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Pourquoi Katie Ledecky est la taulière des bassins… et du sport mondial

Katie Ledecky

Katie Ledecky - AFP

Cinq records du monde dans un été sans compétition majeure, une domination sans partage sur le fond et le demi-fond, l'invincible Katie Ledecky est une championne unique. A 17 ans, la nageuse US n’a déjà plus aucun équivalent parmi les sportifs.

On a beau adorer Renaud Lavillenie, se pâmer encore et encore devant son exploit d’avoir déboulonné la légende Bubka, on se doit d’avouer notre préférence. Si nommer le ou la champion(ne) de l’année sport 2014 prête à la discussion, avec notre perchiste en tête des pourparlers, Katie Ledecky met tout le monde d’accord à l’heure d’élargir le débat. A 17 ans, la nageuse US est déjà bel et bien la plus grande athlète de la planète. Toutes disciplines confondues. Usain Bolt ? Cristiano Ronaldo et/ou Lionel Messi? LeBron James ? Rafael Nadal et/ou Novak Djokovic ? Rory McIlroy ? Teddy Riner ? Martin Fourcade ? Lavillenie ? Immenses champions. Révolutionnaires pour leur art, même. Mais Katie, c’est autre chose. Diamant brut à peine poli mais déjà si éclatant. Michael Phelps, plus grand nageur de l’histoire, ne l’appelle pas « un étalon » pour rien. Katie ne bat pas seulement les adversaires et les records. Elle les détruit. Les souffle, vulgaires feux de paille. Il faut lire son parcours et se frotter les yeux pour réaliser.

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- © AFP

Katie n’aurait pas encore le droit de voter en France. Elle est actuellement élève de terminale au lycée Stone Ridge School of the Sacred Heart, à Bethesda dans le Maryland, où elle doit passer dans les prochains mois l’équivalent du baccalauréat avant de rejoindre la prestigieuse université de Stanford en Californie. Depuis deux ans, sa cheminée s’orne d’une belle médaille d’or olympique glanée sur le 800 mètres nage libre. A 15 ans, Ledecky était devenue la plus jeune lauréate de la plus longue course au programme olympique féminin. Classe. Au départ de la course, tous les regards du bassin londonien étaient tournés vers la princesse locale, Rebecca Adlington, détentrice du record du monde et immense favorite. A ses côtés, ligne d’eau numéro 3, Ledecky va écrabouiller la concurrence. Partie comme une fusée, Katie ne faiblit pas. Elle passe aux 400 mètres dans un temps qui lui aurait offert… la cinquième place olympique sur la distance ! L’Américaine touche le mur en 8’14’’63, deuxième chrono de l’histoire, et bat le record US vieux de 23 ans – souvenez-vous, Janet Evans – de près de deux secondes.

Sa finale olympique 2012 du 800 m

Un an plus tard, aux Mondiaux de Barcelone (entre trois titres individuel et un en relais), elle claque un 8’13’’86. En juin dernier, elle porte la marque à 8’11’’ tout rond. L’été 2014, pourtant sans compétition majeure (Mondiaux ou JO), restera celui où Katie aura fait mumuse avec les records planétaires. 400 mètres nage libre ? Battu deux fois et descendu à 3’58’’37. 1500 mètres nage libre ? Battu deux fois aussi. On vous précise, si besoin, que la demoiselle rabote à coups de secondes les marques de l’époque des combinaisons flottantes. Cela raconte beaucoup mais pas encore tout. Imaginez un peu. En finale des championnats Pan Pacific, en août, elle a retiré près de… six secondes à son record du 1500. Katie a remporté cette finale 27 secondes devant sa dauphine ! Au moment de toucher le mur, elle a pris un tour de piscine à deux nageuses. Plus de 100 mètres dans la vue sur les 1500 d’une finale internationale ! Le chrono final de Ledecki (15’38’’36) lui aurait offert une place dans le top 20 sur la distance lors des championnats américains masculins.

Sa finale du 1500 aux Pan Pacific 2014

Reine incontestable et incontestée du fond et du demi-fond dans les bassins, Ledecky commence à venir patauger dans les eaux des sprinteuses. Cet été, la première nageuse à détenir conjointement les records du monde du 400, 800 et 1500 depuis la mythique Janet Evans a ainsi battu Missy Fraklin en finale du 200 m nage libre des championnats US avant de remporter le titre sur la distance aux Pan Pacific. Elle n'a encore jamais été battue dans une finale internationale. Sauf cataclysme, Katie sera la star aquatique des Jeux de Rio en 2016. Et encore en 2020. En 2024, elle n’aura que 27 ans. Le monde lui appartient pour longtemps. On ne va pas non plus se mentir. Jurisprudences Lance Armstrong et autres obligent, l’ombre du dopage plane forcément sur des performances aussi fabuleuses. Notre vision de Ledecky sera peut-être un jour brouillée à jamais. Mais pour l’instant, on a envie d’y croire. De se dire que le cynisme sportif ne va pas jusqu’à atteindre une jeune fille de 17 ans qui régnait déjà sur son sport à 15. Alors on l’affirme encore. Hommes ou femmes, personne ne va plus haut, plus loin, plus fort. Katie Ledecky est la plus grande athlète de la planète. Bonne chance à celui ou celle qui compte la déloger du trône.

Katie Ledecky est devenue une star aux Etats-Unis
Katie Ledecky est devenue une star aux Etats-Unis © AFP
Alexandre Herbinet