RMC Sport

Philippe Auclair - 10 janvier 2010

Troisieme tour, et puis s'en vont...bye-bye Liverpool et quelques autres!

Il ne fallait pas être grand clerc ou devin pour prédire l’inéluctable: le limogeage ‘d’un commun accord’ (cela s’appelle un oxymoron, et ce n’est pas de la grammaire, mais de l’ironie) de Roy Hodgson et son remplacement par Kenny Dalglish, la ‘légende’ qui, pas une fois, n’a soutenu nommément celui qu’il remplace aujourd’hui.

Mark Lawrenson, l’un des fossoyeurs de Hodgson depuis son fauteuil de consultant de la BBC, dit quelque chose qui me fit sursauter: “Kenny ne risque pas grand chose. Liverpool ne sera pas relégué, et ne finira pas dans les six premiers”.

Si c’est le cas, Lawro, pourquoi ne pas laisser à l’homme en place une chance de faire ses preuves, si le club ne court aucun risque? Liverpool fonctionnait comme cela. Autrefois. Dans les temps de doute ou de crise, on faisait le gros dos, on serrait les coudes, et on s’en sortait, ensemble. Ce temps est fini.

D’autres, comme David Fairclough, un autre de ces ‘anciens’ qui plombent les reds, a même osé parler d’une décision ‘courageuse’ des propriétaires américains de Liverpool. ‘Courageuse’, vraiment? Ce serait plutôt l’inverse. Effrayés par les sièges vides à Anfield lors des deux derniers matches de ‘Pool, ils ont cédé à la vox populi, et fait descendre le dieu Dalglish de son Olympe pour apaiser les lyncheurs.

Dalglish fut sans doute le plus grand joueur de l’histoire de Liverpool, et l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football britannique tout court. Il fut aussi un manager à succès – mais en un autre temps, quand l’effectif des reds était un who’s who de ce qui se faisait de mieux en Angleterre mais aussi (surtout) en Ecosse, au Pays de Galles et en Irlande. Sans oublier Jan Molby, le scouser venu du nord, bien sûr. Mais les temps ont changé. Le squad dont Hodgson avait hérité était largement inférieur en qualité comme en densité à celui des clubs qu’on trouve aujourd’hui aux cinq premières places du championnat, et ce n’est pas au mois de janvier que ce déficit de classe pure pourra être comblé. Au mieux, on peut espérer de Dalglish qu’en redonnant foi au Kop, il crée un environnement dans lequel les ‘grands’ joueurs des Reds, et dieu sait qu’ils ne sont pas nombreux, soient enfin dignes de leurs réputations. J’aimerais en être sûr, et je ne le suis pas.

Devisant avec quelques-uns de mes confrères britanniques (Paddy Barclay, Paul Hayward, David Lacey) à l’Emirates, une heure à peine après que nous avions appris la nouvelle, j’ai ressenti en eux le même dégoût que celui que je vous communique depuis des semaines. Hodgson s’est battu. Mais Hodgson avait perdu dès qu’il accepta de prendre le gouvernail de ce bateau ivre qu’était devenu Liverpool sous le contrôle de Hicks et Gillett. Je ne vais pas ressasser tout ce que j’ai déjà dit ou écrit sur ce sujet – vous autres, fidèles de l’after, vous en souvenez sans doute. Ce qui m’écoeure aujourd’hui, c’est le ton sanctimonieux, la suffisance de ces ‘fans’ qui, après avoir hurlé avec les loups, saluent la ‘dignité’ et la ‘décence’ de l’homme qu’ils ont traqué sans relâche. Hodgson, disent-ils, n’avait pas le calibre pour diriger un club aussi prestigieux que Liverpool. Vraiment? Et l’Inter, qu’il a amené en finale d’une compétition européenne – perdue aux tirs aux buts -, et tout près d’un scudetto, c’était quoi? Une équipe de pub? Un club de deuxième zone? Et ce qu’il a accompli avec Fulham la saison passée, une finale de Ligue Europa, après avoir éliminé le Chaktior, la Juve, Wolfsburg et Hambourg, ce n’est rien non plus? Il y a six mois, Roy était élu ‘entraîneur de l’année’...et il est nul maintenant? Bien sûr que non. C’est Liverpool qui est en passe de le devenir. Et Liverpool qui a souillé ce qui faisait sa gloire: une certaine idée de la fidélité aux siens.

Contre Manchester United, 9 000 supporters ont poussé de la voix, et Liverpool a lutté. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait avant? Les supporters comme les joueurs? Ces joueurs, d’ailleurs, que valent-ils s’ils ne se battent vraiment que pour, soit conserver leur place dans le ‘nouveau régime’, soit montrer qu’ils n’acceptaient pas l’ancien?

Un mot pour Gerrard: si les crampons de Carrick avaient été ancrés dans la pelouse d’Old Trafford, le milieu de terrain de MU serait aujourd’hui à l’hôpital, avec une cheville pulvérisée. “Un signe de frustration”, dirent les commentateurs de ESPN en Angleterre. Certainement. De bêtise aussi. Les Reds seront privés de leur meilleur joueur de champ pour le prochain derby de la Mersey. Je dis bien ‘de champ’, car le meilleur joueur de Liverpool tout court reste Pepe Reina, égal à lui-même, c’est-à-dire magnifique.

Pour United, l’aventure continue. Ferguson est le maître absolu quand il s’agit de gérer ses ressources, et de communiquer à ses joueurs sa compréhension d’un match. Ils semblent ne jamais passer à la vitesse supérieure; c’est parce qu’ils savent ne pas en avoir besoin. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est admirable.

Ah, El Hadji Diouf...l’homme qu’on aime haïr. Sauf que moi, je hais le haïr.La haine n’a pas de place sur un terrain de football. Il se trouvera toujours des gens pour défendre le bad boy de Blackburn. Eux seuls pourraient expliquer pourquoi après le dernier exploit de leur chouchou: insulter un adversaire qui venait d’être victime d’une double fracture de la jambe, l’attaquant de QPR Jamie McKie. L’arrogance, ça s’excuse parfois. J’ai par exemple un faible pour Zlatan, qui est tout sauf un petit saint, et j’admire Cristiano Ronaldo, chez qui cette morgue est la manifestation d’un grand courage, et d’un désir absolu d’aller au bout de lui-même. Diouf? Mérite-t-il d’être cité en pareille compagnie, ce cracheur en série dont le visage respire le mépris de l’autre beaucoup plus que la joie de jouer? Neil Warnock, le manager des Rs, a dit que le comparer à un rat d’égout était faire une insulte aux rats d’égout.

Plus un seul club du nord-est de l’Angleterre en lice pour le 4ème tour de la Cup...quelle claque pour la plus productive des pépinières du pays! Middlesbrough, Sunderland, Newcastle, ko pour le compte. Bravo à Burton Albion, Stevenage et surtout Notts County, victorieux au Stadium of Light. Et à Brighton, qui a sorti Portsmouth (lesquels ont écopé de sept cartons jaunes et d’un rouge direct, un record pour ce 3ème tour). La plus belle performance du week-end reste selon moi le 2-2 de Leicester contre une équipe de Manchester City presque au complet (Silva et Balotelli sont toujours blessés, ne l’oubliez pas), et qui a subi le jeu en seconde période. Eriksson, mine de rien, fait du très bon boulot au Walkers stadium...

J’étais à Stamford Bridge pour le massacre du week-end. Faisons comme Carlo Ancelotti: n’en tirons aucune leçon. Ipswich, 19ème du Championship, dont Roy Keane a été limogé la semaine dernière, a tenu du bout des ongles pendant une vingtaine de minutes, avant de perdre un ballon bêtement en milieu de terrain pour concéder leur premier but et offrir aux Blues des boulevards à exploiter, ce qu’ils firent le cigare aux lèvres. Lorsque Fulop s’est incliné pour la première fois, je me suis tourné vers mon voisin Brian Glanville pour lui dire: ‘ils vont leur en passer six maintenant’. J’avais tort. Mais ce 7-0 est d’abord un 0-7 pour Ipswich, qui va désormais devoir se farcir deux matches contre Arsenal en Coupe de la League. Si cela ne tourne pas à la boucherie, c’est que les Gunners vont mal et se sont inventé un énorme problème qui n’a pas lieu d’exister. Autant Leeds, magnifique à l’Emirates, a montré que les meilleures équipes de Championship avaient largement le niveau pour monter d’une division, autant Ipswich a paru exsangue, et bon pour la descente en League One.

Côté Chelsea, quelques satisfactions, cependant, dont la plus grande doit être la maturité de Josh McEachran, dont je comprendrais mal que d’autres lui soient préférés dans le rôle de relayeur axial – et j’inclus Ramires et Mikel dans la liste, voire Essien, laissé sur le banc en compagnie de Malouda et de Drogba. McEachran, malgré sa stature de demi de mêlée d’autrefois, apporte une assurance et un culot étonnant au milieu de terrain des Blues, et beaucoup de tranchant dans la remise. Une touche de balle – de quelque pied que ce soit – et hop!, la machine est lancée.

Pour Arsenal, une fois de plus, ce sont Fabregas et Walcott qui ont fait la différence lorsque l’affaire paraissait très mal engagée. Bendtner semble avoir perdu son sens du but, Chamakh gamberge, c’est clair, et Squillaci...aille aille aille. Comme RMC vous l’a appris dimanche soir, Arsenal va bien acheter un nouveau défenseur central. Même si l’ancien Sévillan ne s’était pas blessé, ç’aurait dû être une priorité pour Wenger. Autant Johan Djourou semble prendre de l’épaisseur à chaque match, autant Squillaci semble de plus en plus habité par la peur de faire une bourde. Je mentionnerai également une nouvelle prestation de grande classe de Szczesny dans le but des Gunners (jeu au pied excepté), qui est sans nul leur futur numéro 1, malgré la forme actuelle de Fabianski. Comment ne pas se poser la question aujourd’hui du nombre de points qu’auront coûté les hésitations de Wenger quand Manuel Almunia a perdu de son assurance?

Thierry Henry – encore une petite info RMC, au passage... – s’entraîne bien avec son ancien club. Mais de là à ce qu’il rejoigne son squad fin janvier, comme je l’ai entendu, non, pas question. Même si ce n’est pas l’envie qui doit lui manquer. La roue a beaucoup tourné depuis mai 2007, et les dieux du stade ne sont éternels que dans la mémoire, pas sur le terrain. A ce soir à l’antenne, à partir de 22h30!