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Florent Manaudou lors de sa série du 50 mètres nage libre des JO de Tokyo en juillet 2021

Florent Manaudou lors de sa série du 50 mètres nage libre des JO de Tokyo en juillet 2021 - AFP

JO 2021: Manaudou, récit d’un retour pas toujours simple

De retour dans les bassins au printemps 2019, Florent Manaudou avait un objectif : les Jeux de Tokyo et le 50 mètres nage libre, où il a remporté l’or à Londres et l’argent à Rio. Avant la finale de ce dimanche (3h30), RMC Sport vous offre une plongée en profondeur dans les détails du retour du nageur français, loin d'avoir toujours été simple, avec ceux qui l’ont accompagné.
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L’info avait été officialisée en mars mais la bonne nouvelle était tombée au pied du sapin. Juste avant une mauvaise. "C’était le jour de Noël, se souvient James Gibson. Il m’a envoyé un message pour m’annoncer son retour: 'Je veux venir en Turquie et je suis prêt à travailler dur' Et deux jours plus tard, il est tombé en moto et s’est cassé la main. (Rire.)" Quand Florent Manaudou a annoncé son retour dans les bassins, au printemps 2019, après un break post-Jeux de Rio en partie passé à s’essayer au handball du côté d’Aix-en-Provence, le coach britannique basé en Turquie a vite compris que le nageur français triple médaillé olympique ne s’y remettait pas pour rien.

"J’ai tout de suite su que c’était du sérieux, confirme Gibson, qui s’occupait déjà de Manaudou lors de son titre olympique du 50 mètres nage libre en 2012. Beaucoup d’athlètes essayent des come-back mais n’y arrivent pas car ils choisissent la voie de la facilité. Lui a choisi la voie dure. Venir en Turquie, dans un groupe avec des étrangers. Ben Proud était le numéro un mondial sur le 50 et nageait plus vite que Florent, 21’’1 à ce moment-là. C’est pour ça que j’ai vu qu’il était vraiment sérieux."

"Redevenir le chasseur"

L’objectif est clair, annoncé: les Jeux Olympiques, la compétition qui a fait un prénom au frère de Laure avec l’or surprise de Londres avant une double ration d’argent en 2016 sur le 50NL et le 4x100 mètres NL. Version 2020 et 2024, Paris oblige. Mais il y a autre chose. Ce besoin de retrouver son sport, d’abord, et l’adrénaline qui va avec. "Il a dû s’ennuyer sur la fin, estime Grégory Mallet, vice-champion olympique du 4x200m NL en 2012 et ami très proche de Manaudou. Pas dans le mauvais sens du terme : c’est quelqu’un qui a soif de défi. Quand on a connu de telles émotions humaines et sportives, des résultats tellement hauts, il se peut qu’on s’ennuie dans le quotidien."

Il y a encore autre chose, une notion plus intime. Cette "envie de faire les choses différemment, pour retrouver l’amusement et le jeu", selon Mallet. "Il avait cette volonté de faire de la natation avec un état d’esprit différent, poursuit son pote. Il n’avait pas perdu cette envie de performer mais il avait cette sérénité qui l’amenait à avoir plus de recul sur le résultat final et plus prendre du plaisir sur la manière de construire une performance et de jouer avec la concurrence. Redevenir le chasseur plutôt que le chassé, c’est quelque chose qu’on a beaucoup entendu chez lui à son retour. Quelque chose qu’il avait eu au moment de sa première médaille olympique. Il avait vraiment envie d’aller jouer et d’apprendre sur lui, de voir ce qu’il valait face aux meilleurs du monde. Et sa distance lui permet d’aller piocher plein d’éléments à droite à gauche."

Florent Manaudou lors d'un match avec la réserve du club de handball d'Aix-en-Provence en février 2017
Florent Manaudou lors d'un match avec la réserve du club de handball d'Aix-en-Provence en février 2017 © AFP

Il y avait, enfin, un petit bonus avec la création de l’International Swimming League (ISL) et son circuit pro disputé avec l’équipe Energy Standard de coach Gibson. "L’ISL a été aussi très motivant dans son retour, confirme Mallet. Pouvoir vivre une natation sous le côté professionnel avec un certain show autour de la compétition et en petit bassin, où il est très fort." Le retour en compétition, en juin 2019 à Rome, claque comme un avertissement à la concurrence: 21’’73 en séries, 21’’72 en finale (deuxième place). Flo est bien de retour. "J’ai eu les larmes aux yeux", savoure Manaudou. Qui ne se cache pas: "Je veux continuer à descendre les chronos pour gagner les Jeux en 21’’1 ou 21’’2".

"Sa progression en seulement neuf semaines entre son retour à l’entraînement et la première compétition, après trois ans sans nager… J’étais fier de voir comment tout ça a commencé, savoure Gibson. On a construit sur ça et ça se passait vraiment bien jusqu’à la fin 2019 avec l’ISL." Vainqueur de la compétition avec Energy Standard, Manaudou doit s’incliner face au nouveau monstre des bassins, l’Américain Caeleb Dressel, qui lui subtilise son record du monde du 50 en petit bassin en finale (20’’24 contre 20’’26 aux Mondiaux 2014). Mais les chronos commencent à descendre: le Français a signé un 20’’57 un mois plus tôt, troisième chrono de sa carrière.

Pour sa première de la saison en grand bassin, en janvier 2020, il claque 21’’56 au meeting du Luxembourg, meilleur chrono depuis son retour et le dixième de sa carrière. "On avait fait un super stage en Afrique du Sud et il fait ce temps en étant pas complétement préparé, précise Gibson. Et ensuite, il y a eu le Covid… On n’a pas eu de chance, ça a vraiment fait dérailler un process fabuleux. On avait beaucoup mis émotionnellement pour cet été 2020 avec les Jeux et beaucoup de choses ont changé, avec le club, dans la vie en général."

"J’étais bien l’an dernier, 21’’5 au Luxembourg, il restait quelques mois avant les JO mais on sait ce qu’il s’est passé, rappelait l’intéressé en juin, lors des championnats de France à Chartres, avec dans la voix le ton d’une frustration qui reste en travers de la gorge. Il a fallu repartir sur autre chose. (…) Normalement, au bout d’un an, il devait y avoir une compétition et il n’y en a pas. On attend tous." L’ISL est encore au programme pour faire passer la fin d’année 2020.

Florent Manaudou lors de la première compétition après son retour à Rome en juin 2019
Florent Manaudou lors de la première compétition après son retour à Rome en juin 2019 © AFP

Il signe un 20’’55 en petit bassin début novembre, nouveau troisième chrono de sa carrière, et un 20’’60 en finale quelques semaines plus tard quand Dressel descend encore le record du monde (20’’16). Pas mieux que l’année précédente, quoi. Une réalité confirmée aux championnats de France en grand bassin en décembre avec un 21’’73 qui lui assure un ticket pour Tokyo mais qui correspond au chrono de… la série de son retour à Rome. Loin de son 21’’19 des Mondiaux 2015 ou des 21’’32 de la demie de Rio et 21’’34 de la finale de Londres. Comme si l’année où le monde s’est arrêté avait disparu dans son chemin de progression.

Frustré de son plus mauvais chrono dans une finale depuis son retour (sur trois courses, six en tout avec les séries), Manaudou ne cache pas ses sentiments: "Ce n’est clairement pas suffisant. Je patine à une vitesse qui ne me permet pas d’aller plus vite. J’ai la chance d’avoir des qualités naturelles qui font que je peux nager ce temps-là presque tout le temps. Il faut que je nage plus vite. Je me donne peut-être des objectifs trop hauts, je ne sais pas… Je comptais vraiment nager 21’’4 et je suis déçu. Il y a un monde entre les deux. Pour moi, c’est une claque. Je fais des trucs super dans ma vie personnelle comme à l’entraînement, du travail sur la nutrition, le sommeil. C’est pour ça que je m’attends à nager plus vite. Il faut que je travaille plus. A moi de me remettre en question. Je vais en chier mais je sais que j’ai besoin de ça. J’ai envie d’avoir peur d’aller à l’entraînement, d’avoir mal, car c’est en détruisant que l’on construit mieux après. Je suis prêt."

"Il manque juste de la finesse"

"Un chrono comme ça, il l’a tellement fait dans le passé qu’il l’a intégré, c’est presque de l’inconscient chez lui, confirme Mallet. Il a un niveau intrinsèque à 21’’6-7 mais ce qu’il va chercher, c’est son meilleur niveau. Pour gagner à Tokyo, il faudra qu’il y soit." Aidée par les difficultés de voyage inhérentes à la situation sanitaire, sa décision est annoncée début janvier sur RTL: fini la Turquie et le groupe de Gibson, retour à 100% à Marseille pour préparer les Jeux sous la houlette de son ancien entraîneur Julien Jacquier. Qui peut lui apporter une autre palette sur le nuancier du sprinteur.

"Avec James, on était plus sur la force, sur l’explosivité, raconte Manaudou à RMC Sport. C’est mon atout mais on avait un peu oublié une partie qui est la finesse. En 2015, dès que je touchais l’eau, j’arrivais à trouver une finesse super. J’essaye de retrouver ça et Julein est le meilleur coach avec qui j’ai bossé sur ça. Il est ultra fin, il a l’œil aiguisé. Jusqu’en 2016, les choses se sont faites naturellement. Quand je suis revenu, j’ai voulu nager vite tout de suite. C’était pas mal à Rome mais beaucoup dans la force et l’explosivité, la contraction. Quand je force trop, c’est sur le début du mouvement et ça me fait un peu sauter. C’est comme si on posait un bateau sur une mer avec des vaguelettes, il rebondit et il va forcément moins vite que sur un lac. Je dois me forcer à être plus linéaire et c’est en ajoutant de la finesse. Le premier 25, je l’ai, ce n’est pas très compliqué, mais il manque juste de la finesse pour pouvoir l’emmener jusqu’au bout."

Florent Manaudou lors des championnats d'Europe en petit bassin en décembre 2019
Florent Manaudou lors des championnats d'Europe en petit bassin en décembre 2019 © AFP

"On a vu des erreurs dans ses 50 mètres, de la crispation, l’incapacité de ne pas respirer, ne pas terminer ses courses, beaucoup de force et de tempo tout de suite, constate Jacquier. On a voulu remettre les bases de la vitesse facile, le fait qu’il faut monter en puissance. Il n’y a pas de défauts techniques, on est revenu sur les alignements, des paramètres très spécifiques. Quand on nage très peu et que chaque séance est à fond, on emmagasine et on enregistre un geste totalement à fond. On s’est efforcé de le faire nager plus longtemps, plus longuement, jusqu’à février à peu près. On a retravaillé les coulées. Il avait pris un peu de masse musculaire avec le hand, il avait perdu un peu le timing de l’ondulation et on a fait pas mal de boulot là-dessus."

A Marseille et au Cercle des nageurs, le champion français en couple avec la Danoise Pernille Blume, championne olympique du 50NL à Rio ("On discute beaucoup, ça nous aide car on se comprend, on fait la même distance, on a vécu la même chose, mais on n’a pas vraiment la même nage non plus donc on ne va pas partager des choses techniquement", confie Florent) a aussi retrouvé une quiétude de vie linéaire. Au point de se dire plus heureux dans sa "seconde" carrière. "Je suis beaucoup plus heureux dans ma vie maintenant. C’est grâce à ma vie extérieure à la piscine, mon état d’esprit, énumère-t-il. Je suis plus relâché. Je n’ai pas besoin de gagner à tout prix. Avant je me mettais plus cette pression. J’étais presque invaincu entre 2012 et 2016, j’arrivais avec beaucoup de pression sur les épaules. Là, c’est différent. Je suis loin d’être le meilleur sur le papier."

On en vient à se dire que l’année de report des Jeux n’a pas été si négative. "C’est aussi une chance, oui, car j’ai pu changer des choses dans ma vie, confirme Manaudou. Je suis revenu à Marseille, j’ai construit un cocon, j’ai une bonne stabilité. J’ai revu un peu les copains, chose très importante pour moi. Etre entouré de mes amis et sentir la bonne humeur, ne pas être focalisé que sur un objectif et un entraînement. Et travailler avec Julien paiera aux Jeux, j’en suis persuadé." Ce chercheur de la natation a aussi pu reprendre sa quête. En 2016, avant des Jeux de Rio où il été arrivé avec une énorme pancarte de favori et avait laissé l’or au "revenant" américain Anthony Ervin pour un centième, "les choses étaient devenues trop simples" pour lui: "Je m’ennuyais un peu dans mon sport".

Alors il a cherché. Sur "le placement des mains" et celui du "buste": "Mon osthéo a remarqué qu’il était un peu plus axé vers l’extérieur alors qu’avant, j’étais plus renfermé et c’est là où je suis fort. On a bossé ça. Forcer à nouveau mon corps à travailler dans un angle différent." Il a aussi travaillé l’apnée avec un recordman du monde, Arnaud Jerald, pour habituer son corps et son esprit à ne pas respirer pendant son 50. Mais il avait aussi prévenu: "Il faudra trouver avant les Jeux pour que les choses deviennent automatiques. J’aime ça mais il ne faut pas trop que ça me prenne la tête, ce qui était le cas ces dernières semaines. Il faut que je lâche un peu mentalement, que je pense juste à me faire plaisir."

Florent Manaudou prend la pose en octobre 2019
Florent Manaudou prend la pose en octobre 2019 © AFP

A l’approche de la grand-messe sportive, les voyants ne viraient pourtant pas au vert. Quand il remporte le Mare Nostrum au Canet-en-Roussillon en 22’’12 début juin, le nageur français sort d’un cycle de compétition avec neuf 50 (dont une cinquième place aux championnats d’Europe) où il n’a pas réussi à faire descendre les chronos et à emmagasiner de la confiance. L’humeur est au maussade: "C’est dur de nager de moins en moins vite, ça entame ma confiance car j’ai toujours nagé vite en période de préparation".

Le champion a beau se rassurer avec un "c’est peut-être le boulot depuis décembre qui fait ça" et un "je suis dans ma trente-et-unième année, je ne peux pas nager vite tout le temps", le moral semble entamé. "Je me prends un petit choc", avoue-t-il. Avant de se remettre vite en mode verre à moitié plein: "Mais être triste et énervé après une course veut dire que j’ai toujours la flamme donc ça me fait plaisir. Je sens que je construis des choses. J’ai hâte d’être en affûtage pour aller beaucoup plus vite."

"Apprendre à vivre avec cette frustration"

"Depuis qu’il est arrivé à Marseille, il n’est pas très heureux car il a envie de performer et il ne se sent pas à ce niveau-là, analyse Jacquier. Mais process est long." Le champion olympique 2012 reconnaît alors trop se comparer à sa version antérieure, celle de la première carrière. "C’est sa nature, explique Julien Jacquier. Il compte tout le temps ses coups de bras, il sait exactement quel temps il faisait à telle période de l’année il y a dix ans. On ne peut pas retirer ça mais il faut apprendre à vivre avec cette frustration, chose qu’il n’avait pas à faire avant."

Trois semaines plus tard, coup de tonnerre à Chartres, Manaudou est battu par Maxime Grousset (21’’74 contre 21’’84) en finale des championnats de France, une première depuis 2012 quand il est aligné. Mais le travail commence à payer. "Depuis que je suis revenu de Canet, j’essaye de penser un peu moins au temps, relate-t-il, parce que le plaisir commence ici, à cinq ou six semaines de l’événement. J’ai l’impression d’aller moins vite qu’avant alors que sont les autres qui ont beaucoup progressé. Il y a des come-back qui réussissent bien niveau chrono, d’autres un peu moins bien et il faut prendre le plaisir un peu ailleurs. En le prenant ailleurs, la perf sera au rendez-vous."

Florent Manaudou (de face) et Caeleb Dressel lors de la finale de l'ISL à Las Vegas en décembre 2019
Florent Manaudou (de face) et Caeleb Dressel lors de la finale de l'ISL à Las Vegas en décembre 2019 © AFP

De longues discussions avec Jacquier vont lui rappeler le sens de son retour dans les bassins. "On s’est dit qu’il fallait que je retrouve le plaisir, se souvient Manaudou. On a eu beaucoup de discussion sur le plaisir et bonheur. Je fais passer beaucoup trop mon bonheur par rapport aux temps que je fais et ce n’est pas l’idéal. Si je ne nage mal, je ne suis pas heureux, j’ai l’impression d’être horrible et je suis horrible avec tout le monde autour de moi. Et si je nage bien, je n’ai plus de problèmes dans ma vie. Il faut que je fasse passer le temps au second plan sans oublier mes objectifs."

"On a beaucoup discuté autour du fait qu’il fallait qu’il vive différemment les choses aujourd’hui, complète le coach marseillais. Il s’est exprimé aussi sur sa frustration, le fait qu’il n’était pas heureux de ne pas nager vite. Ça a beaucoup tourné dans sa tête, il a revu cinquante courses. Ce que je retiens, c’est son envie. Cette période a été un peu longue mais il va se relâcher progressivement. Le corps va se sentir mieux et la tête aussi. Il faut faire ressortir de la fraîcheur, du bonheur. C’est très important pour un sprinteur."

Florent Manaudou reste le même, "un nounours qui incarne la force tranquille, même s’il s’est fait tatouer un gorille sur le bras" et "une vraie bonne personne qui a tout le mérite d’être là où il en est arrivé" dixit Mallet, mais il n’est plus le même. L’homme de Londres n’était pas le même que celui de Rio qui n’est pas le même que celui de Tokyo. Au Japon, il n’est même pas le même que celui d’il y a quelques mois. "Entre octobre et aujourd’hui, il a perdu dix kilos, raconte Jacquier. Ce qui accompagne une grosse prise de poids, c’est une grosse prise de force. Mais plus on a force, plus on part vite sur la masse d’eau et moins on en prend. C’était important pour moi de repartir en arrière."

"Son corps est différent, plus lourd qu’avant, appuie Gibson. Donc vous ne pouvez pas reprendre le programme qui a fonctionné et le copier-coller, ça ne marchera jamais. Il faut se réinventer." "Mon centre de gravité s’est un peu abaissé, confie l’intéressé. J’avais perdu un peu de muscle sur le haut du corps et pris sur le bas. Et j’avais aussi perdu énormément de gainage profond, tout ce qu’on fait en pilates pour connecter le haut et le bas du corps. Avant c’était naturel et j’ai dû le rebosser du fait que j’ai arrêté de nager pendant presque trois ans. J’ai dû reconnecter mon corps avec l’eau. J’ai retrouvé le côté aquatique, ma musculature d’avant. J’ai peut-être un peu plus de cuisse, je ne sais pas. Sur 50, je reste le même. Sur d’autres courses, j’ai l’impression d’être un nouveau nageur. Sur la brasse, le dos, j’ai un peu perdu ce toucher d’eau que j’avais et qui me permettait d’aller vite tout le temps. Je suis aussi un peu plus vieux, il y a de la physio là-dedans."

Florent Manaudou après sa demi-finale olympique à Tokyo en juillet 2021
Florent Manaudou après sa demi-finale olympique à Tokyo en juillet 2021 © AFP

Avec aussi les avantages de l’âge. "Je dors un peu plus. Je mange mieux, c’est aussi grâce à ma copine. Je me suis acheté des bottes de compression, je fais des bains froids, je respecte un peu plus les plages horaires entre les entraînements. Je ne vais pas faire n’importe quoi, aller à droite à gauche le soir. Ce sont ajustements obligatoires quand on commence à vieillir." Manaudou reconnaît "ne pas avoir la même excitation que les deux premières fois" pour les Jeux, question d’expérience et de contexte sanitaire. Quand il est revenu, il espérait "la fête, aller voir d’autres sports, partager avec d’autres athlètes". Il devra se contenter de JO où ses coéquipiers doivent vite rentrer en France après leurs épreuves. "Il faut faire Paris, comme ça on oubliera", philosophe-t-il. Manaudou espère finir à la maison en 2024, s’il est "compétitif", même s’il ne fera pas "trois ans à pleine bourre pour arriver fatigué comme à Rio".

Mais avant, il y a une troisième médaille olympique individuelle à aller chercher en trois éditions des Jeux, une première historique pour un nageur tricolore. Avec la lourde tâche de sauver la patrie en évitant à la natation tricolore son premier zéro pointé aux JO depuis Atlanta. Habitué des lumières, le Français a retrouvé la forme au meilleur moment, à Tokyo (où il a déjà pris la sixième place du 4x100NL avec ses copains du relais), comme prévu dans son plan. Avec un chrono à 21’’65 en séries, le meilleur de sa saison (il avait signé 21''67 en demi-finale européenne, ce qui le plaçait au huitième rang mondial avant les JO) puis surtout 21’’53 en demi-finale, son meilleur temps depuis son retour dans les bassins, deuxième chrono global à chaque fois derrière le patron Dressel, tout semble ouvert pour la grande finale de ce dimanche. "L’ambiance des Jeux va lui permettre de franchir un cap, estimait Mallet il y a quelques semaines. Il a déjà nagé plusieurs fois 21’’3 donc il sait le faire. C’est une grosse partie psychologique car il a ce niveau intrinsèquement. Après, sur le 50, il peut y avoir tellement de choses qui interfèrent techniquement que ça peut tourner au bon comme au mal pour rien du tout. Mais il est dans un bon état d’esprit."

"Je pense que j’ai le niveau d’avant, avançait Manaudou à Chartres. J’ai beaucoup travaillé cet hiver pour faire un bon jump sur les chronos et il se fera fin juillet. Les finales le matin à Tokyo? Je n’ai jamais eu de mal à nager vite le matin. Je trouve ça même bien car du coup c’est sur trois jours. On ne fait pas deux courses dans la même journée, ce qui peut pénaliser. Avec l’âge, c’est peut-être un petit plus." Et d'ajouter après sa demie au Japon: "J'ai décidé d'être dans le plaisir pur depuis quelques semaines. Cela marche, mes Jeux sont déjà réussis à ce niveau-là. Il me reste une finale et j'espère nager un peu plus vite, on verra ce que ça donne. Ce sera compliqué de battre Dressel, c'est lui le favori mais on ne se laissera pas faire." Dans une course qui va si vite, et comme il l’avait prouvé en 2012, tout est possible même face à l’ogre américain. Qui ne la jouait pas gagné d’avance quand on l’interrogeait sur son rival français en novembre dernier: "J’ai tellement de respect pour Florent. C’est le meilleur que j’ai eu à affronter. Je ne le sous-estimerai jamais." Rendez-vous est pris en finale.

Alexandre Herbinet avec Julien Richard