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Merret : « J’étais complètement déphasée »

Faustine Merret

Faustine Merret - -

Championne olympique de planche à voile à Athènes le 26 août 2004, Faustine Merret, 26 ans à l’époque, avoue ne pas avoir réalisé immédiatement la portée de son exploit. Même sur le podium, la Brestoise a contenu ses émotions.

Avant la finale
« Je me souviens de la veille, parce que j’avais une journée de récupération. J’avais fait l’état des lieux des points : il y avait 2 points d’écart avec la première place, 2 points avec la 3e et 4 points avec la 4e. Donc je pouvais encore faire 1, 2, 3 voire même sortir du podium avec la 4e place. On a voulu déconnecter un petit peu avec mon entraîneur Pascal Chaullet et on est allés voir un match de volley. Mais on n’a pas du tout réussi à s’échapper. Physiquement, on y était mais dans la tête, on ne décrochait pas, on était déjà projetés sur la journée du lendemain donc on est rentrés au village et on a conservé notre routine. L’idée, c’était de rester concentrés. Il y avait de la fatigue nerveuse et physique importante, parce que cela faisait dix jours que ça durait. »

Le jour J
« Le matin, je suis restée dans ma routine. On est allés en navette au site. Il n’y avait pas loin de trois quart d’heure de route. Là, on croisait déjà des adversaires. Mais j’étais dans ma bulle. J’avais un bouquin qui m’avait conduit toute la semaine jusqu’au site de l’épreuve : Le pacte des loups. J’ai essayé d’aborder les Jeux comme un championnat du monde, comme une régate classique. Mes adversaires et mes capacités, je les connaissais. J’ai croisé, avant d’aller à l’eau, le président de la Fédération et le DTN. On voyait qu’ils avaient envie que j’aille au bout mais en même temps, on sentait qu’ils étaient stressés.

Et là, j’ai eu un moment de lucidité, je me suis dit : ‘‘C’est moi qui vais être actrice de ce qu’il va se passer. Au final, j’en assume les conséquences’’. Alors qu’eux n’avaient aucun moyen d’action. L’autre moment clé, c’est quand je finis 2e de la manche derrière la Chinoise. Je conservais ma place devant elle mais il fallait que j’attende que les autres terminent. Tout ce temps d’attente, les gens me disaient : ‘‘C’est bon, tu as gagné’’ et moi, j’ai continué ma routine d’après manche. Je suis allée directement voir l’entraîneur pour débriefer. C’est seulement quand je suis arrivée à son zodiaque qu’il m’a confirmé que j’avais gagné en me sautant dessus. J’avais le droit de me lâcher. »

Les heures d’après
« A terre, il y a eu la jauge, le contrôle antidopage. J’ai commencé à pouvoir appeler la famille trois heures après avoir posé le pied à terre. Je me suis changée deux heures après. Tout s’est ensuite enchaîné. Je ne contrôlais plus rien. Mon contrat, c’était d’aller jusqu’à la fin de la dernière manche, et d’atteindre le maximum en terme de résultat sportif. Toutes les retombées médiatiques et ce que représente la médaille olympique, c’était l’inconnu. C’est d’ailleurs ce qui est le plus déstabilisant. Sur le moment, on se laisse emporter, on vit les choses, on suit. Il y a des personnes qui sont là pour nous guider sur les plateaux, à la radio. Je n’avais rien à faire, je suivais et je savourais la victoire. Mais heureusement qu’ils étaient là pour me guider à ce moment-là. »

Le podium
« C’était impressionnant sachant que les adversaires autour de moi étaient vraiment la référence, notamment l’Italienne. Au niveau sportif, c’était vraiment la consécration. Quand on entend la Marseillaise, c’est super dur de retenir son émotion. Du coup, pour la contenir, je me suis tournée vers l’équipe de France et je l’ai partagée avec eux à travers le regard pour ne pas me lâcher complètement. Par respect aussi pour l’Italienne qui était vraiment déçue. »

La cérémonie de clôture
« Je n’avais pas fait la cérémonie d’ouverture parce qu’on commençait le surlendemain et j’avais peur d’être déstabilisée par le côté événementiel. Du coup, je voulais vivre la cérémonie de clôture. Mais le problème, c’est que je me suis rendue compte à la cérémonie que je me réveillais, que je réalisais la grandeur des Jeux, la magie, la joie au sein de toute l’équipe de France réunie. J’ouvrais les yeux sur tout ça et du coup, je n’en ai pas profité du tout. J’étais complètement déphasée. »

Pierre-Yves Leroux