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Graffe, un destin qui vaut de l’argent

Anne-Caroline Graffe

Anne-Caroline Graffe - -

Première athlète tahitienne médaillée aux JO, Anne-Caroline Graffe (26 ans) est devenue vice-championne olympique de taekwondo (+67kg). Une médaille qu’elle doit en partie à… Jacques Chirac !

La scène se déroule en 2003. En déplacement à Tahiti, l’ancien président, Jacques Chirac, invite des jeunes sportifs polynésiens à manger à ses côtés. Parmi eux, Anne-Caroline Graffe, 17 ans. Spécialiste de taekwondo, l’adolescente de la commune de Paea, située à 21km de Papeete, a une farouche envie de rejoindre la métropole. Aussi déterminée que culotée, elle aborde alors le chef de l’Etat pour lui demander conseil. Alexis Graffe, pompier et papa de la vice-championne olympique de la catégorie +67kg battue en finale par la Serbe Milica Mandic, raconte la suite. « Un mois plus tard, elle recevait un appel de l’Insep, qui lui payait le billet, le logement, la nourriture et les entraînements, confie-t-il sur le site tahiti-infos.com. Tout ça sur ordre de Jacques Chirac : je lui adresse un grand merci… A la maison, on a encore sa photo avec notre fille! »

Neuf ans plus tard, « papa Graffe » peut être encore plus fier de sa progéniture. Cinquième athlète tahitienne à participer aux JO, elle restera à jamais la première à être montée sur un podium olympique.

Remplaçante il y a encore un mois

Mais son destin est décidément fabuleux. Avant le 28 juin dernier, la Tahitienne (qui retourne son ile natale un mois par an) ne devait pas participer aux Jeux Olympiques. Dans la catégorie des +67kg, la Polynésienne n’était que la remplaçante de sa grande rivale, Gwladys Epangue. Mais victime d’une tuberculose osseuse, la Francilienne et ultra favorite pour l’or olympique a dû renoncer aux Jeux à la dernière minute. Voilà comment la championne du monde 2011 (+73 kg) s’est retrouvée en lice, ce samedi, à Londres.

Cinquième médaillée olympique tricolore de l’histoire du taekwondo après Gentil, Baverel, Epangue et Harnois (la discipline a été intronisée aux JO à Sydney en 2000), Anne-Caroline Graffe doit sa réussite à une détermination hors norme. Et un esprit rebelle qui n’a pas toujours fait le bonheur de sa famille. « Quand elle veut quelque chose, elle va toujours jusqu’au bout, souligne son père, qui s’est mis lui aussi au taekwondo tandis que son épouse passera l’an prochain son diplôme national d’arbitre. Déjà adolescente, elle ne m’écoutait pas, elle n’était pas obéissante ! On ressentait déjà sa personnalité de rebelle prête à tout pour arriver à son but. Elle a perdu du poids pour changer de catégorie. Elle est plus légère et se sent mieux, et je ne pense pas qu’elle ait trop perdu de puissance. » Ses adversaires ne diront pas le contraire.

Aurélien Brossier