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Philippe Auclair - 04/07 : Vers un remake de 1974?

Vers un remake de 1974?

Incroyable, mais vrai – l’Espagne demeure le grand favori des bookmakers britanniques. Mais en quelle Espagne les parieurs ont-ils une telle confiance? La ‘vraie’, dont parle Fred? Auquel cas la seule vérité qui compte ne serait-elle pas celle de juillet 2010, plutôt que celle de l’été 2008?

Les qualités qui ont fait progresser l’équipe de Del Bosque dans un tournoi d’une rare médiocrité technique (même en prenant en compte la Jabulani, ne laissons pas l’arbre allemand masquer la forêt) ne sont pas celles qu’on lui attribue habituellement: l’esprit de corps, la gnac, le refus de la défaite. Et la chance. Ces vertus suffisent parfois; la dernière, qui est aussi la plus déterminante, est cependant la plus capricieuse. Je n’ai rien vu dans cette Espagne qui me fasse croire qu’elle puisse retrouver sa vista en l’espace de quelques jours; j’ai vu, par contre, de grosses carences que je l’imagine mal corriger en ce laps de temps.

Cette défense continue de m’inquiéter, avec un Casillas qu’on n’a jamais vu aussi fébrile, un Puyol souvent à la limite, et des latéraux insuffisants; du coup, Busquets et Alonso se retrouvent chargés d’un fardeau qui risque d’être trop lourd face à une équipe aussi vive que l’Allemagne l’est dans la transmission du ballon. L’Espagne, de plus, joue très haut; lorsque vos joueurs sont en grande condition physique, ce pressing dans les 40m adverses est payant; lorsqu’ils sont moins bien (et personne ne niera que ce soit le cas de Xavi et de ses coéquipiers) et qu’ils affrontent une équipe qui est elle aussi très agressive dans la récupération, le résultat peut être catastrophique, vu les énormes espaces qui peuvent exploités sur les flancs en contre. Je maintiens que le Chili, avec un peu plus de discipline, aurait dû éliminer la Roja, précisément pour cette raison. Même sans Müller, les Allemands ont précisément les joueurs et le système pour exploiter la propension qu’ont les Espagnols à abandonner certaines zones de vérité. Regardez les 4 buts inscrits contre l’Argentine – ce sont dans ces zones – dans le dos de latéraux aspirés vers l’avant – que la Mannschaft a fait la différence. Débordement ou élimination (ah, ce slalom de l’immense Schweinsteiger!), centre, finition dans les 12 mètres. Quatre fois. Sergio Ramos est peut-être supérieur à Otamendi (le frère de Bernard? ?), mais il est aisé de voir ce scénario se répéter.

Or l’Espagne n’a pas de plan B, si ce n’est titulariser Llorente en lieu et place de Torres (encore merci, Rafa!) et passer à un véritable 4-2-3-1 – voire demander à Piqué (remarquable, quant à lui) de nous refaire le coup du Barça et de finir le match avant-centre en cas de malheur...Non, l’Espagne jouera comme l’Espagne, et c’est ce qui pourrait lui coûter cher.

Au vu de ce qui précède, vous serez sans doute surpris de me voir pourtant faire des Pays-Bas mon favori dans un remake de la finale de 1974. L’Uruguay, sans Fucile, Suarez, Lodeiro, Lugado et probablement Godin, physiquement éprouvé par son combat contre le Ghana, ne devrait pas avoir les ressources pour stopper Sneijder et les siens. L’organisation des Pays-Bas, cela dit, beaucoup plus basse, avec une excellente rétention du ballon (83,85% de passes réussies depuis le début du Mondial), et la capacité d’accélérer très brutalement avec son quatuor de joueurs offensifs me paraissent de nature à gêner la Mannschaft, à la forcer à venir chercher le ballon plus loin de sa ligne.

S’il est en tout cas une vérité de ce tournoi, c’est que beaucoup d’imposteurs ont été démasqués, et que les ‘stars’ en ont toutes pris pour leur grade. Il ne faisait pas bon être un sponsor en 2010. Peut-être va-t-on enfin en finir avec la pseudo-culture Nike (dont je vous invite à regarder à nouveau le spot d’avant-Coupe du Monde – à hurler de rire aujourd’hui). Un voeu pieux, je sais. Mais savourons le fait que, pour une fois, ce sont des footballeurs, des vrais, qui font la différence. Tiens...si je vous donnais mon onze du Mondial jusqu’ici? Ca ne mange pas de pain.

Eduardo – Lahm, Lucio, Piqué, Salcido – Schweinsteiger – Müller, Sneijder, Donovan, Robben - Forlan. Sur le banc: Kawashima, Grichting, Juan, Friedrich, Maicon, Mascherano, van Bommel (malgré les fautes, je sais...), Endo, Sanchez, Ozil, Honda, Klose, Villa. Entraîneur: Bielsa.

Le plus beau maillot? Celui du Ghana, porté par Gyan, beau comme un dieu quand il s’avance pour le premier des tirs au but contre l’Uruguay. Quel courage, quelle dignité, quelle vraie fierté... Le meilleur arbitre? Howard Webb, pourtant tellement critiqué en Angleterre. L’émotion? Le Ghana, encore. Les larmes de joie et de tristesse du Paraguay. Les USA, de A à Z. La joie? Le Chili, qui ne respecte rien, sauf le jeu. Le désespoir? Sepp Blatter, le Kim Jong-Il du football mondial. Mais tout peut encore changer...