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Le CIO veut mettre les paris illégaux hors-jeu

Jacques Rogge et le « cancer » des paris illégaux

Jacques Rogge et le « cancer » des paris illégaux - -

Face au risque de corruption sportive, le CIO surveillera de près les mouvements de paris durant la quinzaine olympique à Londres. La France, pionnière, participera au dispositif qui pourra aller, en cas d’infraction, jusqu’au retrait de médaille.

Dix ans après le dopage, c’est devenu le nouveau cauchemar du CIO et de son président, le Belge Jacques Rogge. « Les paris illégaux mettent en danger le sport mondial. A Londres, on sera très vigilant. » Les JO sont ouverts aux paris sportifs, et avec la libéralisation du marché, à l’image de la France depuis 2010, c’est le spectre d’une boite de Pandore qui hante les responsables. Selon le CIO, le business des paris illégaux génère 110 milliards d’euros… Face à ce nouveau « cancer », le mouvement olympique a tôt fait de prendre le taureau par les cornes. C’était déjà un peu le cas à Pékin en 2008 et à Vancouver, pour les Jeux d’hiver 2010, mais cette fois le CIO débarque outre-Manche doté d’un arsenal dissuasif. Le fruit de plusieurs réunions de travail depuis 2011 entre le monde sportif, les forces de police et les gouvernements. Il faut dire qu’avec les tournois olympiques de football et de tennis, les fraudeurs ont de quoi se frotter les mains.

A Londres, le département de lutte contre les paris illégaux du CIO, dirigé par Christophe De Kepper, travaillera avec l’autorité de régulation britannique, la Gambling commission, et avec Interpol. « On va observer toutes les épreuves sportives. Dès qu’il y aura suspicion de manipulation, nous ouvrirons une enquête sportive, prévient Rogge. S’il y a fraude, nous demanderons aux opérateurs de paris de nous donner des informations. On travaillera avec Interpol parce que la manipulation de matches est le fait de réseaux mafieux qui font du blanchiment d’argent. »

« On a un gros ordinateur appelé le ‘‘frontal’’… »

Les triades asiatiques et les mafias d’Europe centrale sont dans le viseur. Devant cette pieuvre qui ne connait plus de frontières avec internet, certains Etats ont opté pour une ligne dure. A l’instar de la France, une quinzaine de pays (Angleterre, Italie, Espagne, Danemark, Malte…) se sont dotés de lois et d’outils de surveillance pointue. La France pénalise ainsi la corruption sportive depuis février 2012. Paris a confié la surveillance des paris à une autorité de régulation, l’ARJEL, qui peut travailler indépendamment des opérateurs. Le CIO a ainsi demandé à la France d’apporter son expertise aux Anglais. « On a un gros ordinateur, appelé frontal, qui fournit des informations sur les mouvements des mises, les montants, l’origine géographique, et un tas d’autres indicateurs, explique Jean-François Vilotte, patron de l’ARJEL. Ces informations, qui ne concerneront que la France, nous permettrons d’alerter Londres. »

Preuve de la sévérité du dispositif, il ne sera pas possible en France de parier sur des épreuves avec jury comme la boxe, la gym, le dressage. Au CNOSF, on a relayé le message aux athlètes. « Les athlètes recevront un guide dans lequel figure un chapitre entier sur les paris sportifs, et l’obligation de ne pas parier et de donner des renseignements sur un athlète ou un évènement », explique Denis Masseglia, patron du comité olympique français. En cas d’infraction, le CIO ne mollira pas. « Des résultats peuvent être annulés pour cause de dopage, il en sera de même en cas de fraude », prévient Rogge. « Il faut saluer la détermination du CIO, applaudit Jean-François Lamour, ancien ministre des Sports, et membre du panel d'experts retenus par Lausanne. Autant, il y a eu retard à l'allumage sur le dopage, autant sur les paris illégaux, ils ont pris le problème à bras le corps. »

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Une Agence mondiale contre les paris illégaux ?|||

C’est le vœu de certains pays qui comme la France, et 14 ans après la création d’une Agence mondiale antidopage (AMA), souhaitent confier la lutte contre les paris illégaux à une agence mondiale indépendante. Jacques Rogge s’est montré prudent face à un tel projet. « C’est quelque chose que nous avons étudié, mais les gouvernements dans leur ensemble n’y sont pas favorables parce qu’on ne peut pas comparer avec l’action de l’AMA. Contrairement au dopage où il y a une seule liste de produits, il y autant de législations qu’il y a de participants. On s’oriente plutôt vers une approche transversale entre les gouvernements, le monde sportif, les opérateurs et les autorités de régulation. » C’est cette méthode soft qui prévaudra à Londres.

Louis Chenaille (avec A.E.)