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Rogge : « Une période extraordinaire et passionnante »

Jacques Rogge

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DOCUMENT RMC SPORT. A une semaine du début des Jeux Olympiques 2012, retrouvez le second volet de notre entretien avec Jacques Rogge. Pour le président du CIO, en poste depuis 12 ans, Londres sera le dernier moment fort de son mandat.

Jacques Rogge, après Athènes et Pékin, les Jeux Olympiques de Londres sont les derniers sous votre mandat. Quel est votre sentiment ?

Il y a un sentiment de confiance dans le travail qui a été fait par les organisateurs et le CIO, et un sentiment de passion pour ce qu’il va se passer. D’impatience, finalement.

Les JO 2012 ont lieu à Londres, en Grande-Bretagne. Est-ce un retour à la tradition ?

Les JO ont une identité qui est très spécifique. En 2004, nous sommes retournés à Athènes, qui est le véritable berceau de l’olympisme. Aujourd’hui, nous nous rendons à Londres, qui est effectivement le pays qui a codifié les sports modernes et qui les a réinventés. Les Jeux ont leur propre identité et leur propre caractère.

Selon les médias anglais, le budget pour les JO sera surement dépassé, pour atteindre treize milliards de livres. Cela vous chagrine-t-il ?

Le budget des JO de Londres est établi à 9,3 milliards de livres. Ce budget a été lancé il y a cinq ans, il n’a pas bougé, il n’a pas été dépassé et il laissera probablement un bénéfice positif de 500 millions de livres.

Compte tenu des dépenses faramineuses, l’effort financier demandé à la population britannique est-il acceptable et supportable ?

Encore une fois, tous les frais sont contenus dans le budget de 9,3 milliards. Il n’y a pas eu de dépassement budgétaire. C’est quelque chose de très important et c’est véritablement quelque chose qui est remarquable de la part du comité d’organisation. Il ne faut pas voir les Jeux comme étant uniquement une dépense. Les Jeux génèrent des investissements à long terme, pour la ville, la région et le pays. Les Jeux laissent un héritage urbain remarquable. Regardez l’exemple de Londres. Tout l’est de Londres était à l’abandon, extrêmement pollué. C’était une zone grise et désaffectée. Les Anglais voulaient régénérer cette zone et c’est ce qu’ils ont fait. Ils ont nettoyé les sols, ils ont construit des appartements pour 20 000 habitants. Cette ville bénéficiera de toutes ces nouvelles infrastructures pour les générations à venir.

« Il faut un renouvellement »

Les JO de Londres vont-ils être exemplaires ?

Ils sont déjà exemplaires. Avant même le début de la compétition, il y a un héritage urbain remarquable.

Comment analysez-vous cette escalade sécuritaire ?

Il y a un prix à payer pour l’organisation de grandes manifestations publiques. Que ce soit les JO, un championnat du monde, un grand concert de rock ou un meeting politique dans un grand stade, il faut de la sécurité. Et cela, nous le savons depuis Munich 1972. C’est le prix de la démocratie que nous devons payer. Si nous ne faisons pas les efforts de sécurisation, nous devons abandonner l’organisation de ces événements. Cela veut dire qu’il n’y aura plus de concerts, plus de sport, plus de meetings politiques, plus de grands rassemblements et c’est véritablement notre vie quotidienne qui va changer. Si nous voulons garder la liberté d’être ensemble, il faudra malheureusement investir dans la sécurité.

Si vous aviez pu vous présenter une 3ème fois, l'auriez vous fait ?

Sur le plan personnel, oui. Mais je crois que ce serait une mauvaise chose pour le mouvement olympique. Il faut un renouvellement après un certain temps. J’aurai été président pendant douze ans. Cela a été une période extraordinaire et passionnante pour moi. Cela a été un grand honneur et un grand privilège. Toute organisation a besoin de se renouveler à intervalles réguliers. Je crois que douze ans, c’est largement suffisant et maintenant la place doit être libérée pour un ou une autre.

Quelle image vous a le plus marqué ?

Elle est tellement personnelle qu’elle ne touchera pas le grand public. J’ai vu la victoire d’un Anglais, Ben Ainslie, qui a été trois fois champion olympique consécutivement dans la classe de bateau dans laquelle j’ai participé (Finn, ndlr). Il se trouve à l’orée d’un exploit qui égalerait le record du Danois Paul Elvström. Pour moi, ancien compétiteur, c’est remarquable. A côté de cela, il y a eu Usain Bolt, Michael Phelps et toutes ces grandes victoires qui m’ont marqué certainement.

« Des centaines de livres à lire et de DVD à regarder »

Avez-vous la fierté d’avoir réalisé quelque chose en particulier ?

Voir la flamme dans les yeux des athlètes. Cette espèce de joie qu’ils ont à la fin des Jeux qui ont été organisés sous mon mandat. Cela voulait dire que c’était des Jeux réussis. C’est une récompense extraordinaire.

Au contraire, avez-vous un regret ?

La mort du lugeur géorgien Nodar Kumaritashvili à Vancouver (JO 2010) a été tragique et je l’ai ressentie très fort.

Quels défis dressez-vous pour votre successeur ?

Je vois deux défis pour mon successeur. Tout d’abord, pour les pays développés, l’augmentation dangereuse de l’inactivité de la jeunesse et le développement de l’obésité et de la surcharge pondérale. Les jeunes dans les pays riches ne bougent plus suffisamment et deviennent obèses. Ceci est l’origine de maladies comme le diabète et de maladies cardio-vasculaires. La seconde chose, c’est la grande disparité qui ne fait qu’augmenter entre les pays riches et les pays pauvres, pour lesquels nous essayons d’apporter des moyens financiers.

Que comptez-vous faire maintenant ? Avez-vous des projets ?

Je vais déjà préparer les JO de Londres et terminer mon mandat. Je continuerai à être associé au sport en tant que spectateur, que ce soit par la télévision ou en allant dans les stades, car j’ai une passion pour le sport. J’ai également des centaines de livres à lire et de DVD à regarder. Je pourrai aussi me remettre au sport moi-même et finalement j’aurai aussi le plaisir d’initier mes petits-enfants à la pratique du sport.

Le titre de l'encadré ici

Le premier volet de l'entretien avec Jacques Rogge|||

Rogge : « Je souhaite que la France soit candidate aux Jeux d’été »

Propos recueillis par Louis Chenaille et Julien Richard, à Lausanne