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Bercy, la maison bleue

Teddy Riner a déjà gagné trois fois à Bercy

Teddy Riner a déjà gagné trois fois à Bercy - -

Le Palais Omnisports de Paris-Bercy où se déroule le Tournoi de Paris ce week-end est l’endroit chéri des judokas français. Dans une ambiance rare dans ce sport, ils y brillent souvent. Témoignages.

Ils le disent : « Paris c’est unique ». C’est même « inhumain » dans la bouche de Teddy Riner. Le Tournoi de Paris qui s’ouvre ce samedi avec 514 combattants sur le pied de guerre n’a que des amoureux sur la planète judo. D’abord, il y a la foule, ces 22 000 spectateurs sur deux jours dont le souffle vous emmène de la chambre d’appel et vous soulève dans le feu du combat. « Bercy est exceptionnel. C’est un truc de dingue », note Gévrise Emane (-63kg), championne du monde des moins de 70 kilos.

Traditionnellement, les Bleus ne sont jamais aussi forts et proches de contester le leadership japonais que lorsque le POPB vibre pour eux. L’an passé, ils sont sortis de ce premier Grand Chelem de l’année avec 10 breloques dont 3 en or. Lors des Mondiaux 1997 ici-même, la France s’était approchée à une médaille de bronze seulement du maître nippon. « C’est une atmosphère qu’il n’y a dans aucun tournoi ni dans aucun championnat. C’est le seul endroit où les enfants te demandent des autographes deux minutes avant de combattre », poursuit Lucie Décosse (-70kg), qui combattra dimanche à la poursuite d’un septième titre record dans cette enceinte.

Au Japon, par exemple, le public ne se lève que lorsqu’un ippon est marqué. Il n’y a que la fièvre des Brésiliens ou la testostérone des salles des pays du Caucase qui peuvent espérer jouer dans la même catégorie que Paris. « Quand tout le monde se met à crier ton nom, tu te demandes ce qui se passe. On se sent bien et on a envie d’eux », sourit Gévrise Emane, déjà vainqueur dans deux catégories différentes.

Magie, zouk et randori

Bercy, c’est aussi « la maison » de Teddy Riner. Mais n’allez pas croire que les Français ont développé des manies, des superstitions, pour que la magie du lieu ne les quitte pas. Ils ne comptent pas les pas nécessaires de la chambre d’appel au tatami comme le Brésilien Leandro Guilheiro. Ils ne se parlent pas non plus de longues minutes comme la Japonaise Kaori Matsumoto. Riner, invaincu depuis 2008 à Paris n’a qu’une routine, un échauffement qu’il répète minutieusement avant chaque match. « Un petit footing avec le casque, quelques répétitions techniques, des petits randoris, je me mets au chaud et je m’étire. »

Et puis il y a cette marche jusqu’au tatami, où l’on frôle les spectateurs. Le casque sur la tête et du zouk à lui transpercer le tympan, Teddy Riner perçoit tout de la houle de la foule. « Allez Teddy ! On croit en toi ! Je les entends. C’est un second souffle », décrit le colosse guadeloupéen avant d’avouer qu’il ne voit plus que son adversaire lors du combat et se ferme aux sons extérieurs, à l’exception de la voix de son coach au moment des interruptions.

Pas Gévrise Emane, bien incapable de décrire ce qui lui arrive. « Quand on est mené et dans le rouge, là, ça te pffff. » En août, les Mondiaux auront aussi lieu dans cette cathédrale bleu-blanc-rouge. Ça tombe bien, l’hégémonie japonaise n’a jamais été aussi marquée (23 médailles aux derniers Mondiaux). Pour changer le sens du vent, autant le faire à la maison.

Morgan Maury