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Comment effectuer un bon "floating"?

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Comme chaque vendredi un professionnel de l'antenne soigne votre poker. Cette semaine, le joueur professionnel Valentin Messina vous dévoile les secrets d'un bon "floating".

Le “floating” est un move technique qui se rapproche davantage du bluff. Dans les faits, cela consiste à suivre le continuation bet de l’adversaire avec une main marginale dans le but de bluffer le coup à la turn ou la river sur un check adverse. En effet, de nombreux joueurs ont du mal à envoyer une autre mise en bluff sur le turn car ils pensent, à juste titre dans la plupart des cas, qu'il faut avoir quelque chose pour payer au flop. Vous l’aurez compris, le float est une arme redoutable pour se prémunir du continuation bet.

Comme déjà évoqué dans mon dernier article précédent sur le “continuation bet”, vous avez environ une chance sur trois de connecter le flop. Si un joueur a un pourcentage de continuation bet d'environ 60%, on en déduit aisément qu’il mise régulièrement le flop sans avoir amélioré sa main.

Dans l'idéal, le floating ne doit être pratiqué que si vous êtes face à un seul joueur sur le flop et en position.

Exemple :

Vous êtes en tournoi avec des tapis effectifs de 80 big blinds. Un joueur au profil large agressif relance et nous payons en position avec 8 et 9 à pique. Le flop est Q pique 2 trèfle 5 coeur et nous faisons face à un continuation bet des 2/3 du pot.

Notre adversaire peut bien sûr avoir une main faite comme une overpair, une top pair ou un brelan, mais le plus probable est que sa main ne se soit pas améliorée. De plus, nous savons que ce flop sec sans tirage est propice au continuation bet. Il est donc probable, du point de vue de l'adversaire, que nous abandonnions notre main s'il mise, ce que nous ferons d’ailleurs la plupart du temps. Toutefois, sachant que l'adversaire mise souvent sans main faite, nous décidons de suivre pour voir la turn avec l'intention de voler le pot.

Sur la turn sort un 6 carreau et l'adversaire check. Nous avons certes un tirage quinte par le ventre, mais cela ne fait que quatre outs. Et, puisque l'on a admis que l'adversaire n'avait généralement pas de main forte, nous ne gagnerons probablement pas beaucoup si par chance nous touchions l'un de nos rares outs. Plutôt que de checker pour prendre une carte gratuite, nous choisissons de miser. L'adversaire passe et nous prenons le pot.

Le float, un move à utiliser avec parcimonie.

• En tête à tête

Vous ne devriez pas envisager le float lorsque plusieurs adversaires sont impliqués dans le coup. La probabilité qu’au moins un adversaire ait amélioré au flop ou au turn est bien plus élevée pour tenter de bluffer le coup. Cette technique ne fonctionne principalement que contre un adversaire. 

• La structure du flop

Il faut la plupart du temps tenter le float sur un flop sec. Les flops de type AKJ ou T98 ne sont pas idéals pour floater votre adversaire. En plus de la côte plus importante d'avoir amélioré au flop, votre adversaire pourrait aussi avoir trouvé un tirage et n'abandonnerait pas le coup suite à votre mise au turn.

• Le profil adverse

La lecture de l'adversaire est essentielle. Evitez le floating contre un adversaire du type calling station qui paye des tirages bancals ou fait des hero call avec des jeux bien trop faibles.

• La position

Avoir la position sur l'adversaire n'est pas une condition sine qua non pour float mais est néanmoins un avantage certain. Pensez donc à privilégier le float en position.

• Le pot control

Souvent les joueurs expérimentés aiment checker le turn dans certaines situations pour contrôler la taille du pot s’ils ont un jeu fait mais pas max. Ils peuvent par exemple checker le turn avec AQ sur A J 8 7 pour ne faire que payer la mise à la turn plutôt qu'être confronté à un check-raise qui les mettraient dans l'embarras. Apprenez à repérer ces situations et n'insistez pas dans un bluff désespéré à la river.

• La fréquence

Le float doit être utilisé au cas par cas en tenant compte de l’historique et de la dynamique de la table. Attention de ne pas abuser de ce move, sans quoi, il pourrait se retourner contre vous.

Vous l’aurez compris cette arme est redoutable mais il est toujours possible pour un bon joueur de la contrer. En effet pour se défaire du floating un très bon joueur peut continuer son agression en misant également sur la turn. C’est ce qu’on appelle plus communément un second barrel.

VM