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Philippe Auclair - 17 janvier 2010

Invaincu? Oui. Invincible? Non – mais Manchester United a l'étoffe d’un champion...

Nemanja Vidic est grand. Rio Ferdinand a la classe (un seul coup franc concede en championnat depuis le debut de la saison, je confirme). Van der Sar est revenu a son tout meilleur niveau. Mais Nemanja Vidic est grand. Le meilleur défenseur central de la Premiership, et peut-être même d’Europe en ce moment. Sa performance contre Tottenham? Un 10 sur 10, même avec cet accrochage du maillot de van der Vaart dans la surface...pile dans l’angle ‘aveugle’ de l’arbitre, ce qui n’était pas un hasard, selon moi. Rio et ‘Vida’, couple parfait, la belle et la bête, grâce à qui cette saison pourrait s’achever comme un conte de fées pour Sir Alex. Mais à une condition: que tous deux demeurent bons pour le service. On se souvient du début de saison de United, lorsque Ferdinand manquait à l’appel et que le malheureux Jonny Evans confirma, hélas, qu’il avait régressé depuis les saisons passées. Vidic avait alors souffert de ne pas avoir un partenaire qui sache aussi bien lire le jeu que son complice de plus de cinq ans. Voilà la raison pour laquelle Harry Redknapp se refusait à coller l’étiquette d’”invincible” à une équipe que ses Spurs, avec un Modric par moments magique à la baguette, avaient été à deux doigts de faire tomber. Un rien de lucidité supplémentaire dans la dernière passe, dans le dernier geste, et United se serait incliné pour la première fois depuis 2001 à White Hart Lane.

Une fois de plus, Man U n’a pas convaincu, loin de là. Hormis deux-trois éclairs, Rooney a passé son match beaucoup trop loin du but de Gomes pour l’inquiéter. Nani a été invisible, une roulette marseillaise exceptée. Même Berbatov était en deça de ce qu’on attend du co-soulier d’or du championnat anglais. Dimanche, United était d’abord une machine à détruire, dont le porte-drapeau, outre Vidic, s’appellait Darren Fletcher, dont il faudra bien un jour que tout le monde reconnaisse en lui l’un des milieux défensifs les plus efficaces de sa génération. Non, ce n’est pas joli-joli à regarder. Mais regardez le classement: il prouve que, quand il s’agit d’exploiter au maximum des ressources diminuées, Ferguson reste LE maître. Avec Valencia de retour (à la mi-février), United offrira sans doute un visage plus séduisant; mais le titre, s’ils le gagnent, et passent ainsi devant Liverpool au tableau des honneurs, aura été acquis grace à leur défense – et d'abord au grand Vidic.

Pour Tottenham, que d’encouragement! J’imagine que les dirigeants milanais auront gardé l’oeil sur ce qui se passait à White Hart Lane; et j’imagine qu’ils ne doivent pas être rassurés. Du tout. Spurs are back – c’est officiel.

Le supplément foot du Times du lundi (‘The Game’, incontournable) avait en photo de une une photo de Kenny Dalglish émergeant sur la pelouse d’Anfield, avec ce titre ‘Tunnel of love’. C’est vrai que ce fut extraordinaire, cette réception faite au génie des années 1980 et 90. Un amour pareil...quoi qu’on pense du sort réservé à Roy Hodgson, il était impossible de ne pas avoir la chair de poule; quand Meirelles a marqué par exemple, qu’entendit-on? Ce cri: ‘Dalgleeeesh!’, comme si c’était lui qui avait marqué. Seulement, voilà: Everton avait d’autres idées en tête que de faire un cortège d’honneur pour le retour du roi, et personne ne niera que les Toffees ont grandement mérité leur point – avec un Distin énorme, soit dit en passant, pas seulement pour son but, mais aussi sur le travail de couverture qu’il fit sur le côté droit pendant les 90 minutes.

Trois matches donc pour ‘King Kenny’: un nul, deux défaites. Il y en avait quelques-uns pour croire au miracle, mais il ne pouvait avoir lieu, la faute à un effectif qui, hormis les individualités que vous connaissez, est celui d’une équipe de milieu de tableau. On commentera beaucoup la performance de Torres, évidemment, et on attribuera sans doute ce renouveau du désir de jouer à l’inspiration du nouveau maître des lieux. C’est possible. Mais c’est aussi le signe que le Nino n’est peut-être pas aussi admirable dans son attitude que beaucoup (moi compris) voulaient le croire; s’il peut jouer ainsi, pourquoi s’est-il caché si longtemps?

Dalglish a en tout cas eu le courage de faire quelques choix qui comportaient une grosse part de risque, comme faire jouer Glen Johnson au poste d’arrière gauche, par exemple, et donner sa chance à Jay Spearing, puis à Jonjo Shelvey, un signe clair qu’il entend redonner un parfum ‘scouse’ à la multinationale de la Mersey. Ces choix ont, dans l’ensemble, été heureux, encore qu’on doit se demander pourquoi Joe Cole ne s’est pas vu demander d’ôter son survêtement, quand il était clair que ce match avait ebsoin d’un ‘ouvre-boîte’. La fête est finie, maintenant. Une équipe ne peut marcher à la seule émotion, pas même Liverpool. Dalglish, le pragmatique, le sait mieux que personne. Son équipe a besoin de sang neuf, et vite.

Chelsea a fait ce qu’il fallait, mais sans plus, face à un Blackburn qui n’aura même pas fait illusion. En voyant la feuille de match de Carlo Ancelotti, ma première réaction avait été: il donne sa chance à certains de ses cadres qui, depuis des semaines, voire des mois, jouent comme leurs fantômes: Anelka, Drogba, Essien, voire Malouda. Le premier s’est secoué – un peu, et il était temps, et on attend de voir ce qu’il fera et ne fera pas contre des adversaires plus relevés que les Rovers; le dernier aussi, mais sans créer le danger dans le jeu. Mais pour DD et le Bison, aille aille aille. Quand je vois Drogba lancé seul au but avec trois mètres d’avance sur...Gaël Givet, se faire rattraper, et chiper le ballon dans la surface, je sais, nous savons tous que quelque chose ne va pas avec l’immense joueur de la saison passée. Pour Essien, que dire? Sinon qu’il serait incompréhensible que Josh McEachran, 17 ans ou pas, ne prenne pas sa place lorsque les Blues seront à Bolton pour leur prochain match de Premiership.

Le meilleur match du week-end aura peut-être été, pour ce qui est de l’intensité et de la volonté de produire du jeu, le 3-2 de West Brom face à Blackpool. Honneur à ces promus, donc, qui, totalement décomplexés, font souffler une tornade d’air qui sent bon le printemps sur le championnat d’Angleterre. Ces trois points font faire le plus grand bien à Roberto Di Matteo, qu’on disait – incroyablement – menacé. On marche sur la tête, vraiment...Newcastle qui se sépare de Chris Hughton, Di Matteo qui craint pour son job...Mais que veulent-ils, ces propriétaires de club? Que leur équipe sortie du Championship joue comme le Barça? Au fou!

Ce qui m’amène tout naturellement au cas d’Avram Grant. Grant n’est peut-être pas le plus grand manager de la planète, mais il était tout de même assis sur le banc d’une finale de Ligue des Champions perdue sur deux tirs au but manqués par Nicolas Anelka et John Terry. Il a conservé sa dignité, ce qu’on ne pourrait certainement pas dire de ses patrons, le duo de pornographes Gold-Sullivan, avec l’abominable Karren Brady comme fausse vierge dans cette trinité d’église transformée en claque. Tout le monde le sait: la triplette de Birmingham City n’est arrivée à West Ham que parce qu’elle a flairé un coup juteux – en emménageant dans le futur stade olympique de Stratford en 2012, il devenait possible de se remplir les poches en vendant le Boleyn Ground aux promoteurs. Manque de pot, c’est sans doute Tottenham qui va s’installer dans l’arène, ou, plutôt, récupérer le site pour construire un nouveau stade. On le saura au mois de mars. En attendant, panique à bord! Gold, Sullivan et Brady avaient viré Zola et Clarke en juin, pour installer Grant. Sept mois plus tard, ils veulent virer Grant pour installer Martin O’Neill. Et ils le font savoir par voie de fuites le jour même où Arsenal vient jouer à West Ham. Et cela, alors que les Hammers en restaient sur une série de trois victoires et deux nuls pour une seule défaite, toutes compétitions confondues. Honte à eux. Quoi d’étonnant à ce que West Ham, sans son talisman Scott Parker, s’écroule face aux Gunners?

Pour Arsenal, pas de surprise: le ‘first eleven’ (moins Sagna, qui purgeait son dernier match de suspension) est aligné, trois points. C’est ce qui fait la force de ces Gunners-là: Wenger a –enfin – identifié son équipe-type. Fabianski (blessé) ou Szczesny (je préfère celui-ci, d’ailleurs); Clichy, Koscielny, Djourou, Sagna; Song, Wilshere; Fabregas; Nasri, van Persie, Walcott. C’est aussi ce qui fait sa faiblesse. Lorsque cet équilibre est rompu, comme contre Leeds ou Ipswich, on sent un manque d’allant, un déficit d’imagination, et beaucoup de fébrilité en défense. J’ai regardé ce match depuis la salle de presse de Stamford Bridge, en compagnie de Paul Le Guen, et nous avons tous deux été frappés une nouvelle fois par les progrès énormes de Walcott cette saison, qui est vraiment devenu le ‘X factor’ de son équipe. Beaucoup moins brouillon, lucide dans ses choix, plus réfléchi (sa course d’appel sur le 2ème but des Gunners était un petit chef d’oeuvre), le jeune Theo, dont Chris Waddle avait dit qu’il n’avait pas ‘le cerveau d’un footballeur’ est en passe de devenir un incontournable d’Arsenal. Ce qui n’est hélas pas le cas d’Andreï Archavine, qui, malgré des statistiques remarquables (7 buts et 11 passes décisives en 21 rencontres, tout de même), est aujourd’hui devenu un joueur de League Cup. Momentanément?

Carlos Tevez lui aussi est grand. Mais ça, voilà un bout de temps qu’on est au courant. Nous reparlerons de mon ‘homme du week-end’ ce soir dans l’after, aussi passerai-je sur l’Apache pour donner un grand coup de chapeau aux Wolves qui ont été tout près d’accomplir l’impossible, et d’arracher le nul après avoir été menés – contre le cours du jeu – par 4 buts à 1. McCarthy avait pris des risques, et choisi l’équipe que réclament ses fans, avec Doyle et Fletcher en pointe. Résultat? City a failli boire la tasse. Mais City a passé la nuit de samedi dans la peau d’un leader.

Je pourrais continuer longtemps ainsi, mais le temps m’est hélas compté. Birmingham...la pire équipe de Premier League, côté spectacle? Oh que oui. Villa...du bon, et surtout du meilleur dans le derby: frapper le bois quatre fois ne porte hélas pas bonheur en football. Mais les Villans se tireront d’affaire, j’en suis convaincu.

Un mot, plus triste, pour finir: le dernier salut à un géant du football anglais, Nat Lofthouse, qui est mort samedi dernier à l’âge de 85 ans. Fidèle à Bolton tout au long de sa carrière, le ‘Lion de Vienne’ (il avait marqué le but décisif de l’Angleterre lors d’un match de légende contre l’Autriche, en 1952) fut peut-être l’exemple le plus typique de ces numéro 9 à l’anglaise dont Andy Carroll est aujourd’hui l’héritier. Il marqua 30 en 33 sélections, qui auraient été beaucoup plus nombreuses si la seconde guerre mondiale ne lui avait pas fait perdre cinq de ses meilleures années. De cette ‘génération dorée’, ne reste plus que Tom Finney, le dieu de Preston North End qui fêtera ses 88 ans en avril prochain.

A ce soir au micro!