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Bowman : « Agnel réalise des choses à l’entrainement que Phelps n’a jamais faites »

Yannick Agnel et Bob Bowman

Yannick Agnel et Bob Bowman - -

C’est l’entraîneur qui a forgé Michael Phelps, l’athlète le plus médaillé de l’histoire des JO. Bob Bowman est à Chartres avec Yannick Agnel à l’occasion des « France » qui débutent ce mardi. Il ne tarit pas d’éloges sur « son » Frenchie, qu’il coache depuis dix mois.

Pourquoi avoir décidé de suivre Yannick aux Championnats de France ?
Je voulais être avec lui pour plusieurs raisons. La première, c’est que c’est une configuration de saison qui va se répéter à l’avenir avec la sélection à cette période et le grand rendez-vous l’été, donc je voulais faire une sorte d’essai logistique, le voyage etc… Voir comment cela se passe pour que l’on puisse savoir comment se préparer pour les prochaines fois. Et puis, c’est du bon temps pour moi (rire) ! J’aime la France, la cuisine, la culture, l’histoire… J’aime tout !

Vous avez rencontré et découvert Yannick pour la première fois il y a maintenant quasiment un an (Agnel a rejoint Bowman en juin dernier), quelle est la différence entre le Agnel de l’époque et le Agnel d’aujourd’hui ?
Il est déjà bien plus étoffé physiquement que quand il est arrivé à Baltimore. Il est plus fort physiquement, il est très bien psychologiquement. Il se sent bien dans sa vie, dans sa natation, bien là où il est. Et il a été en mesure de mettre en place vraiment des entraînements significatifs.

Avez-vous été impressionné par sa progression ?
Oui, particulièrement sur le travail hors de l’eau où il a beaucoup progressé, notamment sur sa force. Ca va l’aider sur les distances courtes comme le 100m et le 200m. Je suis vraiment impressionné de la façon dont il s’entraine. Il y a toujours des choses sur lesquelles on peut travailler mais il se donne vraiment à chaque entrainement et c’est toujours très bien.

Yannick réussit-il des choses à l’entraînement qu’aucun autre de vos poulains n’est jamais parvenu à réaliser ?
Oui… Je ne vais pas vous dire de quoi il s’agit, mais c’est vrai ! Yannick a réussi des choses à l’entraînement que Michael n’a jamais été capable de faire. L’inverse est aussi vrai bien sûr, donc ça équilibre, mais il est capable de s’entrainer à un très haut niveau et de manière plus régulière à ce niveau que personne d’autre que j’ai pu voir. Mais je le pousse quand même à faire encore mieux et j’espère qu’il va continuer.

Avez-vous été surpris de voir autant de médias pour son retour en France, la semaine passée à Mulhouse, avant de mettre le cap sur Chartres ?
Je suis impressionné ! Je me disais que si je devais avoir tous ces médias pour Yannick et pour Michael en même temps, j’exploserais en vol ! Je ne peux même pas imaginer ! Mais c’est très bien pour notre sport.

Quelle est l’importance de Yannick aujourd’hui dans votre groupe d’entrainement ?
C’est quelqu’un de très important dans le groupe pour beaucoup de raisons. La première, c’est qu’il a vraiment élevé le niveau à l’entrainement. Mais il a aussi une bonne mentalité, il fait en sorte que tout le monde se sente bien. Je pense qu’il apporte beaucoup sur ce point. Il a une très bonne influence sur les autres nageurs. C’est un grand athlète et une grande personne.

Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés pour les Championnats de France avec Yannick ?
De se qualifier pour les Championnats d’Europe (rire). C’est le principal objectif. Mais j’ai vraiment envie de le voir nager son programme à ce niveau de préparation. Je ne pense pas qu’il soit préparé comme il le serait pour un Championnat du monde ou d’Europe. Yannick et moi nous avons des objectifs qui sont plus à long terme. Nous avons quelques idées de ce qu’il aimerait faire à la fin de l’été (aux Championnats d’Europe à Berlin), ce qui nous permettra de voir si on est sur les rails de ce que l’on veut faire en 2016.

Yannick peut-il être compétitif sur 100m quand on voit les chronos que réalisent les Australiens ou encore le champion olympique américain, Nathan Adrian ?
Oui, je le pense, et c’est un énorme challenge. Je ne pense pas que lui ou moi sous-estimons à quel point ce sera difficile, mais je pense que Yannick est un nageur spécial et si il arrive au niveau qu’on aimerait qu’il soit, il devrait être compétitif.

Dans la presse américaine, vous avez déclaré la semaine dernière que Michael Phelps allait renager en compétition…
(Il coupe) Non, j’ai dit qu’il allait peut être… Peut-être (il insiste en français dans le texte et éclate de rire). Il s’est bien entraîné et il est dans un état de forme qui lui permet de nager, s’il veut le faire en compétition. Mais c’est à lui de décider maintenant quand il veut le faire, et s’il veut le faire.

Vous étiez étonné de voir toute l’attention médiatique autour de Yannick Agnel en France, vous imaginez avec Michael Phelps en plus ? (il lève les yeux au ciel)
Non ! Je pensais que c’était terminé, mais il se pourrait que ça arrive à nouveau. Mais quand ? Je ne sais pas…

Cela signifie-t-il qu’aujourd’hui, rien n’est planifié ?
(Il coupe à nouveau) Je n’ai pas dit ça. Je dis juste que je ne vous le dirai pas ! (Il termine en faisant un clin d’œil)

Dans quelle mesure la présence de Yannick aura-t-elle une incidence sur le retour de Michael en compétition ?
Je pense juste que Michael aime nager avec ce groupe. Parce qu’il aime nager avec des nageurs de très haut niveau. C’est un groupe de gars qui vivent bien ensemble et ils se poussent les uns les autres. Je pense que ça aide Yannick aussi beaucoup. Il apprend énormément à regarder Michael nager et vice et versa.

Sur quelles distance pourrait-on retrouver Michael ?
Michael ne devrait nager que des épreuves courtes s’il revient, des 100m. Je ne pense pas qu’il soit prêt pour faire un 200m encore (rires)

Recueilli par Julien Richard à Mulhouse