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Un bilan en demi-teinte pour la France

Yannick Agnel

Yannick Agnel - -

Septième nation avec 34 médailles, dont 11 d’or, la France repart des Jeux de Londres avec des grands moments de bonheur, mais aussi d’énormes ratés. Et l’impératif de repenser sa politique de haut-niveau.

Moins de médailles, plus de titres qu’à Pékin
La France ne terminera pas avec 41 médailles comme en 2008. Avec 34 breloques dont 11 en or, les Bleus finissent au 7e rang du classement des nations. Un cru, plutôt Athènes (33 médailles) que Pékin, plutôt qualitatif que quantitatif. « Depuis Pékin, on travaille sur les médailles d’or parce qu’on a constaté qu’on ne savait plus gagner des titres », explique Claude Fauquet, patron du haut-niveau à l’INSEP.

Les athlètes tricolores demeurent néanmoins très loin des Etats-Unis (103) qui ont logiquement effacé la Chine (87) avec l’athlétisme en seconde semaine. Loin aussi de la Grande-Bretagne (64), le pays hôte, qui double sa moisson par rapport à 2004, et prend la 3e place sur le podium. Suivent la Russie (82), habituée à jouer les premiers rôles, la Corée du Sud (28), portée par ses tireurs et ses archers, et l’Allemagne (44), qui repart de Londres avec un bilan mitigé.

Grâce à ses 11 titres, la France réussit à devancer l’Australie (35) et le Japon (38). « Le bilan est plutôt bon, juge Denis Masseglia le patron du CNOSF. Pékin était un record, il était difficile à battre, il faut retenir que la France a plus de titres qu’il y a quatre ans et que les filles y ont largement contribué avec quatre médailles d’or. »

Une semaine de rêve, une autre en mode mineur
Au-delà du classement, le bilan des 330 athlètes sélectionnés à Londres est contrasté. La France était présente dans 23 sports, et 15 d’entre eux repartent après être monté sur la boite. Mais la natation (7 médailles, 4 titres) et le judo (7, 2) ont écrasé les débats. Agnel, Muffat et Riner sont un peu l’arbre qui cache la forêt. Le cyclisme a sauvé les meubles (3 médailles d’argent). Mais l’escrime du porte-drapeau Laura Flessel, historiquement grande pourvoyeuse de médailles, a fait naufrage dans les eaux de la Tamise avec un zéro pointé. « Il y a l’escrime, mais il y a d’autres fédérations en difficulté, affirme Fauquet, il y a aussi la voile, l’aviron, haltérophilie. »

L’athlétisme, l’autre grand sport avec la natation, a apporté sa petite contribution habituelle avec l’or de Lavillenie (perche) et l’argent de Mekhissi (3000m steeple). « Une médaille en athlétisme vaut plus qu’une autre médaille, justifie Bernard Amsalem, patron de la FFA et chef de mission de l’équipe de France olympique. L’athlétisme est universel. »

Enfin, mention spéciale aux sports professionnels et collectifs qui ont répondu présent avec 4 médailles. « Un coup de chapeau aux tennismen et au basket, au hand, au foot, qui ont apporté un esprit olympique fantastique », a salué Fauquet.

Un modèle britannique ?
Faut-il copier la Grande-Bretagne pour les prochains Jeux à Rio en 2016 ? « Des choix ont été faits par les Britanniques, qui ne sont pas du tout les mêmes que les nôtres, tempère la ministre des Sports, Valérie Fourneyron. Ils ont ciblé individuellement des sportifs, des disciplines et ils leurs ont consacré tous leurs moyens. On l’a vu en matière de cyclisme, d’aviron, où ils ont parfaitement réussi leur pari. En revanche, ils ont abandonné les sports collectifs. » C’est partiellement vrai. Team GB a bâti son succès sur 18 sports contre 26 inscrits à Londres.

Depuis 2005, et l’attribution des JO, l’agence UK Sport a construit patiemment son projet. Un budget multiplié par quatre par rapport à Athènes. « Ils ont mobilisé des entreprises, et de la recherche au niveau du matériel et de l’innovation », dit Fourneyron. Ils ont ciblé les rendez-vous. « Il faut discuter des calendriers, faut-il faire l’impasse sur les championnats du monde, interroge Fauquet. Ne pas les regarder serait une erreur stratégique. Ils ont maximisé l’utilisation des fonds publics. »

Draconiens pour les nageurs, les judokas ou le canoë-kayak, les critères de sélection sont-ils à revoir pour d’autres disciplines ? « On n’est pas assez exigeant, constate Fauquet. On ne vient pas aux Jeux pour la cérémonie et le village. Les Chinois étaient 389, je ne sais pas si nos 330 athlètes avaient quelque chose à faire ici. Notre modèle est-il adapté ? » Le 12 et 13 novembre, un bilan sera dressé à l’INSEP, temple du sport de haut-niveau tricolore. Premiers éléments de réponse pour lancer la refondation.

Louis Chenaille à Londres