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Craig : « Les Français n’ont pas confiance en eux »

L'équipe d'Annecy 2018 lors d'une présentation de la candidature haute-savoyarde

L'équipe d'Annecy 2018 lors d'une présentation de la candidature haute-savoyarde - -

Expert en candidatures olympiques, cet Américain installé à Londres, a contribué aux succès de Vancouver (2010), Londres (2012) et Sotchi (2014). Il a aussi effectué une « pige » de 6 mois pour Annecy 2018, malheureuse face à Pyeongchang et Munich. Il livre son regard sur les forces et faiblesses des projets français.

Andrew Craig, qu’est ce qui a manqué à la candidature d’Annecy 2018 ?

Oh clairement, il y avait un profond manque de confiance parmi les acteurs concernés, et ça m’a vraiment surpris. Les gens disaient : « On n’est pas capable de rivaliser avec les autres ». C’est faux ! La France a accueilli de très grandes compétitions, il y a un savoir-faire reconnu mondialement, et je n’ai jamais accepté cette posture. Mais c’était profondément ancré, et ça a été difficile d’aller contre ce sentiment partagé par beaucoup.

Quel était a contrario le point fort du dossier ?

Il y a en France un très fort soutien de la part des pouvoirs publics. La ministre des Sports à l’époque, Chantal Jouanno, a fait un travail extraordinaire, ça a été un moteur remarquable. La venue du Premier ministre François Fillon à Durban a été très remarquée, parce que la situation était très compliquée… L’engagement du gouvernement a été à tous les niveaux.

Quel rôle ont tenu Jean-Claude Killy et Guy Drut, nos deux membres du CIO ?

Je dois dire malheureusement qu’ils n’ont pas envoyé les signaux qu’on attendait d’eux. Le CIO attend que ses membres engagés dans des candidatures soient à 100% derrière, sinon, ça peut avoir un effet très négatif. Idem vis-à-vis des médias qui se demandaient où était Killy ? Killy et Drut n’ont jamais donné l’impression qu’ils adhéraient complètement.

Trouvez-vous que le poids des politiques est trop fort dans les candidatures françaises ?

La candidature de Paris, même si je n’y ai pas pris part, avait une très forte dimension politique. Le Président Chirac était aux avant-postes, le maire de Paris aussi, Bertrand Delanoë. Le problème avec ce profil de candidature, c’est que les votes doivent sa gagner sur le terrain, en convainquant chaque membre du CIO l’un après l’autre. Et piur faire ce travail, il faut appartenir au monde sportif. On ne peut pas se reposer complètement sur les politiques, aussi brillants soient-ils.

Il y a une réflexion en France sur la pertinence d’une nouvelle candidature, notamment pour les Jeux de 2024. Quel est votre avis ?

Il y aura de toute façon une grosse compétition, on peut s’attendre à un dossier des Etats-Unis, à l’Afrique du Sud aussi, mais je ne vois pas pourquoi la France, et donc Paris, ne devrait pas se manifester pour les Jeux de 2024. Il ne faut pas attendre trop longtemps, même si Madrid gagne 2020. L’alternance des continents n’est pas systématique. Quand Londres a gagné, il y avait en face Paris et Madrid, deux dossiers très costauds. Le CIO se posera toujours la question de savoir quelle ville est le mieux placée pour accueillir les Jeux.

Propos recueillis par Louis Chenaille