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AfterFoot la revue: Le PSG, premier (et dernier) vainqueur de la Super Ligue?

PSG Super League

PSG Super League - after Foot la revue

La Super Ligue n'est déjà plus. Annoncée en grande pompe et enterrée deux jours plus tard, elle n’aura vécu en tout qu’une cinquantaine d’heures (de quoi réviser jusqu'à la dernière minute les articles de la revue After Foot !). Mais cette existence éphémère n'aura pas empêché qu'on parle beaucoup d'elle. Et il semble que cette nouvelle compétition, sans avoir été disputée, ait tout de même accouché d’un premier vainqueur dont le nom ne sera jamais gravé faute de trophée : le Paris Saint-Germain. L'opinion d'Armand Saillour (24 ans), abonné à la revue After Foot. Retrouvez tous les articles des abonnés de After Foot la revue ici.

Certes, le puissant Bayern Munich de Rummenigge est également sorti grandi de cet épisode en s’opposant publiquement au projet mais la réputation du club bavarois sur la scène européenne n’est plus à faire donc l’impact positif sur son image me semble inférieur à celui sur le PSG. La réaction du Bayern a simplement confirmé la relation forte qu’ont les clubs allemands avec leur football national.

On ne peut pas tenir le même raisonnement avec le PSG qui se balade saison après saison en Ligue 1 par manque d’adversité -sauf cette année- et avait donc toutes les raisons de céder aux sirènes d’une compétition le mêlant au cercle fermé des cadors européens historiques. C’était ainsi l’occasion parfaite de faire changer définitivement le club de dimension et j’ai fait partie des nombreux surpris en apprenant le refus du PSG d’intégrer la compétition, d’autant que Nasser al-Khelaïfi avait participé aux réunions préliminaires.

Alors pourquoi le club parisien n’y est pas allé?

La première raison est bien sûr la Coupe du monde au Qatar l’année prochaine, organisée avec la FIFA, qui aurait mis le pays du Golfe dans une situation embarrassante vis-à-vis des institutions de gouvernance du football. L’événement planétaire à venir, déjà source de nombreuses polémiques, consacre dix ans d’implantation du Qatar dans le football et il y a fort à parier que les représentants qataris chercheront à faire le moins de vagues possible dans la dernière ligne droite jusqu’en 2022.

On peut également expliquer le refus initial du PSG d’intégrer la compétition par l’intelligence tactique de Nasser al-Khelaïfi, fin stratège, qui a gardé toutes les options sur la table le plus longtemps possible. Le président du PSG sait pertinemment que la France est un marché clé pour la Super Ligue et que son club en est le représentant national indispensable. Ainsi, même en refusant d’abord d’intégrer la compétition, le PSG gardait la porte ouverte si un succès de la Super Ligue se dessinait rapidement. A l’inverse, dans le cas d’un accueil hostile, le club se prémunissait contre une image ternie.

La dernière raison que je vois, pourtant peu évoquée, est selon moi la principale. On a trop oublié que Qatar Sport Investments, fonds souverain propriétaire du PSG, avait peu en commun avec les fonds américains propriétaires des clubs anglais. Ces derniers trouvent trois avantages clés dans la Super Ligue : une rentabilité rapide de leurs investissements grâce à une redistribution des droits TV à leur avantage, un risque financier minimum en décorrélant les revenus de l’aspect sportif et enfin une visibilité dégagée sur plusieurs années.

Rien à voir donc avec les propriétaires qataris du PSG dont le premier objectif dans le football n’est pas de gagner de l’argent mais bien d’exercer ce que Joseph Nye, ancien Sous-secrétaire à la Défense des États-Unis, appelait dans les années 1990 le soft power, et que l’on pourrait assimiler à de la diplomatie par le sport. Cette forme de puissance consiste à diffuser ses valeurs, accroître son influence, améliorer son image pour avoir davantage de poids dans les relations internationales. C’est précisément le tour de force réussi par le PSG en se rangeant du côté des supporters et des institutions puisque le pouvoir du club au sein de l’UEFA est désormais plus fort que jamais.

Le PSG est donc le premier club de l’histoire à sortir vainqueur d’une compétition qui ne s’est pas disputée. Certes, il n’a remporté ni trophée ni récompense pécuniaire mais il a gagné quelque chose qui ne s’achète pas : une opinion positive chez les amateurs de football.

Premier « vainqueur », le PSG pourrait bien ne pas être le dernier car rien ne dit qu’une Super Ligue ne se disputera pas un jour. En effet, on ne sait pas à l’heure actuelle ce qui a fait reculer les clubs « sécessionistes ». On peut croire que c’est la fronde massive et spontanée des supporters mais cela pourrait tout aussi bien venir des réactions négatives entendues chez certains joueurs et entraineurs importants. On peut même imaginer que la marche arrière vienne des nouveaux moyens financiers colossaux de la Ligue des champions annoncés par le Président de l’UEFA.

Dans ce dernier cas, la suspension de la Super Ligue ne serait pas une victoire des supporters car elle annoncerait de nouvelles initiatives privées à venir...

Armand, After Foot la revue