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L’OPA d’Havas sur Annecy 2018

Charles Beigbeder n'a pas manqué de remercier son ami Lucien Boyer qui l'avait placé à la présidence d'Annecy 2018

Charles Beigbeder n'a pas manqué de remercier son ami Lucien Boyer qui l'avait placé à la présidence d'Annecy 2018 - -

A une semaine de la venue de la commission d’évaluation du CIO, la guerre pour la gouvernance au sein de la candidature savoyarde a tourné en faveur des « Parisiens » face aux « Montagnards ». Enquête sur une prise de pouvoir éclair.

Charles Beigbeder aurait fait des merveilles dans le business du monte-charge. Homme de réseaux assumé, l’homme fort d’Annecy 2018 n’a pas manqué de renvoyer l’ascenseur à celui qui l’a installé sur le siège de la présidence de la candidature : Lucien Boyer. Le patron d’Havas Sport avait glissé le nom de son ancien camarade de classe au lycée Louis Le Grand à Chantal Jouanno, après que la ministre des Sports eut essuyé le refus, le dernier d’une longue liste, de l’ex-patron du Crédit Agricole, René Carron. Le 1er janvier, le céréalier et ancien vendeur d’électricité recevait un appel du ministère lui ouvrant grand les portes du Mont Blanc. « Le processus de nomination m’échappe, glissait l’intéressé quelque peu embarrassé, mercredi lors d’un point presse de la candidature savoyarde tenu à Paris, à moins d’une semaine de la venue du CIO à Annecy. Ce que je sais c’est qu’effectivement, à un moment, Havas a joué un rôle puisque je suis un ami de longue date de Lucien Boyer. »
Au lendemain de son intronisation par la ministre des Sports, Beigbeder offrait la communication de la candidature à son allié, qui comme lui, dispose d’un chalet à Megève. Havas, déjà prestataire d’Annecy 2018, a désormais les coudées franches. Exit l’équipe en place, jugée responsable du retard accumulé par le projet français vis-à-vis de ses rivales allemande et coréenne. Une dizaine de personnes, dont les responsables de la communication et des relations presse, détachées par le Conseil général de Haute-Savoie, sont évincés.
La plupart des « sacrifiés » déclinent les « parachutes » proposés, d’autres se mettent en arrêt maladie, une minorité poursuit. Les cadres historiques de la candidature font le dos rond. On met en avant l’union sacrée. « Les enjeux sont devenus nationaux et internationaux, plaide un dirigeant local. Il fallait passer à la vitesse supérieure, on ne pouvait pas avoir d’état d’âme. »

Des experts appelés à la rescousse

Sur place, l’aigreur a vite cédé sa place à l’inquiétude, alors qu’une centaine de journalistes français et étrangers sont annoncés dès mardi pour suivre la commission d’évaluation du CIO. Les « débarqués » sont partis avec le savoir faire, la connaissance de la montagne et le carnet d’adresses. Dans l’urgence, Havas a recruté une poignée d’experts de l’événementiel olympique. L’agence Links, installée à Sallanches, a été appelé à la rescousse. Au QG d’Annecy, le DG, Pierre Mirabaud, en charge de l’opérationnel, adopte la méthode Coué.
Reste que le raid d’Havas sur la communication de la candidature préfigure ce que sera le QG savoyard, une fois les huiles du CIO rentrées à Lausanne : une coquille vide. « Quand on passera à la phase de commercialisation du projet, annonce en effet Beigbeder, ça se passera dans les avions et les lobbys d’hôtels internationaux. A Paris, on aura une antenne en collaboration avec le bureau international piloté par Guy Drut. » Pas sûr que les « montagnards » apprécient la méthode…

Louis Chenaille