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Gneto, une perle en bronze

Priscilla Gneto

Priscilla Gneto - -

Médaillée de bronze en moins de 52 kilos, Priscilla Gneto offre la deuxième médaille à la France après celle d’argent de Céline Goberville en tir. Le tout avec la détermination qu’elle tire de ses origines ivoiriennes et de son attachement à la Corse.

Jeux Olympiques d’Atlanta 1996. Marie-Claire Restoux lève le poing. La Française vient de rafler l’or olympique en moins de 52 kilos. Un succès historique puisque derrière, plus aucune Tricolore ne parviendra à aller chercher une breloque dans cette catégorie de poids. Enfin, ça, c’était avant. Avant que Priscilla Gneto ne fasse mordre la poussière ce dimanche à Londres à la Belge Ilse Heylen dans le golden score et lui arrache sur ippon la médaille de bronze. « Priscilla a un judo flamboyant, même si elle a eu un parcours compliqué aujourd’hui, témoigne Céline Géraud, consultante judo pour RMC Sport. Elle a brisé la malédiction du judo français. » Briser les mauvais sorts, Gneto connaît. Après tout, c’était elle qui, en 2011, mettait un terme à deux ans d’invincibilité de la championne du monde 2009 Misato Nakamura contre les non-nippones. Et qui annonçait, lors du stage de l’équipe de France au Touquet : « Je n’ai rien à perdre, pas de titre majeur, alors je ne me prends pas la tête. » L’insouciance de ses futurs 21 ans – elle les aura le 3 août prochain – comme arme, « cette fougue de la jeunesse qui lui fait faire des choses sans réfléchir et qui paie parfois. »

Mais la vraie force de celle que l’on surnomme « Prissou » réside dans son appartenance à deux mondes, deux pays. « Priscilla, c’est une belle histoire, explique Céline Géraud. Elle a appris le judo en Corse mais est née à Abidjan (Côte d’Ivoire) d’un papa footballeur (ancien défenseur des Eléphants, 3 sélections, ndlr) qui est présent à Londres et qui est tombé dans ses bras, et d’une maman handballeuse. » Sans oublier une petite sœur, Astrid, qui fait déjà partie des meilleures judokates du territoire : Priscilla Gneto est tombée toute petite dans le chaudron sportif.

Têtue et insouciante

De son pays de naissance, « Prissou » a conservé sa force de caractère, elle qui aime répéter à l’envie qu’elle « est têtue comme les Ivoiriens ». De sa terre d’adoption, qui l’a vu s’éveiller au judo au dojo de Porto-Vecchio avant d’intégrer le pôle espoir d’Ajaccio, elle a gardé la mentalité et un profond attachement. « On peut même dire que je suis corse, confiait-t-elle il y a un an, peu avant les Mondiaux de Bercy, qui l’avait vu échouer au pied du podium. J’ai l’état d’esprit corse : foncer sans se poser de questions. »

Un dogme qui ne l’a pas quittée après son élimination en quarts de finale et qui l’a habitée lors de son succès en finale de repêchage contre la Sud-Coréenne Kyung-Ok Kim… avant d’écrire la fin heureuse que tout le monde connaît. Et de voir son immense talent enfin récompensé. « C’est génial, lâche-t-elle peu après son succès. J’en avais marre, je me loupais à chaque Championnat d’Europe. Je me disais que j’étais une fille de tournoi. Là, je prouve que je peux être une fille de championnat. » Avant d’ajouter : « Je pense que ça va faire la fête en Corse, à Abidjan, un peu partout. » En Côte d’Ivoire comme sur l’Ile de beauté, personne ne compte rater ça.

A.D avec M.M