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Diniz : « Boycotter la cérémonie d’ouverture »

Qu'il lève le poing, arbore un bracelet de couleur, ou boycotte la cérémonie d'ouverture, Diniz entend bien manifester son opposition au régime chinois aux Jeux de Pékin.

Qu'il lève le poing, arbore un bracelet de couleur, ou boycotte la cérémonie d'ouverture, Diniz entend bien manifester son opposition au régime chinois aux Jeux de Pékin. - -

Le champion d’Europe et vice-champion du monde français du 50km marche envisage une action de protestation lors des Jeux de Pékin, qu’il souhaiterait coordonnée au sein d’un collectif des athlètes tricolores.

Yohann, vous n’excluez pas de boycotter la cérémonie d’ouverture pour manifester votre désaccord contre la politique de la Chine au Tibet. Y pensez-vous vraiment ?
Oui, ça pourrait être une image très forte que de boycotter cette cérémonie d’ouverture parce que ce sera retransmis à des milliards de téléspectateurs et c’est le lancement de la quinzaine olympique. Si tout le monde boycotte cette cérémonie, ça pourra être un message fort pour le gouvernement chinois.

Si les sportifs avancent en ordre dispersé, l’effet risque d’être minime…
Si on est qu’un ou deux ça fera « Pschitt ! » mais ce sont des idées que l’on lance en direction des politiques qui doivent être les fers de lance du mouvement. Notre président devrait profiter de la présidence française de l’Union européenne pour parler de tout cela et essayer de s’allier avec d’autres gouvernements parce que l’Allemagne est prête à boycotter la cérémonie d’ouverture.

N’avez-vous pas l’impression que les sportifs sont envoyés au charbon par des politiques qui restent globalement très discrets ?
On a pris en otage les sportifs quand on nous fait passer pour des gens qui ne pensent qu’à gagner de l’argent. Or, pour beaucoup de sportifs ce n’est pas du tout ça. On est beaucoup à être amateurs, ce qui est à la base de l’olympisme de Coubertin.

Vous avez exprimé votre désaccord sur le choix de Pékin comme ville organisatrice des Jeux…
Oui, en 2001 les sportifs n’ont jamais choisi Pékin. C’était une très grosse connerie que de donner ces Jeux à la Chine. Il aurait fallu avoir des signaux positifs au niveau des droits de l’homme, du soutien à de nombreuses dictatures, de la question du Tibet…

En boycottant la cérémonie d’ouverture, vous risquez de passer à côté d’un grand moment de la carrière d’un sportif de haut niveau…
Oui, c’est beau mais tout ce qui se passe à côté n’est quand même pas terrible, donc il faut montrer qu’on n’est pas trop d’accord. S’il y a un stade plein mais sans athlètes, ça pourrait être un message fort de désaccord.

N’allez-vous pas perturber votre préparation avec cet engagement extra-sportif ?
Non, ma préparation se passe très bien, mais à côté j’essaie de réfléchir à des actions. Je ne suis pas déconcentré, je sais qu’il me faudra arriver en forme le jour J. Je pense ne pas être le seul athlète dans cette situation.

Romain Mesnil a avancé l’idée de porter un ruban de couleur par solidarité avec les Tibétains. Songez-vous faire quelque chose durant votre course ?
Je réfléchis à faire quelque chose sur le 50 kilomètres. C’est certain que je vais trouver une solution, je vais demander des conseils, mais je vais faire quelque chose, un signe pour faire passer un message.

Au risque d’être une cible ?
Il ya un gouvernement pour nous protéger. Il ne faudra pas aller au-delà de la charte olympique mais on peut quand même faire passer des messages.

Est-ce le fruit d’un engagement politique ?
C’est un problème de conscience et d’humanisme. Avant de faire du sport, j’étais énormément militant dans mes années étudiantes, même encore aujourd’hui, j’ai soutenu une campagne pendant les municipales.

Envisagez-vous un mouvement de sportifs mobilisés autour de cette question ?
Ça serait bien qu’on essaie de faire quelque chose à l’occasion des J-100 (le 28 avril 2008), puisque quelque chose est prévu à Paris. J’y serai et beaucoup d’athlètes y seront également. Ça serait bien qu’on en parle à cette occasion pour voir ce qu’il est possible de faire.

La rédaction-Intégrale Sport (Y. Lavoix)