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Baugé, l’argent qui blesse

Grégory Baugé

Grégory Baugé - -

Pourtant triple champion du monde de vitesse individuelle, le Français Grégory Baugé n’a pu que s’incliner en finale des Jeux Olympiques ce lundi face au Britannique Jason Kenny. Il laisse planer le doute sur son avenir.

Perdre, Grégory Baugé n’en a pas l’habitude. Alors deux fois… Dans les coulisses du Vélodrome de Londres, ce lundi soir, il souffre, s’esseule, s’insulte. Trois jours après s’être incliné avec ses coéquipiers Kévin Sireau et Michaël D’Almeida, le Français vient encore d’être battu. Par Jason Kenny, un rival qu’il avait dominé en finale de la vitesse individuelle des Mondiaux 2011 (titre finalement retiré pour trois no-show) et 2012. La médaille d’argent, la troisième de sa carrière olympique, il n’en voulait pas. Vraiment pas. « Je n’aime pas perdre, souffle-t-il. C’est rageant. Cette médaille, je ne la regarde pas. Je l’ai autour du cou. Je me dis que j’ai perdu, c’est tout. »

Il avait pourtant écrasé l’Olympiade, avec trois maillots irisés de champion du monde (2009, 2010, 2012). Mais dès le début des JO, dès que « Team GB » a appuyé sur les pédales, c’était la chronique d’une défaite annoncée. Jason Kenny s’était imposé dans l’épreuve par équipes avec Chris Hoy et Philip Hindes, l’homme qui tombe pour mieux gagner. Et il l’avait repoussé à deux dixièmes lors des qualifications en individuel. Devant 6 000 personnes, ce lundi, il n’y a pas eu photo. « L’écart était réel, analyse Cyrille Guimard. La sérénité de l’Anglais était telle qu’on ne pouvait pas l’attaquer. Grégory n’a rien à se reprocher. Il est tombé sur plus fort et il faut accepter la défaite. »

C’est dur… « Ils sont très forts, ces Anglais », reconnait, un peu KO, Florian Rousseau, l’entraîneur de l’équipe de France. Et s’ils étaient trop forts ? « Ce n’est jamais bon pour un sport qu’une nation domine à ce point une discipline, estime David Lappartient, le président de la Fédération française de cyclisme, qui note que cinq des sept titres en jeu jusqu’à présent ont été attribués à la Grande-Bretagne. Il faut qu’il y ait du combat, que le niveau soit homogène. » Au milieu de la fête londonienne, le dépit français fait flotter comme un air de doute, d’embarras. Comment ont-ils fait, ces British, pour écraser les Jeux Olympiques ?

Rousseau : « C’est trop facile d’avoir des suspicions »

« Les questions, il faudra les poser au staff technique, à ceux qui ont des diplômes », peste Grégory Baugé. « Qu’attendez-vous comme réponse ?, s’agace Florian Rousseau, avant quelques secondes de silence. Ça reste du sport. Entre 1996 et 2000, la France dominait et ça agaçait tout le monde. C’est trop facile d’avoir des suspicions, technologiques ou autres. Moi, je n’en ai pas. Si j’en avais, j’arrêterais ce métier. Je ne veux pas rentrer dans ce débat-là. » « Je n’en veux pas aux Anglais, assure son président, David Lappartient. Ils ont copié le modèle français et l’ont amélioré. Alors regardons le modèle britannique et voyons comment on peut l’améliorer. » 

Avec ou sans Grégory Baugé ? Le « Tigre » accuse le coup. « J’ai fait mon sprint, je ne pense avoir fait d’erreurs, juge-t-il. Des petits paramètres ont joué en sa faveur. Le public, ça a joué énormément. Ça donne des ailes. Je n’ai pas de regrets, si ce n’est d’avoir perdu une finale olympique... ». A 27 ans, aura-t-il une autre occasion d’accrocher l’or ? « Je ne vais pas savourer la médaille d’argent, même après coup. C’est bien pour l’équipe de France olympique mais pour moi, il n’y a que la victoire qui compte. » Le reverra-t-on sur la piste ? Mystère. « La piste de danse, ouais, certainement… » Jason Kenny a peut-être eu définitivement sa peau.

LP avec GQ