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Lefert, des bassins à la City

Clément Lefert

Clément Lefert - -

Champion olympique cet été à Londres avec le relais du 4x100m, le Niçois Clément Lefert a décidé de mettre un terme à sa carrière pour se consacrer à la haute finance. Un choix réaliste pour un nageur de 25 ans qui n’avait plus vraiment de marge de progression.

Les sportifs se demandent toujours quand arrêter. Clément Lefert a trouvé la réponse. A 25 ans, le Niçois raccroche le maillot de bain après un titre olympique avec le relais 4x100m et une médaille d’argent avec celui du 4x200m. C’est à Londres que le nageur du groupe de Fabrice Pellerin a écrit l’histoire, et c’est là qu’il entend rédiger une nouvelle page de son destin. Etudiant en finances à l’EDHEC de Nice, Lefert veut travailler à la City après vingt ans passés dans les bassins. « J’ai rencontré à Londres un ancien nageur qui travaille dans une banque d’investissements, il dirige un hedge fund (fond d’investissements). Il était là le soir de notre médaille, il m’a invité le soir de la finale du 200m de Bolt, on a discuté. Il y aura une excitation comme en compétition. »

Un virage mûrement réfléchi. « Ce titre est un aboutissement, un titre un peu surprise comme ma titularisation le soir en finale, admet Lefert, qui n’a jamais affolé les bilans mondiaux en individuel. A 25 ans, je pouvais repartir pour Rio, mais on a vu qu’en quatre ans, il peut se passer beaucoup de choses. » S’il a récemment fait part de sa décision à ses coéquipiers, c’est un départ qui va laisser un vide dans le petit groupe familial des Niçois.
« Je m’entraine avec Clément depuis 10 ans, sa sœur a mon âge, raconte Camille Muffat. On pensait que c’était comme d’habitude quand il râlait aux entraînements. Alors, quand il nous a annoncé ça, ça nous a fait bizarre, passer de 4 à 3… » Même sentiment pour Yannick Agnel. « On en avait parlé, c’est sage, mais il me manque déjà à l’entrainement comme en dehors, c’est un grand frère. » Même la jeune Charlotte Bonnet éprouve de la peine. « Ça m’a fait mal au cœur parce que c’est le chambreur du groupe, mais il faut penser à ce qu’on va faire plus tard. »

Pellerin : « Le jour où un nageur gagnera 150 000 euros par mois… »

A la différence de Muffat et Agnel, couverts d’or en individuel à Londres, Lefert sait qu’il a touché son Graal avec ce titre par équipes. « Je ne suis pas Yannick Agnel, champion olympique à 20 ans. J’ai gravi les échelons petit à petit. » Un travailleur qui ne se voyait pas faire chavirer les cœurs sur les réseaux sociaux ou trembler les concurrentes dans les lignes d’eau adverses. « Clément a été réaliste, il aurait pu progresser mais il sait qu’il ne vivra pas de la natation », résume la championne olympique du 400m.

Dans la pénombre, Lefert n’a pas été assailli par les sponsors. « Les partenaires vont vers quelques nageurs, pas vers moi. Londres a eu des retombées économiques limitées. » Pellerin comprend parfaitement l’orientation nouvelle de son protégé. « La natation, ce n’est pas le football. Le jour où un nageur gagnera 150 000 euros par mois, il pourra peut-être abandonner ses études. Clément a eu l’intelligence de comprendre ça. »

Louis Chenaille (avec J.R. à Nice)