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Pellerin : « Agnel va encore beaucoup évoluer »

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La ruée vers l’or de ses protégés (Muffat, Agnel, Lefert) en ont fait l’entraineur miracle de ces Jeux. Fabrice Pellerin, inspirateur de l’école niçoise, évoque sa méthode et son admiration pour ses champions qui ne devraient pas en rester là.

Fabrice Pellerin, quel regard portez-vous sur votre nageur Yannick Agnel, double champion olympique (4x100m et 200m) ?

Yannick est un nageur en construction, c’est un nageur en chantier. Ce n’est pas très élégant mais c’est tout à son honneur. Parce qu’il réunit des éléments qui sont en devenir, il a un corps jeune. Il va encore beaucoup évoluer physiquement. Et malgré ce niveau encore presque immature au niveau physique, il arrive à rassembler des points précis, à en faire un montage comme on monte un Lego. Finalement, il parvient à être performant. Donc ça veut dire qu’au-delà de ces données, on a un jeune qui est vraiment déterminé.

Avec deux de vos nageurs (Agnel et Muffat) titrés en individuel, peut-on parler de méthode miracle ?…

La clé, c’est d’avoir une matière première riche, motivée, saine, passionnée. J’ai la chance d’avoir rencontré Yannick et ses camarades d’entrainement. Aujourd’hui, dans la natation moderne, les choses sont assez simples. On est sur un travail conséquent, quotidien, qui demande beaucoup de sacrifices. Les méthodes que j’utilise sont peu ou prou celles qui sont utilisées par mes collègues entraineurs.

Etes-vous impressionné par vos champions ?

Il faut quand même avoir un sacré caractère, une personnalité assez singulière pour assumer cette posture de vainqueur, et ce n’est pas donné à tout le monde. Forcément, on a affaire, au quotidien, à des athlètes qui sont singuliers, qui ont des traits de caractère très marqués, très particuliers. On a affaire à des gens qui sont hors normes par définition. En tout cas, qui souhaitent le devenir.

« Des contraintes énormes »

Comment avez-vous géré les soirées qui ont suivi les titres de Yannick Agnel et Camille Muffat ?

On vit un paradoxe au moment des JO. Les enjeux sont énormes mais tout ce qui entoure la performance est vraiment très contraignant. On sort de la course, il y a un peu d’attente pour le podium. On a tout de suite un chaperon parce qu’après, on a prise de sang et contrôle urinaire. Ça prend du temps, ça prend encore de l’énergie. Il y a une conférence de presse ensuite qui est programmée à une heure précise, il faut y être absolument. Parfois, il n’y a pas de bus. C’est ce qui nous est arrivé avec Camille (Muffat). Il y a des contraintes énormes qui font partie de l’organisation. Les nageurs depuis le début de la semaine se couchent entre minuit et une heure du matin. Ca va faire une semaine assez éprouvante. On n’a pas le choix et puis, tout le monde y passe. Il faut gérer les repas, la sieste est déterminante. On vit vraiment de manière assez décalée, la sieste se transforme en nuit.

D’où quelques difficultés entrevues lors des séries…

Les séries depuis le début de la semaine, on l’a vu pour tout le monde, c’est un vrai coupe-gorge. Il y a beaucoup de densité, beaucoup mettent le paquet dès le matin pour se retrouver dans les 16 de la demi-finale. Quand la veille, on s’est couché tard, on a vécu quelques émotions, et on a passé une nuit un peu moyenne, tous les ingrédients sont là pour passer à côté.