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J.-C. Rolland : « L’Anglais, il faisait une tête incroyable »

Jean-Christophe Rolland et Michel Andrieux

Jean-Christophe Rolland et Michel Andrieux - -

Champion olympique d’aviron en 2000 à Sydney, avec Michel Andrieux, Jean-Christophe Rolland se souvient de la remise de la médaille d’or par un Anglais, dévasté par la défaite des siens. Et de tous les moments qui ont précédé le sacre.

Le jour le plus long est inoubliable. Le sprint le plus long également. Le 23 septembre 2000, à Sydney, Jean-Christophe Rolland et Michel Andrieux apportent à l’aviron français son premier titre olympique depuis 48 ans, sur le deux de pointe sans barreur. Quelle fierté, mais quel effort, quelle souffrance. A mi-course, au kilomètre, les Bleus ne sont que quatrièmes. Et les Britanniques ont une longueur d’avance. « On s’est dit : ‘faisons la différence en anticipant notre sprint final’, raconte Jean-Christophe Rolland, médaillé de bronze à Atlanta en 1996. On a pris cette décision en commun, pendant l’échauffement. La stratégie a été gagnante. Mais elle était risquée. » 

Car tellement douloureuse. Lancer le sprint à un kilomètre de la ligne avait quelque chose de suicidaire. « Lorsqu’on est vraiment complètement cramés, au bout du rouleau, que le cerveau n’envoie qu’un seul signal qui est ‘arrêtez, on n’en peut plus’, il faut continuer jusqu’à la ligne d’arrivée, explique le Lyonnais, ingénieur en électronique dans le civil. Les 150 derniers mètres sont absolument horribles. On continue au mental. Il n’y a plus de physique. Ce qui fait la différence, et c’était prévu, c’est quand Michel donne le nom des enfants. »

Le surplus d’énergie permet au duo tricolore de résister au retour des Américains. « On va chercher quelque chose dans l’émotion pour pouvoir passer la ligne d’arrivée, poursuit Jean-Christophe Rolland. Dans un environnement normal, on aurait probablement arrêté avant. » La raison l’aurait emporté sur l’espoir fou d’une médaille d’or. « Il y a eu des milliers de courses d’aviron au plus haut niveau mais c’est marrant, parce que celle-là, 12 ans après, elle reste encore une référence, dit-il fièrement. C’était une stratégie un peu folle. Mais c’est surtout un exemple en termes de motivation pour les entraîneurs. »

« J’ai perdu des médailles mondiales, mais pas mes médailles olympiques »

Dans le bassin australien, l’aviron n’est pas loin de chavirer quand Jean-Christophe Rolland s’allonge sur le dos pour féliciter son coéquipier. Au bord de l’eau, ce sont les cœurs du staff tricolore qui chavirent. « Tout passe très vite, confie Jean-Christophe Rolland. On est très fier et très heureux. On partage avec son coéquipier, ses amis et toute l’équipe. On ne contrôle plus rien. On se laisse bercer par l’engouement. On essaye de profiter de l’instant, de mesurer ce qu’on vient de réaliser. » Le clan britannique, lui aussi, réalise.

En tête pendant toute la première partie de la course, son équipe s’est effondrée et recevra pour seule médaille, celle en chocolat. « Le membre de la Fédération internationale qui remet la médaille, c’est un Anglais, se souvient le Français, 32 ans à l’époque. Comme les Anglais étaient favoris, il s’était mis sur cette épreuve. Il faisait une tête incroyable. On avait l’impression qu’il était malade ! Il était forcément très déçu parce que les Anglais n’étaient même pas sur le podium. » Jean-Christophe Rolland et Michel Andrieux, eux, y sont pour toujours.

« J’ai probablement perdu des médailles de championnats du monde, reconnait le premier. Les médailles olympiques, c’est différent. Elles sont belles. Elles représentent énormément. Elles sont avec moi. Et je fais encore des présentations dans les écoles. Avec les gamins, c’est toujours bien de présenter les médailles. » Ils écarquillent les yeux, devinent l’émotion que leur propriétaire a dû ressentir au moment où un officiel les a passées autour de son cou. Elle affleure encore, souvenir impérissable d’un sprint doré, d’un rêve devenu réalité.

Le titre de l'encadré ici

Jean-Christophe Rolland en bref |||

Né le 3 juillet 1968, à Condrieu (Rhône)
- médaillé d’or (deux de pointe sans barreur) aux JO 2000
- médaillé de bronze (deux de pointe sans barreur) aux JO 1996
- médaillé d’or (quatre de pointe sans barreur) aux Mondiaux 1993
- médaillé d’or (deux de pointe sans barreur) aux Mondiaux 1997
- médaillé d’argent (quatre de pointe sans barreur) aux Mondiaux 1994
- médaillé d’argent (deux de pointe sans barreur) aux Mondiaux 1999
- médaillé de bronze (quatre de pointe sans barreur) aux Mondiaux 1995

LP avec J.Ri.