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Porte-drapeau : le débat est lancé

Jacques Monclar et Maryse Éwanjé-Épée

Jacques Monclar et Maryse Éwanjé-Épée - -

Alors que le CNOSF dévoilera ce lundi le nom du porte-drapeau français pour les JO de Londres, RMC Sport a opposé deux conceptions. D’un côté, Jacques Monclar, défenseur de Tony Parker. De l’autre, Maryse Éwanjé-Épée, soutien de Laura Flessel.

Maryse Éwanjé-Épée : Soit on va chercher quelqu’un qui est la personnalité française du sport la plus représentée dans le monde, soit on va chercher quelqu’un qui est la personnalité sportive la plus « olympienne » et la plus représentative de l’olympisme. C’est cette dernière option que j’ai prise. Depuis 1900, on n’a eu que deux femmes en France, Christine Caron (1968) et Marie-José Pérec (1996), qui ont porté le drapeau français. La France est totalement à la ramasse de ce côté-là. Avec ses 5 médailles olympiques et ses 6 titres mondiaux, et la façon dont elle a arraché sa sélection, Laura est la plus représentative de l’olympisme et de la femme. Mais aussi des Antilles, qui sont très présentes dans le sport français. Et puis à 40 ans, elle est toujours au top niveau. Je vote Laura Flessel !

Jacques Monclar : S’il n’y a eu que deux femmes qui ont porté le drapeau français depuis que les Jeux existent, il n’y a jamais eu de basketteur. Cela représente un demi-million de licenciés. En basket, quand on va aux Jeux, c’est qu’on est déjà dans les 12 meilleures nations, ce qui est une performance. Tony est bien évidemment un sportif professionnel, mais je ne connais pas beaucoup de gens qui vont aux JO et qui vont à la soupe populaire. Il faut oublier ça. Tony pratique un sport universel. Et si la France a envie d’organiser les Jeux en 2024, il faut arrêter de raisonner franco-français et mettre un représentant qui rayonne dans le monde entier. Il est issu d’une formation française, à l’INSEP. C’est certainement le plus grand moment de sa carrière. Et c’est bien aussi d’avoir un porte-drapeau qui joue une médaille. On ne peut pas désigner un porte-drapeau pour rendre hommage. En 2008 (à Pékin), le basket avait 5 porte-drapeaux. Le basket français mérite aussi cette reconnaissance.

M.E-E : Certes, c’est important de choisir un porte-drapeau qui peut jouer la gagne, mais je crois que c’est encore le cas de Laura Flessel. Je précise que l’escrime a été représentée 3 fois pour le rôle de porte-drapeau, contre 7 fois à l’athlétisme. Mais en France, l’escrime pèse 115 médailles, dont 41 titres. Le basket n’arrive qu’en 22e position, avec 2 médailles, en 1948 et en 2000.

J.M : Oui, mais quand on va aux JO en basket, on est dans les 12 meilleures équipes. Et ce n’est pas le cas de tous les sports. C’est aussi valable en handball. Dans les sports collectifs, l’écrémage se fait avant. S’approprier l’olympisme n’est pas bien. Et cette répartition, que tu rejettes au niveau des femmes, tu la valides au niveau des fédérations qui ont la mainmise sur le fait de porter le drapeau. Je ne suis pas d’accord. Et même si je dois prendre des pincettes et que j’adore Laura, il y a eu un contrôle positif en 2002 (à la nicéthamide, un stimulant respiratoire, ndlr), et vis-à-vis des pays étrangers et de l’Espagne, à qui on donne des leçons sans arrêt, cela va mettre en péril Laura. Ils vont ressortir cette histoire.

M.E-E : C’est un coup bas car on sait que ce contrôle était dû à une erreur de l’encadrement médical de l’équipe de France. Je trouve cet argument bas et petit.

J.M : Mais les étrangers, avec qui on s’érige en chevalier blanc de la lutte anti-dopage, ils ne vont pas manquer de lui mettre dans la tête. C’est un constat.

M.E-E : Depuis 1900, les Etats-Unis ont choisi des porte-drapeaux qui reflétaient l’olympisme. J’en veux pour preuve le tout dernier : Lopez Lomong. Personne ne le connaît en France. C’est un coureur de demi-fond et ils l’ont choisi parce qu’ils venaient d’être naturalisé américain. Ce sont les valeurs de l’olympisme et de fraternité. Tony Parker, c’est un choix marketing.

J.M : Tony Parker fait autant de pub qu’Alain Bernard ou Teddy Riner. Le basket est un sport universel. L’escrime est un très beau sport, mais pas universel. Les JO, c’est l’universalité. La France doit prendre un virage. Si on veut organiser les JO 2024, on doit marquer les esprits au niveau international.

M.E-E : C’est la famille olympique qui vote, donc c’est Laura Flessel qui tient la corde.

J.M : La famille olympique doit évoluer. Si on a l’ambition d’organiser les Jeux, on doit aller vers Tony. Maintenant, Laura est une athlète formidable. Tony, c’est la France de demain. La famille olympique, c’est s’approprier les choses ou c’est changer ? Progressons au lieu de rester sur des valeurs obsolètes.

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