RMC Sport

Lorandi : « Le handicap ne doit pas être soumis à l’argent »

Elodie Lorandi

Elodie Lorandi - -

Mise dans des conditions idéales par son sponsor, Elodie Lorandi a été l’une des Françaises les plus performantes aux Jeux Paralympiques. La nageuse revendique un traitement à la hauteur des valides.

Elodie, vous repartez de Londres avec trois médailles, de trois métaux différents…

J’ai toutes les couleurs, je suis ravie ! J’ai fait un beau carton plein.

Alain Bernard vous a-t-il aidée ?

Oui, je suis rattachée au pôle d’Antibes avec lui entre autres, donc ça me permet de les côtoyer tous les jours. C’est bien pour nous parce qu’on est porté. Ils étaient à fond derrière moi et ça m’a fait énormément plaisir. Ils ne se gênent pas pour me mettre un petit coup de pied aux fesses quand ça ne va pas. Surtout Coralie Balmy, elle aime bien faire ça.

La natation fait-elle partie de votre vie à part entière ?

Je suis professionnelle. C’est mon métier, c’est ma passion. C’est bien de faire ce qu’on a envie de faire. Faire le métier que vous voulez depuis tout petit, c’est une chose incroyable. Et là, le fait de m’entrainer avec les Espoirs valides ne me complexe pas par rapport à mon handicap. Je suis valide comme tout le monde, c’est « marche ou crève » et si tu n’es pas content, c’est pareil. Je m’éclate de temps en temps, je me fais des petites poussées. Sur des 50m, j’essaye un peu moins. Sur les sprints, je me cherche des petites excuses, je leur dit « oui, mais là il y a le départ, je ne pousse que sur une jambe moi ! ». Mais c’est sympa, on prend des petits fous-rires, sur des 400m où je sais que je peux les taper, je me régale.

Le niveau de rémunération est-il identique par rapport aux nageurs valides ?

On essaye d’être tous égaux. Grâce à EDF, j’ai pu avoir un détachement à 100 % et être salariée. C’est énorme pour moi. Ça permet d’être plus posée, de faire son sport comme on le voudrait. Le fait d’être détachée, ça me permet d’aller dans l’eau le matin, de me reposer, d’y retourner l’après-midi. Tout sportif de haut niveau doit avoir ça pour être performant. C’est important d’être égaux, le handicap ne doit pas être soumis à l’argent ou à l’image.

D’ailleurs, les primes de médailles vont être les mêmes pour tous les athlètes, valides ou handicapés…

Normalement, oui. Il y a intérêt. Il y a un moment où un sportif, c’est un sportif. On est tous en combinaison, on est tous en maillot, avec un bonnet et des lunettes. On nage, donc je ne vois pas pourquoi ce serait différent pour nous, les handicapés. Ça y est, il lui manque un pied, on lui enlève 5 000 euros. Toi, il te manque une jambe, ça fait 10 000 euros en moins. Non, ce n’est pas possible ! (Rires)

Il y a eu beaucoup d’engouement sur ces Jeux Paralympiques. Avez-vous ressenti cette évolution et cet intérêt ?

On n’est pas au même niveau que les valides parce qu’on n’est pas diffusé intégralement et en direct tous les jours. Mais on n’en est pas loin. Que ce soit les radios ou un peu la télé, on a réussi à avoir des images, des belles images et on est content parce qu’on commence à faire quelque chose avec les médias. Il y a eu de la présence et je l’ai ressenti. Quand je sortais, j’avais beaucoup plus de monde autour de moi qu’à Pékin. J’ai été plus sollicitée et c’est important pour nous aussi de montrer qu’on est présent, de donner nos impressions. C’est un bon début.

Et dans la piscine, il y avait une grosse ambiance…

Oui, dès qu’il y avait un Anglais… Mais je pense que le public voulait faire partager son envie aux autres nageurs, même quand il n’y avait pas d’Anglais. Mais c’est vrai que quand il y en avait un, c’était la folie.

Intégrale Sport