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Biétry : « Munich 1972 a rompu un rêve »

Charles Biétry

Charles Biétry - -

Il y a quarante ans, les Jeux olympiques de Munich étaient endeuillés par la mort de onze athlètes israéliens suite à une prise d’otage par un commando palestinien. Alors jeune journaliste, Charles Biétry a vécu au plus près cette tragédie, qui a marqué un basculement dans l’histoire du sport international.

Le 5 septembre 1972
« Ça a été une nuit d’une violence extrême avec toutes ces explosions, ces gerbes d’étincelles dans le ciel et beaucoup de morts (onze athlètes israéliens, un policier allemand et cinq terroristes, ndlr). On ne s’en souvient pas aujourd’hui mais moi, je ne peux pas l’oublier. A cette époque, j’étais grand reporter. On était à 50 mètres du bâtiment. On a suivi le déroulement des négociations sans savoir ce qu’il se disait ou se passait. C’était impressionnant. »

La fusillade
« J’ai la chance de ne pas vouloir rester là où était tous les journalistes se trouvaient et d’aller ailleurs. J’ai vu et entendu les fusillades. C’est ce qui m’a fait penser qu’on nous mentait en disant que tout le monde était vivant. J’ai croisé le maire de Munich qui m’a confié que tous les otages étaient morts. Il fallait le croire ou pas. Pendant une heure, l’AFP a été la seule à donner cette version de l’attentat dans le monde entier. C’était un moment extrêmement poignant. »

Un bon ou un mauvais souvenir ?
« C’est une question que je n’ose pas me poser… Comment pourrais-je dire que c’est un bon souvenir alors que 18 personnes sont mortes ? Mais à partir du moment où cet évènement a existé, il y a la satisfaction d’avoir bien fait son métier. Mais on ne peut pas dire que le bon l’emporte sur le mauvais. Le mauvais, c’est d’avoir vécu une tragédie. »

Un avant et un après Munich 1972 
« C’est un évènement marquant pour le sport en général. Il y a eu un avant et un après Munich 1972. On ne pensait pas que la trêve olympique pouvait être bafouée à ce point. On était encore dans nos rêves où, pendant les Jeux, tout était beau. Cette prise d'otage est venue rompre ce rêve. Et depuis, dans n’importe quelle rencontre de football, il y a des policiers et des stadiers. On s’est rendu compte que le sport était un enjeu politique et n’était pas à l’abri des mauvaises actions. »

Une tragédie inoubliable
« C’est obligatoire d’y penser. Quand je vais sur un terrain de sport et que je vois de la violence, ça me ramène au 5 septembre à Munich. C’était la première fois que je côtoyais la mort. J’ai compris que le sport, ce n’était pas que la performance sportive, le bonheur d’être ensemble et les races qui se mélangent. Quand je vois les mesures de précaution qu’on prend pour fouiller les gens aux Jeux Olympiques de Londres, 10 ou 15 fois par jour, je suis obligé d’y penser. »

Le titre de l'encadré ici

Rogge : « J’ai ressenti la peine et l’horreur »|||

Le président du CIO depuis 2001 compte trois participations aux Jeux Olympiques en  1968, 1972 et 1976 aux épreuves de Finn ( voile). Il était en première ligne avec les autres athlètes lors du drame de Munich.

« (Emu) Nous l’avons commémoré à plusieurs reprise à juste titre parce que c’est quelque chose que le CIO n’oubliera jamais, et que moi personnellement je n’oublierai jamais. J’étais athlète à Munich, j’ai ressenti la peine et l’horreur que nous avons vécues à ce moment-là. J’ai hésité très longtemps avant de continuer la compétition, parce que j’ai envisagé de rentrer à la maison devant la futilité du sport. Finalement, comme 90% des athlètes, j’ai continué, et on a bien fait parce que c’eut été donné la victoire aux terroristes, et c’eut été peut-être la fin des Jeux Olympiques.

Le CIO a constamment honoré la mémoire de ses frères israéliens. Nous l’avons fait le lendemain du massacre par une cérémonie très émouvante dans le stade de Munich où le président de la République allemande a prononcé un discours émouvant, où Avri Bundage a parlé au nom du CIO. Nous avons bâti un mémorial  à côté du stade de Munich, j’étais présent au 25e anniversaire avec Samaranch. Quand j’ai été élu en 2001, j’ai participé à l’inauguration d’un mémorial dans l’aéroport militaire où les athlètes ont été tués. Nous avons constamment participé aux mémoriaux organisés par le comité israélien aux Jeux Olympiques. Nous aurons un second mémorial à l’endroit où le massacre a eu lieu à l’aéroport militaire le 5 septembre 2012, 40 ans après. »

Propos recueillis par Nicolas Jamain, L.C et J.R