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Boslak : « J’ai vécu l’enfer »

Vanessa Boslak

Vanessa Boslak - -

La recordwoman de France du saut à la perche (4,70m), absente des grands rendez-vous depuis les Jeux de Pékin en 2008, notamment en raison d'une rupture d'un ligament croisé du genou gauche mal prise en charge, a réalisé les minima pour les JO de Londres en franchissant 4,51m. A 30 ans, la Lilloise revit.

Vanessa, ces 4,51m réalisés samedi dernier ne sont pas qu'une délivrance ?

Je sors de trois années de galère. Quand je vois qu'à un moment, je n'arrivais même pas à monter ou à descendre un escalier, que j'avais envie de pleurer tous les jours parce que j'avais mal même en marchant dans la rue. J’ai vécu l’enfer… Je revis parce que je peux recourir, sauter à la perche. Je ne déclenche plus de douleur en faisant ce que j'aime. Je savoure chaque instant que ce soit en compétition ou à l'entrainement.

En novembre 2010, vous avez subi votre quatrième opération du genou...

Oui, d'ailleurs, je voulais appeler mon chirurgien (Philippe Landreau, Ndlr), car c'est lui qui m'a sauvé. J'attends qu'un ami entraineur de perche m'envoie la vidéo du saut à 4,51m pour que je la lui fasse passer. Il a suivi l'évolution de mon état de santé, c'est le seul qui a voulu tenter le coup de me réopérer. Les autres pensaient que c'était perdu. Opérée fin novembre, j'ai commencé mes premiers footings en courant pieds nus sur une pelouse fin avril-début mai. J'ai resauté avec une perche métallique le 11 juin, le jour de mon anniversaire. C’était avant ma première compétition à Charléty, le 11 juillet, avec un saut à 4m après ma cinquième séance de perche depuis 2 ans et demi.

Vous considérez-vous comme une miraculée ?

Franchement, oui. En mars dernier, quand je ne voyais pas d'amélioration après la quatrième opération, on m’a expliqué que le sport de haut-niveau était terminé pour moi. J'ai eu un gros coup de bambou mais je me suis dit que ce n'était pas possible. C'était comme si au fond de moi, je savais que cela allait repartir, revenir. C'était comme s'il y'avait une petite lumière qui me disait que le bout du tunnel n'était pas si loin. Pendant mon indisponibilité, j'étais frustrée de voir les autres s'entrainer et moi, incapable de faire un footing.

En voulez-vous à ceux qui vous ont opéré au début ?

J'en veux au premier chirurgien sur Paris qui a fait n'importe quoi. Alors que je lui ai dit que j'étais kiné, il ne m'a jamais expliqué la technique opératoire qu'il allait utiliser. Il a pratiqué un type d'opération peu testé en France. On m’a même dit qu'on ne pratiquait même plus ce genre de technique sur les sportifs en raison des retours négatifs. J'ai engagé une procédure contre ce chirurgien.

Que faisiez-vous au cours de cette longue indisponibilité ?

Je me suis raccrochée à des formations en complément de mon diplôme de kiné, comme l'hypnose, qui m'a permis de comprendre comment j'en étais arrivée à une blessure. J'ai cherché des réponses à des questions que je me posais, cela m'a permis d'avancer. Je me suis dit un jour que ça allait s'arrêter, j'ai voulu tout faire pour que cela reparte, c'était obsessionnel.

Après avoir réalisé les minima, vous allez pouvoir préparer les Jeux Olympiques plus sereinement...

Il faudra refaire la performance cet été pour valider mon billet pour les Jeux, mais je pense que dès le mois de mai, si tout va bien, cela devrait passer. L'objectif est d'être meilleure cet été que je ne l'étais les années avant. Pendant mon absence, le niveau n'a pas beaucoup changé. A 4,75m-4,80m, tu es médaillable, De toute façon, vu tous les efforts consentis, je ne reviens pas pour jouer aux billes. Je ne lâcherai rien ! Mon rêve absolu est d'obtenir une médaille aux Jeux.