demi-heure, trois quarts d’heure que le soir, je m’étais couvert et j’avais mis le chauffage. Mais ça m’avait tellement étouffé que je n’arrivais pas à dormir ! », témoigne-t-il aujourd’hui. Brahim se tourne et se retourne dans son lit. « J’avais mis les pieds contre le mur, j’ai pris toutes les positions imaginables », se souvient le propriétaire du Paris United. En vain.

« J’ai fait 150 millions de fois le combat dans ma tête »

A 21 ans, le boxeur de Bourgoin-Jallieu dispute ses premiers Jeux. L’expérience lui manque. Il ne sait pas comment gérer ses émotions, à la veille d’un combat qu’il sait capital pour la délégation française : « Avec ma médaille, la France battait le record d’Atlanta (38 au lieu de 37) donc il fallait absolument que je gagne ». Brahim a déjà rencontré son futur adversaire, Rafael Lozano, en tournoi de qualification et le résultat l’angoisse encore plus. « J’avais perdu 9-0 contre lui, injustement certes mais j’avais perdu 9-0. Donc, je me suis fait plein de films. J’ai fait 150 millions de fois le combat dans ma tête. »

Le bruit, juste en bas de sa maison dans le village olympique, n’arrange rien. Les handballeurs, qui doivent encore disputer le match pour la 5e place du tournoi le lendemain, font la fête et le futur champion du monde WBA n’a qu’une envie : les rejoindre. « Jusqu’à 2 ou 3 heures du matin, je me suis dit : ‘Brahim, descends juste dix minutes. Tu rigoles avec eux et tu remontes dormir’. Et puis, mon inconscient me disait : ‘Non, Brahim, sois sérieux, il faut que tu restes dans ta chambre’. (…) Je les entendais tellement rire que j’avais envie de partager ça avec eux. »

« J’étais vachement décontracté »

Le jeune boxeur voue une grande admiration aux « Barjots », sacrés champions du monde en 1995. Or, certains joueurs sont juste là, à côté. Brahim les a désespérément cherchés tout au long de la journée de repos pour qu’ils dédicacent un ballon de handball qu’il s’est acheté. C’est l’occasion rêvée de les faire signer. Pourtant, il résiste. « Je prends quand même le ballon avec moi dans mon sac le lendemain et j’arrive pour ma finale. J’avais la balle et je me suis amusé à jongler avec mon kiné pour l’échauffement. J’étais vachement décontracté. »

Quelques heures plus tard, il est sur la première marche du podium, ému par l’hymne national. Il pense aux bons moments comme aux mauvais, à la « dureté » de son sport… et à sa place en première classe qui l’attend dans l’avion de retour ! « Un truc de môme de 20 ans ».

Le titre de l'encadré ici

BRAHIM ASLOUM EN BREF|||

Né le 31 janvier 1979, à Bourgoin-Jallieu (33 ans)

Palmarès :

Amateurs :

2000 : champion olympique mi-mouche

Professionnels :

24 victoires, 2 défaites

2003 : Champion d’Europe mouche

2005 : Champion d’Europe mouche

2007 : Champion du monde WBA mi-mouche

Unique Français détenteur d’un titre olympique et d’un titre mondial

Sylvie Marchal (Avec François Giuseppi)