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Dopage en Russie: vers une nouvelle Guerre froide ?

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La Fédération internationale d'athlétisme (IAAF) doit décider ce vendredi d'une éventuelle suspension de la Russie de toutes les compétitions internationales, après les révélations de l’Agence mondiale antidopage (AMA) qui a fait état dans un rapport explosif d’un système généralisé de dopage. Une éviction notamment des Jeux Olympiques paraît pourtant difficile à envisager vu le poids géopolitique de la Russie sur l’échiquier international. Décryptage.

En Russie, le sport reste encore une arme de propagande au service d’un régime comme à l’époque soviétique. Le président Poutine n’hésite d’ailleurs pas à se mettre lui-aussi en scène sur la glace lors de parties de hockey, sur des tatamis de judo ou encore à dos de cheval ou en tenue de footballeur. Au cœur de cette stratégie sportive, l’athlétisme, premier sport olympique et gros pourvoyeur de médailles (numéro un européen et presque toujours dans le top 5 mondial lors des Mondiaux et des JO).

Mais le sport est une affaire d’état en Russie. Et attaquer l’athlétisme russe et son système, certes archaïque mais presque culturel de dopage hérité de l’époque soviétique, c’est à la fois égratigner la volonté de toute puissance de Poutine et briser l’un de ses outils de rayonnement.

Eviter de fâcher le Kremlin

Exclure les Russes dans ces conditions, c’est donc exclure Poutine du jeu. Or, depuis fin septembre, la Russie prend part aux opérations effectuées contre Daesh, dont des bombardements en Syrie. Et même si on l’accuse de faire le jeu de Damas et de Bachar el-Assad, pas sûr que les instances internationales à forte influence européenne soient finalement disposées à fâcher le Kremlin

Et puis, depuis que la Russe s’est investie dans le conflit, les relations n’ont jamais été aussi chaudes avec Washington et Moscou. En Syrie, les problématiques et contraintes russes rejoignent celles des Occidentaux et des Américains. Difficile donc d’imaginer qu’une décision d’ordre sportif puisse venir refroidir des actions internationales d’envergure. C’est en tout cas le dilemme auquel doit faire face l'IAAF ce vendredi. Ou quand un « coup fourré » sur la piste d'athlétisme prendrait des allures de Guerre froide…

Victor Bertin