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Fabrice Pellerin : « Etre champion du monde, ce n’était pas la mer à boire… »

Fabrice Pellerin et Yannick Agnel

Fabrice Pellerin et Yannick Agnel - -

EXCLU RMC SPORT. Invité de l’Intégrale Sport sur RMC, l’entraîneur de Nice a réagi à la décision de son double champion olympique, Yannick Agnel, de s’exiler aux Etats-Unis. Sans amertume personnelle affichée. Mais sans cacher une déception sportive.

Fabrice, comment vivez-vous la décision de Yannick Agnel de partir aux Etats-Unis ?

Franchement, ce n’est pas un moment agréable. Mais avoir observé quelques prédécesseurs connaître ce genre de choses, comme Philippe Lucas, permet de se préparer à ça. Le métier d’entraîneur est particulier. On s’investit à fond et on a toujours l’esprit occupé car il faut avoir un temps d’avance sur l’adversité. Pour être un bon entraîneur, il ne faut pas l’être à moitié. Mais il faut aussi se préparer au fait que les pages peuvent se tourner très rapidement. Je me suis protégé le plus possible émotionnellement de tout ça.

Que change ce départ pour vous ?

A Nice, avec mes collègues, on a une dizaine de nageurs sélectionnés dans différentes équipes nationales cet été. Ils ne seront plus dix à nager mais neuf. On sera un de moins mais ça ne révolutionne pas le groupe tout autant. Toute mon énergie et ma passion sont investies sur ceux qui étaient dans l’eau ce matin à 7 heures, Camille Muffat en tête. Je vis les choses de façon assez froide par rapport à ça, car il faut que je sois chaud pour ceux qui ont des projets crédibles en tête. Un de nos nageurs se tourne vers d’autres horizons, qui restent à préciser car je ne les connais pas en détails, mais Nice garde des nageurs extrêmement motivés, performants et qui s’entraînent en cohérence avec leurs ambitions.

La nature de votre relation avec Yannick augmente-t-elle la déception ?

Il faut qu’il y ait de l’émotion avec son athlète, de la joie, de la colère. Mais il faut faire attention aux sentiments. Pour être objectif et pouvoir guider les nageurs, il faut rester à bonne distance. Je ne suis pas un grand fan des amitiés entre entraîneur et entraîné. Quand vous êtes champion olympique, il n’y a pas grand-monde pour vous dire vos quatre vérités. C’est honorer l’athlète et le respecter que d’être capable de garder la distance qui permet de lui dire les choses telles qu’on les pense. Les personnes sont de moins en moins nombreuses à oser les dire quand elles sont liées à l’athlète affectivement ou en termes de business. C’est la raison pour laquelle je n’ai jamais voulu prendre un seul pourcentage des bénéfices de Yannick ou aller boire une bière avec lui. Par respect pour ce que l’on mettait en commun, c’est-à-dire la performance.

Avez-vous senti des signes annonciateurs d’une certaine lassitude de sa part sur le plan du rythme d’entraînement ?

Yannick, ça fait sept ans que je l’entraîne. Parfois ça se passe bien, parfois moins bien, c’est normal. Jusqu’à présent, ce n’était pas une année qui avait montré un Yannick exceptionnel mais tout cela était logique. C’est à la fin du bal qu’on paie les musiciens donc le rendez-vous était fixé à Barcelone (championnats du monde en grand bassin, 19 juillet au 4 août, ndlr). Et cette année s’inscrivait dans une logique de long terme. Yannick a démarré la saison avec le projet annoncé d’être champion du monde, c’était son désir. Donc autant je me suis toujours préparé à n’importe quel revirement pour quiconque, autant ce n’était pas prévu que Yannick tourne les talons à deux mois des championnats du monde. Être champion du monde, ce n’était pas la mer à boire. Il y a des défections pour ces Mondiaux. Il s’agissait juste de bien faire les choses. Même en nageant une seconde plus lentement qu’aux JO, je pense qu’aller chercher une médaille d’or sur 200 mètres était jouable. Mais il faut travailler un minimum pour réussir les choses.

Cette défection peut-elle inciter la mairie de Nice à ne pas poursuivre son projet de construction de piscine ?

Pas du tout. Ce projet a démarré bien avant les JO de Londres et était inscrit dans une logique sportive générale. Il n’y a donc pas de raison que cela change. Et on aura l’occasion de fournir à la ville d’autres beaux moments de sport.

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