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Natation-Ervin : « J’avais perdu ma liberté »

Anthony Erwin

Anthony Erwin - -

Guest star du meeting de Marseille le week-end dernier, Anthony Ervin est revenu sur son incroyable trajectoire. Champion olympique du 50m en 2000 avant de prendre sa retraite durant une dizaine d’années, l’Américain de 31 ans a ensuite connu une descente aux enfers. Dépression, drogue, tentative de suicide. Et come-back en 2011.

Anthony, flashback sur votre carrière. Pourquoi avoir décidé de prendre votre retraite en 2001 alors que vous étiez au sommet de votre art, et sacré successivement champion olympique du 50m puis champion du monde du 50 et 100m…

A ce moment-là, je me suis dit que j'avais atteint tous les buts que je pouvais me fixer. Je n'avais plus d'objectifs en tant que compétiteur. Et puis, je n'étais pas très à l'aise avec le côté professionnel du sport et le fait d'être une célébrité. Je n'étais pas préparé pour ça. Ça n'a jamais fait partie de mes rêves et de mes objectifs. J’étais arrivé à un point où je me disais : mais pourquoi je fais ça ? J'avais perdu ma liberté. Et je n'avais plus aucun but dans ma vie.

S’arrêter fut donc un soulagement ?

Quand j'ai arrêté, je me suis senti tellement libre. La liberté absolue. Je me suis mis à la musique. J'ai pris du bon temps, j'ai fait des tas de boulots. J'ai bossé dans un magasin de musique, dans un magasin de tatouages, dans une cantine, j'ai gardé des chiens. J'ai fait vraiment un tas de trucs.

Et même essayé des choses illégales...

Oui, j'ai expérimenté des tas de choses. Des choses qui allaient à l'encontre des lois. Des choses pas très éthiques… (Il marque une pause) Mais j'ai énormément appris de ces expériences. J'avais besoin de ces leçons qui ont été parfois dures.

Qu’est-ce qui vous a fait redevenir un nageur et sortir de ces expériences ?

J’ai donné des cours de natation à des enfants et c’est ce qui m'a fait prendre conscience de mon amour pour la natation. Ca a été comme regarder dans une boule de cristal et je me suis revu gamin. Alors, je me suis mis à entraîner. Ça a été comme une renaissance pour moi. Je suis retourné à l'école, à l’université. Et ensuite, j'ai décidé de reprendre la natation un an et demi avant les sélections olympiques. C'est quelque chose de génial alors je continue.

A Marseille, vous avez nagé durant une quinzaine de jours aux côtés de Florent Manaudou. Que pensez-vous du Français, qui a été champion olympique comme vous du 50 m ?

Nager avec Flo et Fred (Bousquet) m'a permis d'apprendre beaucoup de ce qui fait leur force. Ce sont des athlètes incroyables. J'ai pu le constater dans l'eau mais aussi en musculation. J'ai vu ce qui lui a permis d'être champion olympique et ce qu'il fait aujourd'hui pour continuer. Florent est très jeune (rires). C'est presque effrayant de voir ce qu'il a déjà montré et de penser à son potentiel, à tout ce qu'il peut faire encore mieux.

Pensez-vous aux JO de 2016 à Rio ?

C'est dur à dire. En termes de compétition, je vois ça année après année. J'adorerais nager à Rio, mais si je ne peux pas le faire, on verra. Je veux donner mon maximum pour apprendre de la natation, essayer de digérer tout ça et de faire partager ma vision de la natation. J'espère que je vais pouvoir continuer, essayer de redevenir le meilleur. Je vais essayer de me qualifier pour les Mondiaux cet été, ensuite peut-être entrer en finale. Et pourquoi pas une médaille...

Propos recueillis par Julien Richard