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Bernard : « On va arrêter de faire du tourisme ! »

Alain Bernard

Alain Bernard - -

Le champion olympique du 100 m dispute à compter d’aujourd’hui les Championnats de France en petit bassin, à Angers. Avec en point de mire, les JO de Londres. Et une envie, toujours intacte, de se dépasser.

Alain, pourquoi être parti en stage en Australie ?

Pour suivre un programme soutenu, avec un fort kilométrage et beaucoup d’intensité. Mais la chose la plus importante que je retiendrai de ce stage, ce sont les séances en commun avec les Australiens. Des nageurs de très haut niveau international qui ont côtoyé les plus grands podiums. Ce qui m’a vraiment plu, c’est leur bonne humeur à l’entraînement, qu’ils fassent une bonne ou une mauvaise séance.

Cela vous a-t-il fait du bien de voir autre chose…

Oui. Et quand on pense que c’est très dur pour nous, qu’on ne va pas y arriver, on voit que c’est pareil pour nos adversaires. Le tout, c’est d’aller au –delà de ces difficultés. Ça fait plaisir de voir comment ça se passe ailleurs.

En point de mire, il y a les JO de Londres. Justement, vous y étiez il y a quinze jours avec le team EDF : la pression commence-t-elle à monter ?

Avant de partir, je me disais : « ça va me faire bizarre d’aller à Londres. Je vais voir des affiches de partout. » Et en fait, ils n’en parlent pas tant que ça. Je ne me rends pas vraiment compte que les JO sont si proches. Ça parait encore assez loin… On a eu la chance d’être réunis ici par le team EDF, pour nous mettre un petit peu l’eau à la bouche. Ça marche plutôt bien. Je ne connaissais pas beaucoup Londres et je découvre avec un œil d’enfant la ville, ces monuments et cette histoire présente à Londres. Ça donne envie d’y revenir.

Est-ce lourd à porter un titre olympique que l’on doit défendre ?

Paradoxalement, je pense que je n’ai rien à conserver. Mais que des choses à aller chercher et pour aller les chercher, il va falloir se surpasser. Tout ce que j’ai acquis, on ne me l’enlèvera pas. Alors, ce que je fais, c’est vraiment du bonus. J’essaie de grappiller des centièmes et des détails techniques pour m’améliorer. Je ne veux pas dire que je n’ai rien à perdre… Mais j’ai encore envie d’avoir plus de choses.

Cette année 2011-2012, la vivez-vous différemment de l’année 2007-08 ?

Mon statut n’est pas le même et c’est une approche complètement différente. Quatre ans plus tard, on ne fait pas du tout le même travail, la concurrence n’est pas la même. S’il y a une chose qui est intacte, c’est l’envie, celle de se dépasser, de profiter à fond de ses aventures et de ne laisser aucune miette.

Et à l’entraînement ?

Je ne sais pas si c’est vraiment différent. En tout cas, il y a quelque chose, c’est sûr. A l’entraînement, au jour le jour, j’essaie de profiter au maximum parce que c’est peut-être la dernière année que je fais ça avec autant d’intensité, autant d’engagement. Je ne veux surtout pas passer à côté de la richesse que nous apporte ce sport de haut-niveau. Je sais que c’est éphémère et qu’il faudra revenir à la vie de tous les jours qui sera forcément un peu plus fade.

Que visez-vous à Angers, pour ces Championnats de France en petit bassin ?

C’est le retour aux choses sérieuses. On va arrêter de faire du tourisme, se remettre à l’eau avec comme ambition de nager techniquement et d’apprécier le travail effectué lors de ce premier trimestre.

N’êtes-vous pas déçu que les autres stars de la natation françaises aient choisi les Etats-Unis et les Pays-Bas pour s’étalonner ?

Non. Ce n’est pas de l’évitement. Chacun est concentré sur sa propre préparation, sur sa stratégie, sur ce qu'on pense être le mieux. Moi, ce qui me semblait être le plus pertinent, c'était de faire une saison hivernale en petit bassin avec les France à Angers. La natation française est forte sur ce point, où chacun est capable de se concentrer sur soi sans regarder à gauche ou à droite.

Propos recueillis par Julien Richard