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Agnel : « J’ai envoyé un Tweet à Bowman… »

Yannick Agnel quitte Nice pour Baltimore où il rejoint Bob Bowman

Yannick Agnel quitte Nice pour Baltimore où il rejoint Bob Bowman - -

Après avoir annoncé sa séparation d’avec Fabrice Pellerin et Nice, Yannick Agnel a indiqué mardi qu’il allait rejoindre Bob Bowman à Baltimore, l’entraineur de la légende Phelps, au moins jusqu’aux JO de Rio. Le choix de l’excellence et le désir de partager autrement les compétitions avec son coach.

Yannick, comment avez-vous abouti à ce choix ?

C’est une décision qui m’est venue assez subitement. Le choix de la date n’est pas optimal par rapport aux championnats du monde. Ce n’était pas mon souhait au départ. Il n’y a pas eu de clash. J’ai pris ma décision un samedi matin après plusieurs jours de réflexion. J’ai dit à Fabrice (Pellerin) que je souhaitais un nouveau projet. Il n’a pas souhaité parler outre mesure. Trois jours après, je ne savais pas ce qui allait en advenir, mais je savais qu’on était arrivé à un point de non-retour. On arrivait au terme de notre relation. Après avoir éliminé plusieurs options, Bob Bowman est apparu comme une évidence. C’est un mythe, l’entraineur de Michael Phelps. Baltimore, c’est la bonne solution.

Qu’est-ce qui vous a fait changer ?

Ce qui me manquait sur Nice, et que je vais trouver chez Bowman, c’est la chaleur humaine, le partage, la sincérité, que Fabrice a voulu volontairement élaguer. Il a toujours voulu mettre de la distance entre lui et ses nageurs. C’est un choix que je respecte éminemment, je ne peux pas dire que ça ne marche pas. C’est grâce à lui que je suis double champion olympique, mais j’ai ressenti le besoin de me lancer sur un autre projet, et de partager les compétitions d’une autre manière.

En avez-vous reparlé avec Fabrice ?

Sans m’attarder sur les détails, Fabrice n’a pas pris de nouvelles dans les trois jours qui ont suivi notre discussion, ce mardi où j’étais venu lui dire que je venais faire un break. C’était assez difficile émotionnellement. Peut-être qu’un jour on aura la possibilité de discuter de tout ça. Je ne pense pas qu’il soit apte actuellement. C’est peut-être une des raisons qui m’ont poussé vers de nouveaux horizons.

Comment avez-vous annoncé la nouvelle à Camille Muffat et à vos partenaires d’entrainement ?

Je les ai eus le mardi soir, après avoir parlé avec Fabrice. J’ai dit à Camille et à Charlotte (Bonnet) que je faisais un break. Les choses sont allées très vite, j’ai dû préparer mon déplacement à Colorado Springs. Je suis désolé. On devait faire un diner à mon retour, malheureusement ça a fuité… Je n’avais pas l’intention de blesser qui que ce soit, je tiens à eux, et je leur dirai dans les jours qui viennent.

A qui en avez-vous parlé en premier ?

J’en ai parlé à mon agent (Sophie Kamoun), mes parents, ma famille, mes amis niçois qui ne sont pas dans la natation, et puis aussi quelques nageurs. Ça a été une maturation assez longue et assez courte à la fois. Je n’ai pas beaucoup dormi ces derniers jours. Ma grand-mère est décédée dans le même temps. Aujourd’hui, ce que je veux, c’est Bowman, et Baltimore.

Regrettez-vous de quitter Nice en ces termes ?

Nice c’est ma ville, je ne suis pas content de partir, j’apprécie énormément la France, on a prouvé que ça pouvait marcher. Je rêvais depuis longtemps de l’expérience américaine.

Comment voyez-vous votre relation avec l’équipe de France ?

Ce n’est parce que je vais m’exiler aux Etats-Unis que je ne serai pas là pour la France. On a décidé avec Lionel Horter et la fédération que je serai présent pour les relais. C’est une bonne chose que je sois présent pour mes camarades. Je ne pense pas participer aux courses individuelles à Barcelone. Je serai là pour les relais. Je fais ça pour mon pays.

Pensez-vous que les éloges de Phelps à Londres ont pu jouer en votre faveur ?

Bien sûr que ça a pu jouer, avant ça, pour moi Bowman c’était taper trop haut. Et puis la semaine dernière je me suis dit que c’était la bonne décision, après avoir discuté avec lui. J’ai vu que Michael et Bob pouvaient être intéressés. Je l’ai contacté par Twitter, puis on a échangé par mails. On s'est vu une première fois pendant 2h, et ensuite on a diné. J'ai trouvé quelqu'un de très "focused (pointu)".

Sur quelles distances allez-vous travailler ?

Ça a été une des premières questions de Bowman. Ma course principale sera le 200m, ensuite le 100m et le 400m à égalité, sur lesquels j’aime performer. Je vais bouffer du kilomètre. Il m’a demandé si j’étais prêt à nager autre chose que du crawl sur un meeting. Peu importe, c’est sympa de nager.

Bowman a de grandes responsabilités à la fédération US, comment allez-vous gérer l’agenda ?

Il est head coach des nageurs américains, il va falloir travailler en concordance avec la fédération, avoir un entraineur autre que Bowman pendant les grandes compétitions.

Envisagez-vous d’une manière ou d’une autre l’échec ?

Oui, je comprends bien que ça n’a pas toujours réussi. Mais j’y vais avec un super entraineur, avec une super structure, et puis je suis super motivé. J’ai envie de m’éclater, de profiter d’une nouvelle natation.

Dans quel état êtes-vous ?

Je suis entre le soulagement et la motivation. Je suis ravi que les choses aient pris cette tournure. J’ai hâte de nager plus sérieusement. Il faut que je me remette à l’eau mais je ne sais pas où encore. Je vais rentrer chez mes parents, les calmer. Je me suis mis à l’eau avant les Etats-Unis, mais ça fait deux semaines que je n’ai pas vraiment nagé.

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Propos recueillis par Julien Richard