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Un repenti notoire prédit un recours généralisé au dopage à Pékin

Conte : "La plupart des médaillés aux Jeux de Pékin seront dopés..."

Conte : "La plupart des médaillés aux Jeux de Pékin seront dopés..." - -

Victor Conte, l’ancien cerveau du scandale Balco, qui a entre autre compté Marion Jones parmi ses victimes, affirme que la plupart des médaillés des Jeux de Pékin seront dopés.

« Je crois que la majorité des athlètes médaillés à Pékin auront utilisé des substances ou des méthodes interdites pendant l’année qui aura précédé les Jeux. » Quel est l’oiseau de mauvais augure qui peut se permettre un pronostic aussi déprimant à propos des pratiques sportives du haut niveau et de la lutte antidopage prévue aux XXIXe Jeux olympiques, de Pékin (8 au 24 août) ? L’auteur de ces lignes, qui s’est exprimé pour RMC, n’est autre que Victor Conte, l’ancien cerveau du scandale Balco, du nom du laboratoire américain qui a arrosé l’athlétisme et d’autres disciplines de produits dopants, de la fin des années 1990 à 2003. En octobre, Marion Jones est la dernière star et cliente de Conte à être tombé. Privée de toutes ses médailles des JO de Sydney, l’Américaine purge un an de prison.

Aujourd’hui, Conte gère la société de compléments alimentaires SNAC, après avoir également connu la prison pendant quatre mois. Son avis d’« expert » ne passe pas inaperçu, même auprès des chevaliers blancs du sport propre. L’ancien président de l’Agence mondiale antidopage (AMA), Richard Pound, l’a rencontré au printemps pour recueillir ses… conseils en matière de lutte antidopage. Dès lors, les prédications de Victor Conte méritent que l’on y prête attention.

Le pessimisme de Conte contraste avec l’optimisme des dirigeants du Comité international olympique. Le CIO a annoncé une augmentation sans égale des moyens déployés pendant la quinzaine olympique. Quelque 4550 contrôles sont prévus contre 2350, huit ans plus tôt à Sydney. Une armée de 1000 personnes œuvreront à réaliser le rêve déclaré du président Jacques Rogge : des JO à la « tolérance dopage zéro ». Le Belge a promis « 30 à 40 » cas positif. Athènes en 2004 avait enregistré 27 infractions, Sydney, 11. L’histoire et les chiffres donneraient donc raison au boss du CIO.

Reste qu’au-delà de l’aspect quantitatif du dispositif (4000 prélèvements urinaires et 550 sanguins), se pose la question de l’efficacité des tests. Principalement visée : l’hormone de croissance (hgh). Le CIO prévoit d’utiliser la méthode inaugurée à Athènes, et renforcée depuis à l’Euro 2008 de football. Seul souci : la fenêtre de tir des contrôles est réduite, puisque passé trois jours, la tricherie s’avère indétectable. C’est précisément sur ce point que Conte se montre pessimiste : « Les athlètes qui utilisent des stéroïdes, le font d’octobre à décembre (2007). C’est le moment choisi pour développer l’explosivité. » Or, et comme l'explique le professeur Michel Audran, spécialiste du dopage sanguin, « l’hormone de croissance n’a d’effet anabolisant que si elle est couplée avec des stéroïdes. » Les athlètes ont donc eu tout loisir pour absorber des cocktails interdits pendant la période hivernale, à une date qui leur permettra de passer à travers les mailles de la lutte antidopage. Conte enfin : « Je pense qu’il y a un recours généralisé aux produits améliorant les performances sportives et que les méthodes de détection en place (à Pékin) seront inefficaces. » Rogge et le CIO apprécieront.

La rédaction - Louis Chenaille