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Jacco Verhaeren, futur boss de la natation française: "Réaliste, mais aussi optimiste"

Jacco Verhaeren en  2018

Jacco Verhaeren en 2018 - AFP

Le néerlandais Jacco Verhaeren va prendre en main les destinées de la natation française après les JO de Tokyo.

La natation français va prendre un virage inédit à l’issue des Jeux olympiques de Tokyo. Pour la première fois, un technicien étranger va prendre la direction de l’équipe de France: Le Néerlandais Jacco Verhaeren, personnage emblématique de la natation mondiale. C’est lui qui a notamment conduit aux sommets Pieter van den Hoogenband et a obtenu dans sa carrière d’entraîneur 10 titres olympiques. En 2013 il a pris les commandes de la natation australienne alors au plus bas. Il l’a quitté sept ans plus tard de retour à un statu de nation majeur de la natation mondiale. Le directeur technique national de la natation Julien Issoulié avait noué les premiers contacts avec l’entraîneur batave dès 2018 au moment de sa prise de fonction. L’affaire s’est bouclée sous l’impulsion de l’Agence Nationale du Sport. "En discutant avec Jacco et avec l’ANS on s’est rendu compte qu’il y avait des savoir-faire que l’on n’avait pas en France, détaille Issoulié. On avait un temps très court devant nous, donc il fallait capitaliser et gagner du temps sur l’expérience de professionnels qui avaient déjà vécu ces choses-là." Le DTN espère que la venue du néerlandais de 52 ans "aidera à être mieux structurés, pour que la natation française progresse". Défi de taille pour Jacco Verhaeren, qui ne parle pas encore français, et qui va devoir faire briller là France dans ses Jeux à Paris, mais aussi préparer l’après 2024. Il prendra ses fonctions après les jeux de Tokyo. D’ici là l’équipe en place avec Richard Martinez et Olivier Nicolas mènera les bleus au Japon.

Qu’est-ce qui vous a fait accepter ce chalenge avec la natation française?

 La natation française a toujours eu, et a des grands talents. Des talents avec qui vous pouvez travailler et avoir des résultats. Donc ce qui m’a fait dire oui c’est le réservoir de talents de la natation française et la qualité des entraîneurs. J’ai toujours été impressionné par les talents dans ce pays. Et puis dans un sport olympique, pouvoir travailler dans un pays qui va organiser les Jeux olympiques c’est une opportunité qui ne se produit pas souvent, c’est très excitant. Et puis j’ajouterais qu’avec mon expérience en Australie, j’aime beaucoup travailler avec différentes personnes, différents cultures, des personnes que je ne connaissais pas avant. Je suis quelqu’un de nature curieuse donc je suis très curieux de ce que je vais trouver en France. Et j’espère que je pourrai aider les entraîneurs et les athlètes de l’équipe.

Les Jeux de Paris 2024 arrivent vite. Ce sera dur de réussir quelque chose en 3 ans seulement non?

Je suis heureux déjà que vous compreniez ça… Je pense que nous comprenons tous que trois ans en natation pour préparer des Jeux olympiques, c’est court. Donc on va s’appuyer sur les talents déjà présents en équipe de France et il y aura certainement aussi de jeunes athlètes qui vont émerger. Mais nous savons aussi que la France a de grands entraîneurs avec qui on va pouvoir travailler. Nous allons développer des collaborations ensemble et j’espère pouvoir utiliser mon expérience de ces dernières années pour accélérer et construire l’équipe, pas simplement pendant les Jeux olympiques mais aussi tout ce qui va se passer avant, que nous apprenions beaucoup les uns des autres. De nos expériences personnelles, que nous partagions ça. Parce qu’on est tous d’accord pour dire que trois ans, ce n’est pas long pour préparer des Jeux olympiques.

Est-ce que vous avez déjà une vue sur l’état de la natation française? Quelles seront les principales difficultés?

Je ne crois pas que je sois déjà au courant des possibles difficultés que l’on pourra rencontrer. A ce stade, je pense que c’est important de débuter une mission comme celle-là avec un esprit ouvert. Mon rôle débutera quand les athlètes et leur encadrement seront de retour de Tokyo. Bien sûr après un break. Après ça mon premier objectif sur les premières semaines et premiers mois c’est d’écouter les athlètes et les entraîneurs, de comprendre ce à quoi ils sont confrontés. De comprendre ce qu’ils pensent pouvoir leur permettre d’atteindre le niveau supérieur et après voir ensemble avec la fédération comment on peut aider ces entraîneurs et ces athlètes pour obtenir les meilleurs résultats. Donc je ne vais pas commencer en parlant de possibles difficultés, mais je suis sûr qu’il y aura toute sorte de chalenges sur notre chemin. Ce serait naïf de penser que tout va rouler sans problèmes. Cela fait partie de la haute performance. Donc d’abord je veux connaitre leur état d’esprit, ce qu’ils pensent de la situation et comment on peut ensemble améliorer les performances. Rien n’est facile dans la haute performance je pense l’avoir appris au fil des années.

Vous venez d’un pays, les Pays-Bas qui a toujours eu de grands talents, puis l’Australie qui est une grande terre de natation. La France est sur une nouvelle génération et n’est pas au plus haut niveau…

Je pense que l’histoire de la natation française est absolument fantastique. Gagner le relais 4X100m en 2012 mais aussi obtenir des victoires individuelles avec Mufat , Agnel, Bernard… Et je pourrais encore continuer. Des athlètes incroyables. On doit se faire au fait que ces athlètes ne sont plus là. Je pense que Tokyo sera une sorte de point de mesure pour voir où la France se situe sur l’échelle mondiale. Voyons comment cela se passe et bien sûr on espère les meilleurs résultats possibles. Mais je pense qu’on peut prendre ces jeux comme une base pour voir d’où on va partir et travailler à partir de là. Je suis réaliste, mais aussi optimiste sur les chances françaises. Et je pense aussi qu’avoir les Jeux olympiques à la maison, ça va faire jaillir de l’enthousiasme et augmenter les possibilités. Dans un pays de combien? 60? 70 millions d’habitants il doit forcément y avoir des talents! Donc c’est notre job de les trouver. Et de leur donner les meilleurs conditions pour performer. C’est probablement l’objectif principal.

Vous avez déjà une idée de l’organisation que vous souhaitez mettre en place pour la natation française?

Je pense que je vais commencer le mois prochain, et peut être même avant, à lire et travailler mon français. Pour mieux comprendre ce qui est écrit et dit. J’espère que je vais progresser rapidement. Je ne parlerai pas couramment, mais si je peux comprendre et me faire comprendre, sans trop de traduction ce serait un bon début. Je ne vais pas interférer avec la préparation olympique pour Tokyo. Je pense que le temps est trop court et je sais que les entraîneurs ont déjà leur plan sur la façon de se préparer pour Tokyo. Ca perturberait plus que ça n’aiderait. Je vais me préparer pour comprendre le système et la place de chacun en France. Et à la fin du mois d’aout peut être quand tout le monde sera rentré et qu’ils reprendront le chemin de l’entraînement je commencerai par me rendre sur les sites d’entraînement. Juste pour rencontrer les entraîneurs et les nageurs et commencer l’observation. Me rendre compte de leurs besoins. Mon travail ne sera pas un travail de bureau. Je n’ai jamais eu de bureau et j’espère que je n’en aurai jamais. Mon job c’est de travailler avec les entraîneurs, les voir, les rencontrer, créer une connexion avec eux. Ce sera mon premier travail. De nos jours, la haute performance requiert aussi des contributions d’experts dans le diagnostic des compétitions, des analyses d’entraînement. Donc il faudra aussi chercher comment on peut aider sur ce point-là. Le monde est plus grand que les entraîneurs et les athlètes. Bien sûr ils sont les éléments clef. Mais il faut aussi que l’on soit sur d’avoir les bonnes personnes, et je suis qu’il y a des grands experts en France qui travaillent déjà avec eux. Il faut que l’on discute avec tout le monde pour voir comment on peut aider les entraîneurs et les athlètes.

Est-ce que vous pensez qu’en 3 ans il sera possible d’emmener des jeunes nageurs sur le podium olympique?

Oui absolument. Je pense qu’il y a plusieurs types de talents. Ceux que l’on voit dès le plus jeune âge, que l’on repère et que l’on voit progresser au fil des mois et des années. Mais il y a aussi des talents que l’on ne voit pas venir et arriver aussi vite. Je ne pense pas que deux ans avant les Jeux olympiques de 2016 les gens savaient qui était Kyle Chalmers (champion olympique australien du 100m nl à Rio). Il est arrivé rapidement, et s’est vraiment développé deux ou trois ans avant les Jeux olympiques et très rapidement. Je pense qu’il y a toujours des surprises et des talents qui émergent et ce que l’on verra surement une nouvelle fois sur ces Jeux, surtout avec cette année ne plus due au report. Je suis assez confiant sur le fait qu’il y aura des nouveaux noms qui vont émerger dans la natation française. Des noms que pour le moment je ne connais pas et que peut être la fédération elle-même pour le moment a du mal à identifier. J’espère que l’on aura quelques surprises. 

La natation française possède quelques individualités, mais il y a aussi des trous sur certaines épreuves. Comment faire pour avoir des nageurs compétitifs sur plus d’épreuves?

Chaque pays dans le monde, et même les meilleures nations du monde, ont leurs forces mais aussi leur points faibles. Je vous donne un exemple. En Australie quand j’ai débuté ma mission nous n’avions pas de nageurs de brasse. Donc nous avons commencé par organiser des stages spécifiques où nous avons fait venir les meilleurs brasseurs du pays. Mais pas seulement les nageurs, les entraîneurs également qui étaient intéressés dans ces épreuves. Nous avions aussi des experts pour avoir un regard sur ça. Et aujourd’hui les australiens ont deux brasseurs vraiment performants sur le 200m notamment. Et ça découle de ce système. Je pense que construire une génération prend généralement plus de trois ans. Parce que vous devez débuter avec le développement des jeunes, organiser ces stages, augmenter les connaissances et l’expérience et la partager avec les entraîneurs pour rendre une discipline compétitive. Donc je pense vraiment que le développement des talents est vraiment quelque chose de différent et arrivera certainement après 2024. Avec les jeunes talents qui émergent maintenant avant les jeux vous pouvez accélérer certaines choses dans les méthodes d’entraînement. Mais le développement des talents débute à l’âge de 10-11 ans. Avec des étapes pour grandir à chaque niveau. La fédération n’est pas seulement focalisée sur la haute performance, mais aussi sur ce que l’on peut faire pour améliorer ses faiblesses comme par exemple la brasse aujourd’hui en France est une nage faible et ce n’est pas seulement un problème individuel mais aussi pour les relais. Donc il faut le développer, mais malheureusement et il faut être réaliste, cela prendra du temps au-delà de Paris 2024. Il y a un projet focalisé sur l’optimisation de ce que l’on a pour 2024 et un autre qui sera plus tourné sur l’après 2024.

Julien Richard