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Manaudou - Lucas : des titres et c’est pas tout

Laure Manaudou et Philippe Lucas

Laure Manaudou et Philippe Lucas - -

Coach emblématique de Laure Manaudou durant ses années fastes (2004 à 2007), Philippe Lucas est le mieux placé pour commenter le départ à la retraite de son ancienne protégée. Avec son lot d'anecdotes et son franc-parler légendaire.

Laure Manaudou et Philippe Lucas, c’est un peu « je t’aime moi non plus » entre « la Belle et la Bête ». A l’annonce de la retraite sportive de la nageuse française, ce mercredi, impossible de ne pas se remémorer l’histoire de ce couple improbable devenu l’un des plus célèbres de France entre 2004 et 2007. En trois ans, sous la férule de son entraîneur bling-bling au très franc-parler, la native de Villeurbanne est entrée dans l’histoire du sport français. Son titre olympique à Athènes sur 400m en 2004, le premier pour le France depuis Jean Boiteux en 1952, c’est avec Lucas. Ses deux autres médailles olympiques, ses trois titres mondiaux, ses sept européens et ses 24 français, c’est aussi Lucas.

Recueillie à l’âge de 14 ans à Melun et couvée au sein même du domicile de son entraîneur, Manaudou a passé sept ans (de 2000 à 2007) sous les ordres de Lucas. Entre coups de gueule, bouderie, rappels à l’ordre musclés et sessions à la dure. Pour le résultat que l’on connait. « C’est une grande championne. C’était du Phelps potentiel, compare Philippe Lucas. Avec ses qualités physiques et ses qualités de compétitrice, elle était capable de mettre la tête à l’envers à tout le monde sur pas mal de courses. A l’époque, à chaque fois qu’elle plongeait, elle gagnait. Vu le palmarès qu’elle s’est fait entre 2004 et 2007, c’est une très grande nageuse. » Car 2007 marque l’année de la rupture du couple. Manaudou, épuisée par les cadences infernales infligées à l’entraînement, file en Italie pour rejoindre son petit ami d’alors, Luca Marin, avant de revenir en France sous les ordres de son frère Nicolas. Dès lors, la rupture est consommée entre les deux parties.

Lucas : « Elle a décomplexé la natation française »

« Elle était difficile à entraîner, se rappelle Lucas. Quand la meilleure nageuse du monde vous attend avec un fusil et n’a pas envie de nager, j’appelle ça un combat ! » Le début de la fin pour Manaudou, dont le palmarès restera marqué par ses échecs répétés aux JO de Pékin (2008) puis de Londres (2012). S’ils ne se parlent plus aujourd’hui, Manaudou et Lucas conservent un profond respect l’un envers l’autre. La preuve, Lucas, qui a gagné une marionnette aux Guignols grâce à sa protégée, se rappelle des bons moments passés avec elle. « Il y a le 400m aux JO (or à Athènes) et les championnats du monde l’année d’après quand elle est huitième (et dernière qualifiée pour la finale) et qu’elle gagne et le 200 nage libre à Melbourne, sourit-il. La veille, elle avait fait finale du 100m dos, finale du 400m, demi-finale du 100m… Tous les entraîneurs disaient "Il est cinglé l’autre Français !" Et puis, en finale, elle leur a tous mis profond avec une victoire et un record du monde ! »

A cette époque, ces deux inséparables aux forts caractères se comprenaient parfaitement. « Donne-moi un entraîneur qui aurait accepté de la voir descendre de l’hôtel bien habillée pour sortir le soir de la veille de la finale du 200m ?, demande Lucas. Je savais qu’elle en avait besoin. Si tu ne la laissais pas faire ça, le lendemain, ça aurait été compliqué. Là, elle était bien après avoir passé une bonne nuit. Elle avait envie de tout exploser parce qu’elle était bien dans sa tête. » Et Lucas de conclure, nostalgique : « Ce qu’il faut garder de Laure, c’est qu’elle a décomplexé la natation française et que ça a été une grande championne. »

Nicolas Couet avec Julien Richard