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Harnois, une histoire de France

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Double championne d’Europe, Marlène Harnois disputera ses premiers JO à Londres (27 juillet au 12 août). La taekwondoiste, naturalisée française depuis 2008, raconte son parcours peu banal et sa fierté d’appartenir à l’équipe de France.

« A 6h du matin, quand j’ai raccroché avec Myriam Baverel (entraîneur national et vice-championne olympique 2004, ndlr), j’ai pris mon billet d’avion et dix jours plus tard, je revenais en France ». Ce coup de fil est sûrement le plus important de la carrière de Marlène Harnois. 2005, la Canadienne est au fond du trou. Depuis trois ans, la médaillée de bronze des Mondiaux juniors 2000 a complétement lâché le sport. Déscolarisée et même en marge socialement, elle n’a aucune idée de l’incroyable futur qui l’attend.

Déjà passée par la France en 2001 (un an en sport études), la taekwondoiste revient donc dans l’hexagone quatre ans plus tard, à l’âge de 19 ans, le cœur rempli d’espoir malgré de sérieux doutes. «Quand je suis venue à 14 ans, je venais pour un an et c’était limite ‘colonie de vacances’. Alors qu’à 18-19 ans, c’était immigrer dans un autre pays. Il fallait repartir de zéro, tout reconstruire, quitter ses racines, ses repères, sa famille… C’était vraiment tout sacrifier pour se donner les moyens d’accéder à un rêve, raconte-t-elle. La principale difficulté, c’est qu’il n’y avait aucune certitude dans mon projet sportif. Sportivement, j’étais nulle. C’était une énorme prise de risques, un vrai coup de poker ».

2008, la libération

Pendant trois ans, Harnois ronge son frein dans les tribunes, assistant à des compétitions officielles qu’elle ne peut disputer, faute de nationalité française. Mais en 2008, quand elle obtient le précieux sésame, la Montréalaise peut enfin faire honneur à son nouveau maillot. « Une fois française, je n’avais plus le choix. Les Championnats d’Europe 2008, c’est ma plus belle victoire. C’était la meilleure façon pour remercier la France, assure la jeune femme de 25 ans. Ils ont cru en moi et m’ont offert une deuxième chance. C’était légitime de représenter mon nouveau pays. »

Qualifiée pour les JO (-57kg), la taekwondoiste vise évidemment la plus haute marche du podium. Et un peu plus encore. « Ma première mission, c’est d’aller chercher la médaille d’or. Après, il y a la manière. Et dans la manière, cela va être dans le respect des adversaires et en encourageant tout le collectif français, peu importe la discipline, assure la championne d’Europe en titre. Au-delà de la performance sportive, il faut véhiculer les valeurs olympiques au quotidien. Que ce soit la solidarité, le respect… C’est tellement beau l’esprit bleu. Je suis super fière d’être française et j’essaie de rendre à la France tout ce qu’elle m’apporte ».

La solidarité, une valeur importante aux yeux de Marlène Harnois, « Après les Jeux, j’aimerais bien m’impliquer au niveau social ou humanitaire. Je reçois tellement que j’aimerais un peu rendre. Aujourd’hui, le sport devrait être au service des gens et rassembler. »

Arthur Didier