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Laure Manaudou : « Je suis soulagée »

Laure Manaudou

Laure Manaudou - -

Laure Manaudou a annoncé ce mercredi qu’elle mettait définitivement un terme à sa carrière. A 26 ans, celle qui attend son deuxième enfant semble libérée d’un poids et prête à entamer une nouvelle vie… toujours près des bassins.

Laure, ça y est, c’est définitivement terminé ?

Oui, ça y est, c’est définitif. Ça fait du bien. Je me sens bien, heureuse de l’avoir dit. Je ne regrette pas et je ne regretterai pas mon choix.

Qu’est-ce qui vous a motivé pour faire cette annonce maintenant ?

Le fait d’avoir eu une compétition en France (les championnats d’Europe en petit bassin à Chartres, ndlr), ce qui n’était jamais arrivé dans le passé et de pouvoir la partager avec James Gibson (entraîneur du Cercle des nageurs marseillais, ndlr), qui est rentré d’Angleterre avec sa famille, et avec le public français.

Pourquoi ne pas avoir nagé jusqu’aux Mondiaux de Barcelone (28 juillet-4 août), sur 50m dos ?

Pour moi, c’était le bon moment pour m’arrêter. Je n’étais pas sûre d’avoir une médaille à Barcelone et je n’avais pas envie de me dire que j’aurais dû arrêter à Chartres. Et aussi parce que j’attends un deuxième enfant et ça, je l’avais décidé depuis un moment. C’est le bon moment.

C’est une belle surprise d’annoncer votre grossesse ce mercredi soir…

Une belle surprise, mais je pense que certains s’y attendaient. Il fallait juste une confirmation. C’est ce qui pouvait m’arriver de plus beau et je suis contente que ça m’arrive maintenant.

Êtes-vous soulagée de dire définitivement stop ?

Je suis soulagée de l’avoir dit. J’avais pris ma décision avant les championnats d’Europe mais même si j’aurais pu le dire à la fin de la compétition, c’était important d’attendre que la saison en petit bassin se finisse pour ne pas déranger les autres nageurs. C’est important pour eux comme pour moi.

A quoi votre vie va-t-elle désormais ressembler ?

Je profite d’être à Paris pour prendre deux ou trois rendez-vous. Je vais prendre des cours de media training pour m’habituer à prendre la parole en public et faire des séminaires pour travailler ma timidité. J’ai des projets avec mes partenaires de crossfit (discipline de fitness, ndlr). Et au niveau mode, il y a des lignes de maillots de bain et de vêtements pour enfants qui sont en cours et avec lesquelles j’aimerais bien continuer. Je pense que pour l’instant, ça suffit.

« Je n’ai pas fini d’être au bord du bassin »

La compétition va-t-elle vous manquer ?

Je pense que la compétition me manquera, mais j’ai une autre manière de pouvoir l’aborder grâce à Flo (Florent, son petit-frère, ndlr), même si ce sera beaucoup plus stressant qu’avant. Je n’ai pas fini d’être au bord du bassin et de stresser.

Vous passez le témoin à votre frère Florent…

Je ne peux pas dire que je passe le témoin parce qu’il trace son chemin petit à petit et il mérite d’avoir une carrière aussi belle que la mienne. Et même encore mieux. Il travaillera pour ça et il sait qu’il en est capable.

Que retenez-vous de votre carrière ?

Il y a beaucoup de choses marquantes, notamment Athènes (2004), où tout a commencé. Et puis 2006, à Budapest, qui est ma meilleure compétition. Après, il y a Melbourne et puis Londres avec Flo.

Comment vivez-vous le fait d’avoir marqué le public français à jamais ?

Je pense que le meilleur moyen est de ne pas s’en rendre compte maintenant et de profiter de ce qui m’arrive en ce moment et des gens autour de moi. J’ai hâte de voir ce que mes performances passées vont donner dans le futur, pour voir si je peux toujours rester dans le haut du classement.

L’avenir de la natation française vous semble-t-il radieux ?

Il y a beaucoup de bons nageurs, filles ou garçons, et je leur souhaite de réussir ce qu’ils ont entrepris et de continuer à gagner des médailles d’or.

Qu’aimeriez-vous que les gens retiennent de votre carrière ?

Je n’ai pas forcément d’image à faire retenir aux gens, si ce n’est que j’ai fait ce que j’ai voulu au moment où je l’ai voulu et que le principal était d’être heureuse. Même si ça peut paraître égoïste, je me suis fait plaisir, même si j’en ai payé les conséquences quand c’était négatif. Mais au moins, j’ai fait des erreurs et je sais que ça me servira plus tard et que Flo ne les fera pas non plus.

Quel est le sentiment de Frédérick Bousquet, votre compagnon, suite à cette annonce ?

Il le savait depuis longtemps mais c’est un choix que j’ai fait seule car j’ai toujours fait en fonction de moi et pas en fonction de ce que les gens pouvaient penser. Pour l’instant, je m’en suis bien sortie. J’ai encore des points d’attache avec la natation et je resterai dans ce milieu-là.

Lionel Horter, le nouveau DTN, souhaite que vous restiez proche de la natation française…

C’est flatteur mais il faudra définir ce que je pourrai faire et à quoi je pourrai servir. Il faut en discuter, ce n’est pas une mauvaise idée.

Le titre de l'encadré ici

Pas de retraite pour la marque Manaudou|||

Malgré son départ à la retraite, la petite entreprise Manaudou ne devrait pas connaître la crise. Son rôle d’ambassadrice du crossfit (discipline de fitness) pour Reebok, associé à son contrat à Topsec Equipement (distributeurs automatiques d’articles de natation) lui garantit aujourd’hui encore 800 000 € annuels. Une coquette somme à laquelle s’ajoutera cette année de nombreuses et juteuses prestations dans le monde de l’entreprise, où elle devrait crouler sous les demandes. Pour bien réussir ses oraux publics et livrer sans bafouiller les clés de sa réussite à une audience qui n’aura d’yeux que pour elle, Manaudou suit depuis quelques semaines déjà une formation adaptée.

Propos recueillis par Julien Richard