RMC Sport

11/05 Philippe Auclair alias Jaclyn Smith

  • Parmi les contre-vérités du football, en voilà une que nous sommes tous coupables de répéter. ‘Untel ne méritait pas de gagner’. ‘Untel méritait de se qualifier’. St Etienne a Glasgow, les Bleus à Séville, les Pays-Bas en 74, le Brésil en 82. Tout supporter a une liste en mémoire, longue comme le bras d’un premier ministre. Comme si la morale (laquelle, d’ailleurs?) avait quoi que ce soit à voir avec le dénouement d’une rencontre. Si c’était le cas, le Werder Bremen gagnerait la Bundesliga tous les ans, West Brom sauverait sa peau cette saison, et je connais plus d’un club espagnol ou italien qui se serait fait éjecter de la Coupe d’Europe histoire de faire comprendre à leurs supporters que les seuls cris de singe qu’ils aient le droit de proférer le soient en face de leurs miroirs.
  • Tiens: Arsenal ‘ne méritait pas de perdre 4-1 contre Chelsea’. C’est à peu près ce qu’a dit Arsène Wenger dimanche soir. J’avais compté les occasions des Gunners. Seize! La première, après 22 secondes de jeu. Seize...jamais Arsenal ne s’en est créé autant lors d’un seul match depuis que je suis ces derbys londoniens. J’ai d’ailleurs passé l’âge de les compter.
  • Mais Arsenal ‘méritait’ pourtant de perdre 4-1 – parce qu’Arsenal a perdu 4-1. Chelsea avait la tête ailleurs. A Stamford Bridge, et ce n’était pas dimanche, mais toujours mercredi. On appelle cela une indigestion. Le repas servi par le Barça et un arbitre incompétent n’était pas passé. Au lieu de frapper à l’estomac, Arsenal a offert l’alka-seltzer, en loupant tout ce qui pouvait être loupé, et ce qui, franchement, n’aurait jamais dû l’être.
  • Chelsea s’est alors réveillé, et les bulles se sont échappées du champagne d’Arsenal. Pauvre Alexandre Song, laissé faire le ménage pratiquement seul face au trio Essien-Mikel-Lampard. Il n’y a pas si longtemps, la défense des Gunners était la plus imperméable du pays (mais si!); aujourd’hui, on n’a pas assez de casseroles à placer sous les fuites. ‘Les individualités ne sont pas en cause’, nous a dit Wenger, ‘mais l’équilibre entre attaque et défense’. OK. Fabianski? A l’erreur sur les 2eme et 3eme buts des Blues. Touré? Un moment révélateur – non pas le but marqué contre son camp – mais un instant d’égarement, quand il laissa filer en corner un ballon facile en 2ème mi-temps, alors qu’il n’y avait aucun joueur de Chelsea pour mettre la pression. Gibbs? Impeccable, c’est vrai. Silvestre? Il oublia Alex sur le 1er but. Sagna? Malouda et Cole mirent le feu sur son flanc.
  • Mais Wenger avait, à sa façon, raison: c’est collectivement qu’Arsenal ‘mérita’ sa défaite. Son assistant Pat Rice prend sa retraite cet été. Ce sera l’occasion de trouver un numéro 2, un vrai, cette fois, qui aide le manager à redonner une culture défensive à ses baby gunners, comme Martin Keown l’avait fait lorsque, en 2006, il organisa un back-four Flamini-Senderos-Touré-Eboué de telle façon qu’ils parvinrent en finale de la Ligue des Champions sans concéder le moindre but. Ils le ‘méritaient’, d’ailleurs.
  • Un dernier mot, pour Gilbert, qui me taquine sans cesse sur le sujet d’Emmanuel Adebayor, auto-proclamé ‘l’un des des meilleurs attaquants du monde’, et que tous – tous – les supporters du club rêvent de voir partir à Milan. “Nous vivons dans un championnat où les joueurs qui plongent sont récompensés”, lâcha Wenger en réponse à une question sur le coup franc qui amena l’ouverture du score par Chelsea. Il visait, évidemment, Didier Drogba. Le problème est qu’il y avait bien contact entre Fabregas et Drogba sur cet incident. Alors qu’il n’y avait pas le moindre contact lorsque Adebayor essaya de feinter l’excellent Phil Dowd en s’écroulant non pas une, mais deux fois dans la surface en moins de 30 minutes. Sa seule contribution notable, d’ailleurs. Qu’est-ce que cela ‘méritait’? Vous le savez aussi bien que moi. Mais on a rarement ce qu’on mérite en football.

Philippe Auclair, alias Jaclyn Smith